Ostrava : le renouveau d'une ville industrielle

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Chaque été, six universités de République Tchèque organisent des stages d'initiation à la langue tchèque, destinés en priorité aux étudiants du programme Erasmus. Dans ce cadre, notre pigiste Benoît Humeau a passé trois semaines à Ostrava au cours de l'été 2005. Voici son récit.

A 350 km à l'est de Prague, proche des frontières polonaise et slovaque, entre Moravie et Silésie, la ville d'Ostrava souffre d'une image très négative. Sa visite est carrément déconseillée par certains guides touristiques français, tandis qu-une partie des Tchèques, notamment des Praguois, la considèrent comme une ville triste, sale, grise. Cette réputation est en partie vraie : le taux de chômage est plus élevé que la moyenne - 15% -, la pollution persistante provoque de nombreuses maladies et est la cause d'une espérance de vie plus courte qu'à Prague, la ville a été enlaidie par la construction des usines depuis le XIXe siècle et la négligence architecturale sous la période communiste. Pourtant, si Ostrava ne répond pas aux critères habituels d'une destination touristique, il faut dépasser cette première impression pour découvrir une ville authentique et rencontrer des habitants qui en sont fiers, malgré l'histoire difficile. Ostrava est située sur les vieilles routes du commerce, dès la préhistoire. Ainsi des traces de peuplement nomade remontant à plus de 20 000 ans avant notre ère ont été retrouvées dans la région proche, comme la statue de la Vénus de Landek. C'est au XIIIe siècle qu'Ostrava obtient le statut de ville.

Photo: www.mmo.cz
L'église Saint-Venceslas, qu'on peut encore visiter, date de cette période et reste aujourd'hui le plus ancien monument de la ville. Ostrava va être encore pour longtemps dans l'ombre d'Olomouc, centre politique et universitaire. Au XIXe, Ostrava prend le virage qui va façonner son identité actuelle. La ville devient un pivot économique prépondérant de l'Empire d'Autriche puis d'Autriche-Hongrie pendant la révolution industrielle. Un gisement de houille est mis au jour en 1763. Les premières usines sidérurgiques entrent en activité en 1828. Le chemin de fer arrive moins de vingt ans plus tard. Dans la seconde moitié du XIXe, Ostrava prend les allures d'une grande ville, avec la construction d'édifices publics et religieux. Avec la montée des préoccupations sociales se développent un habitat ouvrier et des activités spécifiques pour cette population, tels que centres sociaux et culturels ou théâtres. La ville est un lieu important de production pour l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, c'est après 1945 qu'Ostrava connaît son plus grand essor, toujours en lien avec l'industrie, se traduisant par un gigantesque afflux de population. Cela fait aujourd'hui d'Ostrava la troisième ville de République Tchèque avec 330 000 habitants, derrière Prague et Brno.

Comme le résume l'office de tourisme, « après 1989, peu de villes en République Tchèque connaissent autant de transformations qu'Ostrava. Ce ne sont pas seulement les conditions de vie de la population qui changent. Un certain nombre d'établissements industriels sont définitivement fermés. L'extraction du charbon dans la localité d'Ostrava est arrêtée le 30 juin 1994 et toutes les mines souterraines conservées désormais en tant que patrimoine de la ville. Des milliers de mineurs et métallurgistes se sont reconvertis et font maintenant valoir leurs compétences dans d'autres branches d'activité. » Ainsi Ostrava tourne une page et cherche un nouvel élan. Mais elle n'oublie pas ce qui a fait sa richesse et ses malheurs. Ses mines et ses usines dignes de films de science-fiction sont maintenant mises en valeur au travers de musées ou encore d'éclairages nocturnes. Ostrava se reconvertit dans le domaine des services ou dans des industries plus prometteuses, tel que le prouve la probable prochaine installation du constructeur automobile sud-coréen Hyundai à Nosovice.

Ostrava affirme désormais clairement ses particularités, avec fierté. Elle a plusieurs symboles qui lui sont propres. Le chanteur Jaromir Nohavica, originaire de la ville, en est un ambassadeur de qualité. Son club de football, le Banik, bénéficie d'un large soutien populaire et paraît-il des meilleurs supporteurs du pays. Autre preuve du dynamisme retrouvé, le succès de Stodolni, une rue du centre-ville qui compte de nombreux bars et qui constitue un vrai phénomène de mode auprès des jeunes. Ostrava peut aussi être le point de départ pour des randonnées dans les montagnes voisines des Beskydes en été, ou des journées de ski en hiver. Avant d'écouter un passage d' « Ostravo », chanson de Nohavica, on peut signaler l'exposition qui se tient en ce moment au Rudolfinum, appelée « Industria ». Elle se veut un témoignage du passé industriel de l'Europe et de ses usines maintenant à l'abandon. Nul doute qu'Ostrava y figure en bonne place...

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Auteur: Benoît Humeau
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