« Pour ce qui est du vin, la Tchéquie est devenue ma deuxième patrie »
46 médailles, dont six « Grand Or », auxquelles il faut ajouter trois prix spéciaux comme, par exemple, un coup de cœur dans la catégorie « vin issu d’un cépage autochnone » pour un pálava issu d’une sélection de grains nobles : tel est le brillant bilan des vignerons tchèques à l’édition 2025 du Mondial des vins blancs, qui s’est récemment tenu à Strasbourg.
Pour qui connaît le vin tchèque et suit l’évolution de sa production, ce résultat ne constitue pas tout à fait une surprise. Il ne l’est pas non plus pour Christine Collins, directrice de ce Mondial des vins blancs. Au téléphone, cette désormais fine connaisseuse du vignoble tchèque, à force de voyages, nous a confié tout son enthousiasme ; un enthousiasme contagieux pour qui aime le bon vin.
Christine Collins, avant d’évoquer ces vins tchèques qui ont si bien réussi à Strasbourg cette année, en quoi ce Mondial des vins blancs est-il un concours unique en son genre ?
« Il est unique au monde parce que c’est le seul concours entièrement dédié à toute la diversité des vins blancs. Il est placé également sous le patronage de l’Organisation internationale de la vigne et du vin tout en étant membre de la Fédération internationale des grands concours - Vinofed. Autrement dit encore, nous sommes le seul concours de ce type au monde. »
Cette année, les vins tchèques ont remporté 46 médailles. Cela peut sembler beaucoup, toutefois, à moins d’être un expert, le consommateur moyen ou le simple observateur se perd assez vite dans tous ces concours organisés un peu partout dans le monde. Comment peut-on, donc, considérer ce total de médailles, compte tenu aussi du nombre et de la diversité des catégories ? Précisons que près de 580 vins de vingt pays ont été dégustés lors de cette édition 2025 et que plus de 170 médailles ont été décernées.
« Ce qu’il faut prendre en considération, ce sont les médailles dites ‘Grand Or’, puis celles d’or et d’argent. Ce qui est très intéressant cette année, c’est que la qualité des vins tchèques a été primée à une échelle vraiment très élevée, avec même des notes presque incroyables pour certains d’entre eux. Plusieurs sociétés et vins tchèques ont obtenu des médailles ‘Grand Or’, ce qui est quand même une sacrée performance. Et pour répondre à votre question, ce total de médailles représente pratiquement le tiers de l’ensemble des médailles qui ont été décernées lors du concours. C’est énorme et ce bilan prouve l’excellente qualité aujourd’hui de ces vins tchèques. »
« C’est d’abord le résultat du bon travail des vignes par les vignerons »
Derrière la France, la Tchéquie est effectivement le deuxième pays avec le plus grand total de médailles « Grand Or », devant, par exemple, la Slovaquie voisine qui en a obtenu deux, elle aussi. Plus concrètement, quels ont été les vins et vignerons primés ?
« Si on parle des vins tchèques, citons notamment les domaines B\V Vinařství (Riesling, vin sec, vin tranquille), Pavlov (Riesling), Mikrosvín Mikulov (Riesling), Vinselekt Michlovský (Aurelius, cépage tchèque, dans la catégorie ‘autre cépage blanc’) ou encore Krist (pálava, autre cépage blanc). Quand on voit tout ça, et comparé encore une fois aux autres pays, la Tchéquie a franchement fait très fort cette année. »
« Ajoutons aussi que le domaine B\V Vinařství a obtenu non seulement le Trophée Vin sec avec son riesling appelé en tchèque ‘Ryzlink rýnský’ (millésime 2023), mais aussi le Prix Vinofed du meilleur vin sec tranquille de toute la compétion avec une note de 95 points sur 100. »
Autre fait tout à fait remarquable, les producteurs tchèques parviennent à obtenir des médailles avec des cépages qui, comme le riesling, sont historiquement liés à la région d’évaluation et dans laquelle se tient ce Mondial des vins blancs, à savoir l’Alsace...
« Tout à fait. C’est vraiment magnifique de parvenir à gagner un trophée dans la catégorie Riesling, tout simplement parce que c’est un cépage que nous trouvons dans le monde entier, la concurrence est donc très forte. Cela confirme que les producteurs tchèques proposent vraiment ce qu’ils ont et font de mieux. C'est une très grande victoire pour eux. »
Comment expliquez-vous ces succès ? Quand on connaît la Tchéquie, on sait qu’il existe effectivement depuis déjà quelques années une production de qualité. Le volume de production étant toutefois relativement faible, peut-on dire que c’est justement parce que l’on y privilégie la qualité à la quantité ?
« Ce succès s’explique d’abord par le fait que les vignerons travaillent très bien leurs vignes, et ce, depuis de nombreuses années maintenant. Personnellement, je connais la Tchéquie depuis que j’ai commencé à travailler sur le Mondial des vins blancs il y a une quinzaine d’années. Et je me rends compte que, d’année en année, la qualité des vins augmente très fortement. Et oui, peut-être avez-vous raison, la qualité surplombe la quantité. Mais surtout, ils travaillent vraiment très bien les vignes et voilà, le résultat est là. »
« J’organiserais une Route du Pálava »
Néanmoins, la Tchéquie ne reste-t-elle pas une une terre de vins méconnue en dehors de ses frontières?
« Oui, elle est peut-être encore mal connue, mais les consommateurs commencent à en parler. Nous, par exemple, à Strasbourg, organisons des dégustations, nous parlons beaucoup de la Tchéquie, parce que c’est un pays qui le mérite amplement. Le Mondial des vins blancs pousse également les vignerons à présenter leurs vins à Strasbourg parce que nous faisons la promotion de ceux qui remportent des médailles. C'est très important que le consommateur le sache et que la presse se fasse le relais de cette qualité. »
« Le Mondial des vins blancs est un concours où les jurys sont particulièrement exigeants. Si un vigneron présente un vin de qualité moyenne, il n’aura aucune chance. Donc, les vignerons proposent ce qu’ils ont de meilleur. Ce sont eux qui choisissent les vins qu’ils veulent présenter au concours. Sachant cela, moi, je ne suis absolument pas étonnée des résultats de la Tchéquie. Je suis une fervente admiratrice de vins que je découvre aussi en allant visiter le pays. Personnellement, j’achète des vins en Tchéquie, parce que je trouve qu’ils le méritent de par leur incroyable qualité. »
La Tchéquie se distingue aussi par le fait qu’elle possède ses propres cépages, un des mieux connus étant sans doute le pálava, qui est également le nom d'une micro-région en Moravie du Sud. C’est un cépage très apprécié des consommateurs. Que pouvez-vous nous en dire, maintenant que vous connaissez bien la Tchéquie ?
« Le pálava a été pour moi une découverte. J’ai rencontré des vignerons et des producteurs en Moravie du Sud, dans cette région de Pálava. Ce sont effectivement des vins autochtones qui ont constitué pour moi une grande révélation parce qu'ils sont très aromatiques, et très plaisants aussi. »
« Personnellement, si j'étais vigneronne dans cette région, j’organiserais une ‘Route du Pálava’ qui permettrait non seulement de découvrir ce cépage, mais aussi la région. Je pense que c’est très important. Et quand je vois les résultats du cépage pálava au Mondial, eh bien, c’est... ravissant ! Ils ont obtenu un prix coup de cœur dans la catégorie ‘cépage autochtone’. C’est forcément une forme de reconnaissance. »
On comprend bien, à vous entendre, que vous revenez toujours avec le même plaisir en Tchéquie. Si vous aviez un conseil à donner à nos auditeurs qui viendraient en Tchéquie avec l'envie de découvrir ou d'en apprendre davantage sur ces vins blancs tchèques, lequel serait-il ?
« D’abord, il y a deux régions. Il y a la Bohême, et si le touriste connaît bien Prague, en revanche il ne sait pas qu’il y a des vins en Bohême et près de Prague. Mais, bien sûr, la Moravie du Sud, est très représentative et c’est là vraiment une région viticole. Donc, si je devais donner un conseil, ce serait de bien préparer ce voyage en Moravie en contactant des familles de vignerons. »
« Je peux citer, par exemple, Josef Valihrach, père et fils, qui sont évidemment des personnalités incroyables. Mais il y a aussi le Centre national du vin (Národní vinařské centrum) au château de Valtice, qui pèeut être de très bon conseil. Il y a vraiment de quoi faire pour les amateurs de vin qui souhaitent découvrir à la fois de très belles choses et une très belle région. Personnellement, je l’adore. Et quand je rencontre des vignerons, écoutez, c’est un plaisir à chaque fois partagé, chaque année. Je dirais que c’est presque un pèlerinage pour moi d’aller en Tchéquie, un pays que j’aime beaucoup. »
Vous faites d’ailleurs régulièrement partie du jury du concours qui s’appelle « Vinář roku » - « Vigneron de l’année ». Quand les producteurs tchèques auront-ils le plaisir de vous revoir ?
« Au mois d’août, j’espère. C’est pour moi toujours un très très grand moment, parce que c’est là que nous rencontrons des vignerons et des jurys incroyables. Certains d'entre eux sont d’ailleurs également présents au Mondial des vins blancs. Je pense, par exemple, à Ivo Dvořák, qui est le président de l’Association des sommeliers de Tchéquie. À mes yeux, il est une star de la dégustation. Je pense aussi à Petr Marek, qui est l’organisateur de ‘Vinář roku’, qui nous fait découvrir des vignerons qui se mettent littéralement en quatre pour les jurys. »
« Moi, je discute avec des Masters of wine qui sont ravis de venir en Tchéquie, précisément pour découvrir. Et nous, nous avons comme devoir aussi, en tant que jurys, de nous faire l’écho de ces régions, de ces pays, comme la Tchéquie, et c’est un vrai plaisir. Que vous dire de plus ? Que pour moi, la Tchéquie est devenue comme une deuxième patrie. Oui, c’est ça : une deuxième patrie du vin. »






