Prague s’apprête à accueillir sa première Nuit de la Philosophie

Prague accueille ce jeudi sa première Nuit de la Philosophie, une manifestation organisée sous l’égide de différentes institutions culturelles et scientifiques telles que le CEFRES ou l’Institut français de Prague. Cette nuit-là, les amateurs auront la possibilité d’assister à différents débats et conférences en présence d’une cinquantaine de philosophes, dont certains mondialement reconnus. Pour en parler sur Radio Prague, la philosophe Anne Gléonec, organisatrice de l’événement :

« La Nuit de la Philosophie à Prague est un événement qui vient d’une tradition, les Nuits de la Philosophie, qui a commencé à Paris en 2010 à l’initiative de l’Ecole normale supérieure et de l’Institut français. Cette nuit particulière à Prague s’inscrit dans cette tradition et son originalité est de regrouper cinq pays, les pays membres du groupe de Visegrád et la France, à l’initiative de la plateforme CEFRES, avec des liens avec l’Université Charles et l’Académie des Sciences.

Le principe de la Nuit de la Philosophie est de faire sortir un peu la philosophie et les philosophes du cadre académique, du lieu même qu’est l’université, et aussi du temps qu’on connaît généralement au colloque ou en conférence, en proposant cette idée festive durant la nuit, de 19h à 3h. L’idée est vraiment de proposer au public, tant des mini-conférences, très dynamiques et dans un format très court, que des débats, sur des sujets d’actualité mais pas seulement, et aussi des expositions, des films, des concerts, qui vont rendre, nous l’espérons, une atmosphère festive. »

Plusieurs dizaines de chercheurs sont invités pour l’occasion avec des noms très connus comme Éric Fassin, Etienne Dalibar, Toni Negri… Comment avez-vous organisé ce panel de chercheurs ?

Anne Gléonec,  photo: Site officiel de la Nuit de la Philosophie
« Le panel de chercheurs, on l’a organisé principalement en proposant la Nuit à des philosophes que l’on sait bien sûr intéressés par sa thématique particulière, mais également à des philosophes que l’on sait aussi intéressés par le débat ou l’échange avec le grand public. Cela a été notre premier critère. Des philosophes comme Etienne Dalibar, Toni Negri, Éric Fassin ou bien Etienne Tassin sont des philosophes qui, dans la tradition française en tout cas, occupent véritablement l’espace public. Ce sont des philosophes qui tiennent au débat avec le public. Tant pour les pays de Visegrád que pour la France, on a donc suivi cette règle et on a reçu énormément de réponses positives. On ne pouvait évidemment pas étendre la liste à l’infini ; on a presque soixante philosophes pour la Nuit. Et on espère, si la Nuit est un succès, en inviter d’autres, étendre le nombre de philosophes, d’artistes, d’historiens de l’art… »

La thématique porte sur l’articulation entre la politique et la science. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

« Ce thème, ‘Images, science et politique’, est né de l’idée de questionner les nouveaux transferts entre science et politique et le rôle qu’y jouent les images. Alors pourquoi ces nouveaux transferts entre science et politique sont-ils importants ? C’est finalement la question, la raison de ce choix. Eh bien parce que les enjeux contemporains de la nature et du vivant ont transformé le champ politique, l’espace et les questions politiques, à un tel point que ce sont aujourd’hui des questions comme l’écosécurité, l’écologie, la biopolitique bien sûr ou la bioéthique, qui sont devenues les questions clef du champ politique. Cette transformation du politique par les enjeux de la nature et du vivant amène justement un tout nouveau lien entre science et politique, et un lien dans lequel les images jouent un rôle déterminant. »

Vous travaillez à Prague, à l’Institut de philosophie de l’Académie des Sciences de République. Ce sont des questions dont se sont emparées les philosophes d’Europe centrale ?

Photo: Commission européenne
« Tant les questions bioéthiques que les questions biopolitiques sont évidemment aussi très prégnantes et très courantes, ici en République tchèque et plus généralement en Europe centrale. Ces questions, évidemment, en amènent d’autres, notamment la question de la possibilité de penser encore en termes nationaux ou en termes d’identité, en termes de frontières. Parce qu’avec cette question se pose bien sûr aussi la question de la nouvelle condition migrante, d’une nouvelle forme de l’espace politique. Dans ce cadre-là, particulièrement sur les questions de la condition migrante, on a trouvé très intéressant justement de regrouper les pays de Visegrád et la France pour montrer aussi une autre image et pour montrer que ces questions peuvent être discutées et débattues autrement qu’elles ne le sont parfois dans certains médias. »

Comment se porte cette discipline, la philosophie, en République tchèque ? Voyez-vous des différentes entre la façon dont fonctionne ce champ, les questions qui y sont posées, par rapport à la situation en France ?

« Je dirais que la philosophie ici en République tchèque se porte bien et est très active. Il y a beaucoup de jeunes philosophes. Donc, au niveau tant de la recherche que de l’enseignement, c’est une discipline qui est très active. La différence peut-être - s’il y en a une à souligner avec la France, c’est justement relié ce que nous essayons de faire, de proposer avec cette Nuit -, la différence c’est peut-être la place de la philosophie dans l’espace public de manière quasi quotidienne. En France, c’est vrai qu’on a une très longue tradition de cet engagement au quotidien des philosophes et beaucoup de nos invités tchèques, ou des pays du groupe de Visegrád, sont eux-mêmes dans cette tradition. Et on veut développer cet aspect public de la philosophie avec nos invités Visegrád et avec nos invités tchèques, qui sont très contents, je crois, de pouvoir développer la philosophie à un très large public. »

S’il vous reste des interrogations sur la Nuit de la Philosophie, vous pouvez consulter le site internet de l’événement à l’adresse suivante : https://philonight.hypotheses.org/