Présidentielle : entre Pavel et Babiš, tous les coups sont permis avant le 2e tour

La courte victoire de l’ancien général Petr Pavel, le résultat très largement en-deça des attentes de Danuše Nerudová ou encore le discours déjà très agressif d’Andrej Babiš peu après l’annonce des résultats samedi sont quelques-uns des principaux enseignements du premier tour de l’élection présidentielle. Place désormais à un deuxième tour que la majorité des médias tchèques, ce lundi, présentent comme un combat dans lequel tous les coups, y compris les plus bas, seront permis. Revue de presse.  

La République tchèque a donc derrière elle le premier tour de l’élection du quatrième président de son histoire, qui succèdera à Miloš Zeman, dont le deuxième quinquennat s’achèvera début mars. Un premier tour marqué par la mobilisation des électeurs (68,24 %), la plus forte depuis l’introduction de l’élection au suffrage universel, comme le souligne Irozhlas.cz, le site Internet de la Radio tchèque :

« Lors des élections à la Chambre des députés en 2017 et 2021, les taux de participation avaient été respectivement de 60 % et 65 %. Une participation élevée est souvent considérée comme une manifestation de la confiance dans la démocratie et une manifestation de la responsabilité civique, c’est-à-dire une célébration de la démocratie. »

Toutefois, selon l’auteur, alors que les législatives sont les élections les plus importantes dans un régime de démocratie parlementaire, et que « le président, en tant que chef de l’État, est plus un symbole qu’une véritable force politique », cette participation supérieure à la moyenne trahit davantage le fait que les Tchèques placent « des espoirs démesurés dans [leur] président ».

Source: Deník N

Si cette élection suscite un tel intérêt, c’est plus encore peut-être en raison du profil des candidats, et d’abord de celui d’Andrej Babiš. Ce lundi, tandis que la photo des deux candidats qualifiés pour le deuxième tour, avec des scores quasiment identiques (35,40 % pour P. Pavel et 34,99 % pour A. Babiš), apparaissait en une de tous les journaux, le quotidien indépendant Deník N a été le seul à préférer publier un dessin de l’ancien Premier ministre avec ce titre : « Une seule voie (possible) : une campagne sale ».

Sur le dessin en question, Andrej Babiš est représenté avec des yeux brillants, en train de retirer ses gants blancs, prêt à plonger ses mains dans une valise au contenu inconnu sur laquelle figure l’inscription « Pour le 2e tour ». À côté de cette valise se trouve un tampon avec sur le timbre la faucille et le marteau, symboles d’un ancien régime communiste dont Andrej Babiš et Petr Pavel ont tous deux été des membres avant la révolution et pour lesquels, résultats cumulés, quelque 70 % des Tchèques ont voté.

Source: Právo

Comme par exemple aussi le quotidien de gauche Právo qui titre « Pavel et Babiš désormais sans gants » ou l’hebdomadaire libéral Respekt, qui titre, lui, « Bas les gants » au-dessus d’un dessin montrant Petr Pavel avec les traits de l’ancien président Tomáš Garrigue Masaryk et Andrej Babiš avec ceux de l’ancien Premier ministre communiste Lubomír Štrougal, Deník N explique que ce dernier, à l’issue du premier tour, « est dans une position plus défavorable et que sa seule chance est de durcir le ton de la campagne ».

« Zostra do druhého kola », soit quelque chose comme « Cap sur le deuxième tour » dans l’idée d’un débat mené sur un ton déjà très tranchant, est aussi le titre choisi par Lidové noviny. Pour un des deux grands quotidiens généralistes dont Andrej Babiš a fait l’acquisition peu après son entrée en politique au début des années 2010, aucun doute : le duel auquel assisteront les Tchèques dans les prochains jours entre les deux derniers prétendants au Château de Prague va entraîner « une forte polarisation de l’électorat ».

Andrej Babiš | Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

Un terrain mouvant sur lequel n’a pas tardé à s’engager Andrej Babiš samedi en début de soirée, peu après l’annonce des résultats définitifs. Pourtant lui aussi ancien membre du Parti communiste, et lui aussi accusé d’avoir autrefois collaboré avec l’ancienne police secrète du régime, la StB de sinistre mémoire, le leader du parti centriste populiste ANO et de l’opposition au gouvernement a attaqué son adversaire sur sa formation et sa carrière dans le renseignement militaire, avant 1989, sur un ton très cinglant :

« Est-ce que vous savez dans quel pays en Europe, près de chez nous, le président est un espion communiste ? Oui, vous avez la bonne réponse : en Russie, le président Poutine a été envoyé comme agent du KGB à Berlin (sic) dans les années 1980. Et monsieur Pavel a été préparé à cela : à être envoyé  dans les arrières de l’ennemi afin de recruter des gens pour collaborer. Je félicite donc Petr Pavel d’être, en tant qu’agent communiste entraîné en Russie, en tant que personne qui a approuvé l’invasion (de la Tchécoslovaquie) par l’armée soviétique en 1968, parvenu jusqu’à la présidence du comité militaire de l’OTAN. Je le dis, ‘chapeau’ (en français dans le texte) ! »

Petr Pavel | Photo: Vít Šimánek,  ČTK

À cette attaque frontale, Petr Pavel, qui bénéficie du soutien notamment des grandes villes et des catégories de la population plus diplômées et plus aisées, a réagi en affirmant qu’il était « prêt à la saleté » et que lui aussi se montrerait « plus dur », comme on peut le lire encore sur Deník N. Mais si l’on peut estimer que l’ancien chef-d’État major de l’armée est effectivement un dur au mal prêt à encaisser les coups, le commentateur politique de la Radio tchèque prévient lui aussi en s’aidant d’une métaphore militaire : « Le général a remporté une bataille présidentielle, mais pas encore toute la guerre. »

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