Presse : Jiří Bartoška désormais président in memoriam du Festival du film de Karlovy Vary

Jiří Bartoška

Retour d’abord le parcours professionnel de Jiří Bartoška, acteur et président du Festival du film de Karlovy Vary, récemment décédé. Qu'y a t-il de commun entre la fonction présidentielle et le hockey sur glace en Tchéquie ? Réponse dans cette revue de presse. D’autres sujets sont à son menu : des leçons historiques à tirer du 80ᵉ anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale et l’indifférence de la scène politique tchèque face au réchauffement climatique.

Suite au décès, le 8 mai, de Jiří Bartoška, président du Festival du film de Karlovy Vary et acteur reconnu, la télévision publique tchèque a modifié son programme pendant plusieurs jours. Sur toutes ses chaînes, elle lui a rendu hommage avec une sélection de films, de séquences de théâtre, d’émissions télévisées et de portraits documentaires. Selon la chroniqueuse de l’hebdomadaire Respekt, cette approche confirme sa position exceptionnelle et sa popularité auprès des spectateurs. Elle estime cependant que son plus grand rôle n’a pas été celui d’acteur :

« Pendant trois décennies, Jiří Bartoška s’est tenu, de plus en plus fermement, comme un symbole garantissant la durabilité des choses, à la tête du Festival du film de Karlovy Vary. Il a construit sa propre entreprise prospère sur la base et l’histoire d’une institution socialiste bien établie. Bien que son statut de star ait éclipsé ce fait, c’est sa réussite en affaires qui mérite d’être mise en relief. En même temps, grâce à cet événement cinématographique — le plus médiatisé et le plus visible à l’échelle nationale — lui et son équipe de collaborateurs ont réussi à convaincre une grande partie du public tchèque que le cinéma était un élément important de la culture. »

« Jiří Bartoška restera inscrit dans la mémoire du public pour avoir ressuscité le Festival du film de Karlovy Vary dans les années 1990 », renchérit Deník N :

« Avec Eva Zaoralová, directrice artistique du festival, décédée il y a trois ans, ils étaient les principaux visages de l’événement, qu’ils ont réussi à faire devenir l’un des festivals cinématographiques les plus prestigieux d’Europe centrale. Grâce à de nombreuses années de travail diplomatique patient, ils l’ont amené à sa forme actuelle. Le festival est aujourd’hui si bien établi qu’il peut certainement se passer de son père et de sa mère fondateurs. Toutefois, ils ne pourront jamais être oubliés. Par ailleurs, Jiří Bartoška sera le président in memoriam de la 59ᵉ édition du festival, qui se déroulera du 4 au 12 juillet. »

L’éditorialiste du journal en ligne echo24.cz rappelle, pour sa part, que Jiří Bartoška a joué un rôle important lors des événements de novembre 1989, qui ont abouti à la chute du régime communiste :

« Il a été l’une des vedettes des meetings populaires sur la place Venceslas, et c’est lui qui a annoncé la candidature de Václav Havel à la présidence de la Tchécoslovaquie devant une foule de cent mille personnes. »

La fonction présidentielle et le hockey sur glace : deux symboles chers aux Tchèques

Aux championnats du monde de hockey sur glace qui se déroulent au Danemark et en Suède, le gardien de but tchèque Karel Vejmelka porte un masque dont le côté droit est décoré d’un portrait stylisé du président de la République, Petr Pavel. Point étonnant, comme l’indique l’éditorialiste du site Seznam Zprávy, que cela ne passe pas inaperçu sur les réseaux sociaux et dans les médias, car une telle chose n’est pas courante dans le sport. Il estime cependant qu’étant donné qu’il s’agit du chef de l’État tchèque et du hockey tchèque, il n’y a pas lieu de s’étonner ni de s’offusquer :

Karel Vejmelka | Photo: Vít Šimánek,  ČTK

« Les deux institutions, le président et la sélection nationale de hockey, sont des piliers importants — voire les principaux — du système des symboles de l’État, écrits ou non écrits. C’est ainsi que cela se passe en Tchéquie : les emblèmes de la fierté nationale comprennent le hockey sur glace et le Château de Prague (siège de la chancellerie présidentielle). Par ailleurs, Vejmelka n’est pas le premier à agir ainsi. Dans le passé, Lukáš Dostál et Pavel Francouz ont gardé le sanctuaire tchèque avec un masque à l’effigie du président Masaryk, ce dernier ayant également porté un portrait de Václav Havel. »

« Si nous émettons encore des présidents sur des timbres-poste — ce qui est un phénomène unique — pourquoi s’étonner qu’un gardien de but porte sur son masque le président en exercice ? », s’interroge encore l’éditorialiste, avant de conclure :

« Dans notre pays, le président représente bien plus qu’une simple fonction, le hockey bien plus qu’un sport. Il est donc naturel d’associer un symbole à l’autre. »

Des leçons à tirer du 80ᵉ anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale

Le 80ᵉ anniversaire de la fin de la guerre a donné lieu à différentes interprétations de l’histoire du pays. L’une des questions qui a circulé dans les médias était de savoir si la Tchécoslovaquie avait été libérée ou, plutôt, occupée par l’Armée rouge en mai 1945. Pour le publiciste du journal en ligne forum24.cz, il y a également lieu de se demander si, aujourd’hui, il n’existe pas un parallèle à faire avec la Troisième République, qui existait entre 1945 et 1948. Il explique :

L’armée rouge | Photo: VHÚ

« Au lieu des communistes, qui ont obtenu 40 % des voix aux élections de 1946, nous avons aujourd’hui un puissant bloc de partis nationalistes et extrémistes, plus ou moins pro-russes. À ces partis s’opposent les partis qui se veulent démocratiques, dont les représentants prétendent se tenir du bon côté — ce qui est sans doute vrai. Mais c’est ce que pensaient également les politiciens non communistes de l’époque, qui n’ont rien fait de percutant contre les communistes soutenus par l’Union soviétique et ont fini par perdre. Nos démocrates ne se dirigent-ils pas vers un échec similaire dans la lutte contre les partis enclins à coopérer avec la Russie ? »

La plupart des politiciens de la coalition gouvernementale voient le danger un peu partout — qu’il s’agisse du Green Deal, de la migration ou d’une gauche marxiste quasiment inexistante. Mais le principal danger pour notre démocratie est, selon le publiciste, ailleurs :

« Se tenir du bon côté ne suffit pas en ce moment. La visite de Robert Fico à Moscou pour célébrer la fin de la guerre, alors que les soldats russes occupent le territoire ukrainien, est plus qu’un avertissement grave. D’autant plus qu’il s’agit du Premier ministre d’un pays avec lequel les Tchèques ont partagé un État commun pendant près de 70 ans. Le chef du gouvernement tchèque, Petr Fiala, doit faire tout son possible pour ne pas devenir un nouveau Edvard Beneš — prêt à remettre le pays non pas aux communistes et aux Soviétiques, mais, cette fois-ci, à des partis autoritaires et pro-russes qui ne sont, au fond, pas si différents des communistes d’autrefois. Il est parfois bon de se souvenir de l’histoire. »

L’indifférence de la scène politique tchèque face au réchauffement climatique

« Le rapport Copernicus de l’Union européenne pour 2024 confirme clairement que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde, presque deux fois plus vite que la moyenne mondiale. L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée en Europe, ainsi qu’en Tchéquie. »
C’est ce que rapporte l’auteur d’un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny, avant de préciser :

Source: Enrique Lopez Garre,  Pixabay,  Pixabay License

« La température annuelle moyenne en Tchéquie a dépassé les 10 °C pour la première fois l’année dernière. Mais cela ne semble déranger aucun des partis politiques, surtout à l’approche des élections législatives. Pourtant, les Tchèques contribuent au réchauffement climatique de façon supérieure à la moyenne, en raison de leur consommation énergétique et de leurs transports à forte teneur en carbone. Cela ne les empêche pas de pointer du doigt d’autres pays, comme la Chine, qui, contrairement à nous, investit massivement dans les énergies renouvelables et les transports verts. Et la Chine, malgré son développement économique rapide, émet toujours moins d’émissions par habitant que la Tchéquie, dont l’économie est en stagnation. »

En Tchéquie, comme le souligne encore l’article du journal économique, les leaders politiques se prononcent actuellement contre le Green Deal ou se battent pour sauver le moteur à combustion interne et l’industrie lourde — les plus gros émetteurs de dioxyde de carbone et les plus grands destructeurs de notre avenir.

« Selon les priorités présentées dans leurs programmes électoraux disponibles à ce jour, les partis représentés au Parlement ignorent l’avenir des jeunes et la menace qui pèse sur la planète. Pourtant, mettre en valeur la politique environnementale et sociale n’est pas une chose irréaliste », conclut-il.