Presse : « La Tchéquie n’a pas su se préparer à la modification de l’ordre mondial »

Petr Fiala ait participé aux négociations au Royaume-Uni visant à construire une Europe plus sûre

Cette nouvelle revue de presse se penche sur les défis pour la Tchéquie liés au nouveau contexte international et s’intéresse à ce que le mot « temporaire » évoque pour les Tchèques. D’autres sujets figurant à son menu : un nouveau directeur de la Bibliothèque Václav Havel, l’avenir incertain des redevances audiovisuelles, la résuscitation du tennis masculin tchèque.

« La Tchéquie n’a pas su se préparer à la modification de l’ordre mondial. Il s’avère que la majorité de la représentation politique – y compris le gouvernement actuel et l’opposition – n’a pas réussi à assurer notre sécurité et celle de l’Europe », constate l’éditorial de l’hebdomadaire Respekt. Le vrai problème, selon ce qu’il souligne, se présente ainsi :

« Même si la Tchéquie disposait d’une armée deux fois plus importante, d’avions de chasse et de chars modernes, rien de tout cela n’assurerait notre sécurité. Certes, l’Europe a besoin de bonnes armes, au moins pour décourager la Russie, mais ce qu’il lui faut avant tout, c’est une Union européenne forte, efficace et rapide. Et nous n’avons pratiquement rien fait dans ce sens. À l’instar de tous les cabinets précédents, celui de Petr Fiala se félicite de ne pas avoir adopté l’euro. La Tchéquie refuse également, depuis longtemps, l’abolition du principe de l’unanimité en matière de décisions relatives à la politique étrangère et à la sécurité. Bref, nous n’avons rien fait pour rendre l’Europe plus forte. Aujourd’hui, nous en constatons les conséquences et ne comprenons pas pourquoi l’Europe n’est pas considérée comme un acteur pertinent pour les États-Unis, la Russie ou la Chine. Nous en sommes, nous aussi, responsables. »

Cela dit, l’éditorialiste de Respekt estime que Petr Fiala est sorti de l’ombre grâce à son soutien verbal et factuel à l’Ukraine et qu’à certains égards, il s’inscrira dans l’histoire comme une figure positive :
« Il faut apprécier que Petr Fiala ait participé aux négociations au Royaume-Uni visant à construire une Europe plus sûre. Toutefois, cela ne doit pas se limiter à une augmentation des dépenses pour l’équipement de l’armée. Le Premier ministre devrait sortir de l’ombre pour la deuxième fois afin de défendre auprès de la société tchèque l’impératif d’un choix clair : soit nous choisissons une souveraineté plus forte et encore plus partagée au sein de l’Union européenne, soit nous courons le risque d’être traités à nouveau « sans nous ». »

Temporaire, la suspension de l’aide militaire américaine à l’Ukraine ?

Concernant la suspension de l’aide militaire américaine annoncée par le président Donald Trump, le journaliste du site Novinky.cz écrit :

Volodymyr Zelensky et Donald Trump | Photo: Abaca Press/Alamy/Profimedia

« C’est un coup de couteau dans le dos de l’Ukraine, qui doit continuer à se défendre alors que la Russie poursuit, non seulement en pressant sur le front, mais aussi en menant des frappes aériennes à l’aide de centaines de drones à la fois, une façon de submerger les défenses aériennes ukrainiennes, qui peinent ainsi à abattre les missiles balistiques et de croisière. En outre, ces frappes ne sont possibles sans les missiles sol-air américains. La suspension est immédiate, de sorte qu’elle s’applique également à l’aide qui a déjà été approuvée par l’ancien président américain, Joe Biden, et même à celle qui a déjà quitté les dépôts des forces armées américaines. »

La suspension est censée n’être que « temporaire ». Une expression qui évoque pour l'auteur le séjour « temporaire » des troupes soviétiques sur le territoire tchécoslovaque à la suite de l’écrasement du Printemps de Prague en novembre 1989, qui a duré près de 23 ans. « Toutefois, même si, dans ce cas, il s’agira d’une temporalité différente, tant qu’elle durera suffisamment longtemps, aucune aide supplémentaire ne sera nécessaire. L’Ukraine ne peut se maintenir à long terme sans l’aide des États-Unis. Washington le sait bien, c’est pourquoi il fait pression », conclut-il.

Renouer avec les valeurs chères à Václav Havel dans l’espace public

La Bibliothèque Václav Havel, qui a son siège à Prague, a un nouveau directeur : l’économiste et écrivain Tomáš Sedláček. Dans une interview accordée au journal Hospodářské noviny, il a rappelé certaines des valeurs qui étaient chères à l’ancien président tchèque et qu’il entend ramener dans l’espace public :

Tomáš Sedláček | Photo: Anna Rychnovská,  ČRo

« Ce sont, par exemple, les valeurs de courage que Volodymyr Zelensky promeut aujourd’hui et que d’autres pays découvrent grâce à lui. C’est aussi la foi en la liberté, mais non seulement au sens politique : c’est aussi la liberté de penser, afin que les questions puissent être véritablement débattues. C’est précisément cette libre pensée, cette libre critique, qui permet aux gens de ne pas demeurer figés dans leurs propres conclusions et de ne pas s’isoler du monde extérieur. La diversité recèle un potentiel énorme et il est nécessaire de tester en permanence ce qui est valable. En fin de compte, ce sont ces tests et ce dialogue qui doivent désormais avoir lieu entre l’Europe et l’Amérique. »

Il s’agit également, selon le nouveau directeur de la bibliothèque, de ramener l’optimisme de Havel dans la sphère publique. « L’espoir, c’est la conviction que ce que l’on fait vaut la peine, et non pas l’assurance que tout va bien se passer », rappelle-t-il, une des idées de l’ancien président, avant de conclure : « En d’autres termes, il faut croire au sens de notre ‘guerre’, même si une bataille particulière ne se déroule pas bien. »

Un triomphe incertain pour les médias publics

Après de longs débats houleux sur le sol parlementaire, une augmentation de la redevance audiovisuelle a finalement été adoptée ce mercredi. C’est un triomphe pour le gouvernement qui l’a proposée, mais qui, selon le journal en ligne forum.24.cz, ne sera probablement que temporaire. « Après sa victoire aux élections législatives qui se dérouleront dans six mois, l’opposition, en tête avec le mouvement ANO, envisage de supprimer la redevance afin de transférer les médias publics directement à l’État. La bataille principale est alors encore devant nous », explique-t-il. L’auteur d’une note publiée dans le quotidien Hospodářské noviny remarque à ce propos :

L’augmentation de la redevance audiovisuelle a été finalement adoptée | Photo: Ladislav Křivan,  Profimedia

« Il est évident que cette augmentation était nécessaire, car la redevance n’a pas changé depuis quinze voire dix-huit ans. Pourtant, les missions des médias publics demeurent les mêmes en vertu de la loi. Il est donc impossible de fournir le service requis avec la moitié du budget. Le fait que la télévision et la radio fonctionnent encore tant bien que mal prouve qu’ils ont réussi à réaliser des économies partout où c’était possible. »

Le chroniqueur du journal réfute l’argument selon lequel les médias de service public ne seraient plus réellement nécessaires. Pour lui, une telle approche est dangereuse :

« C’est exactement le contraire qui est vrai, car ils n’ont jamais été aussi importants. Nous vivons dans une ère où il est très facile non seulement de déformer la réalité, mais même de la remplacer entièrement par une réalité alternative. Cela fausse évidemment le débat social et influence la prise de décision politique. S’opposer aujourd’hui aux médias publics qui respectent les normes journalistiques, c’est soit être stupide, soit agir de manière malveillante. »

Résurrection du tennis masculin tchèque

Le premier titre de sa carrière remporté par Tomáš Macháč la semaine dernière lors de l’ATP 500 à Acapulco, en battant l’Espagnol Fokina Davidovich, a fait grand écho dans les pages sportives locales. Le chroniqueur du site Tenisportal l’a replacé dans un contexte plus large :

Tomáš Macháč | Photo: Eduardo Verdugo,  ČTK/AP

« C’est beau à voir. Après la fin des carrières professionnelles de Tomáš Berdych et de Radek Štěpánek, la réputation du tennis tchèque a été sauvée presque exclusivement par les femmes, dont on ne citera que Petra Kvitová, Karolína Plíšková, Barbora Krejčíková ou, tout dernièrement, Karolina Muchová. Mais ce n’est plus le cas. Désormais, les fans tchèques peuvent se réjouir du classement du simple masculin. Actuellement, Tomáš Macháč, 24 ans, occupe la 20e place, Jiří Lehečka, 23 ans, se trouve quatre places derrière lui, et Jakub Menšík, 19 ans, le plus jeune joueur de tennis à avoir atteint une telle position, est classé 57e. L’optimisme associé au tennis masculin tchèque est alors définitivement rétabli. »