Presse : l’irremplaçable travail des Ukrainiens en Tchéquie

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse à l’apport de la main d’œuvre ukrainienne pour la Tchéquie avant de se pencher sur l’importance des informations concernant les événements en Ukraine. D’autres sujets à son menu : la nouvelle attitude de l’Eglise catholique vis-à-vis des abus sexuels en son sein, l’intérêt croissant des Tchèques pour les vacances dans leur pays, le débat sur l’euro.

« La République tchèque n’est pas une superpuissance. C’est pourquoi nous devons nous féliciter de la présence des Ukrainiens ». Voilà ce qu’indique en introduction un article publié dans le journal Deník qui rapporte que 80 % de près d’un demi-million de réfugiés ukrainiens qui sont établis en Tchéquie y ont un emploi et se sont intégrés avec succès dans la société. Il indique également que ce n’est que l’année dernière que le pays a retrouvé ainsi le nombre d’habitants qu’elle comptait avant la Seconde Guerre mondiale :

« Les crimes nazis commis pendant l’occupation ont coûté à notre pays plusieurs centaines de milliers d’habitants, et un nombre similaire de personnes a quitté le pays après le coup d’Etat communiste de février 1948 et l’occupation soviétique d’août 1968. Après la guerre, nous avons expulsé et déporté trois millions d’Allemands des Sudètes. Il a donc fallu près de 90 ans pour que la Tchéquie retrouve les chiffres de 1938. La majorité de l’immigration étrangère y est constituée de Slovaques, d’Ukrainiens et de Vietnamiens. »

La Tchéquie n’est pas un pays où l’on se bouscule pour venir. Même pour les migrants des pays en voie de développement, comme l’explique l’éditorialiste de Deník, elle n’est  qu’un pays de transit vers des régions plus prospères, mieux gérées et moins xénophobes. La réalité est qu’il y a actuellement environ 100 000 postes vacants et le désespoir conduit certaines entreprises tchèques à recruter par milliers des employés aux Philippines, à l’autre bout du monde. « Le travail des Ukrainiens est ainsi irremplaçable », souligne-t-il avant de s’inquiéter du durcissement des conditions de leur protection temporaire envisagée par le gouvernement d’Andrej Babiš :

« Les mesures envisagées constituent un pas de plus vers la détérioration de l’atmosphère jusqu’ici favorable aux Ukrainiens. Ils pourraient dès lors décider de partir vers d’autres régions plus riches d’Europe, à commencer par l’Allemagne voisine. »

Informer sans relâche sur ce qui se passe chaque jour en Ukraine

La frappe d’un drone russe sur un immeuble d’habitation dans la ville roumaine de Galaţi, qui a causé d’importants dégâts et blessé deux personnes, a fait la une des médias. L’occasion pour l’éditorialiste de l’hebdomadaire Respekt de remarquer que de tels événements se produisent sans cesse, jour après jour, sur le territoire ukrainien :

Le bâtiment touché par un drone russe à Galați,  dans l'est de la Roumanie | Photo: Andreea Campeanu,  New York Times/Profimedia

« Chaque jour en Ukraine, plusieurs femmes et enfants meurent et de nombreux autres sont blessés à la suite des bombardements russes. Les Russes, qui connaissent des difficultés sur le front depuis plusieurs mois, tentent de démoraliser la société ukrainienne par des attaques contre les civils et détruisent des immeubles d’habitation, des hôpitaux, des écoles, des théâtres et des magasins. Aucune de ces attaques n’a reçu, en Tchéquie ni ailleurs dans le monde, autant d’attention que l’attaque contre la Roumanie. »

Dans une certaine mesure, c’est logique. Les Européens, y compris nous-mêmes, s’intéressent davantage aux menaces qui concernent le territoire de l’Union européenne ou de l’Alliance atlantique. Mais, comme l’estime l’éditorialiste, cela n’est logique que dans une certaine mesure :

« Les massacres quotidiens de civils ukrainiens, qui sont eux aussi des Européens, qui aspirent à adhérer à l’Union européenne et dont les soldats sacrifient chaque jour leur vie pour défendre la liberté, ne devraient pas disparaître de l’attention simplement parce qu’ils sont trop fréquents, qu’ils se répètent et que peu de gens veulent encore en entendre parler. Il faut au contraire informer  sans relâche sur ce qui se passe chaque jour en Ukraine et sur ce que la Roumanie vient de goûter à petite dose. On ne peut tout simplement pas fermer les yeux sur le massacre systématique de personnes. De plus, une meilleure prise de conscience des crimes russes peut renforcer la détermination des Européens à continuer et à intensifier leur aide militaire à l’Ukraine. »

Abus sexuels dans l’Eglise : l’approche évolue

La Conférence épiscopale tchèque a signé un mémorandum de coopération avec l’association « Někdo Ti uvěří » (Quelqu’un te croira) qui dénonce depuis longtemps l’attitude problématique de l’Eglise catholique face aux abus sexuels dans le milieu ecclésiastique et qui rassemble des victimes. Selon le journal Deník N, il s’agit d’une démarche qui n’aurait pas été possible il y a quelques temps encore :

Photo illustrative: Gerd Altmann,  Pixabay,  Pixabay License

« Les victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise se sont souvent heurtés à des portes closes. Certes, il y avait ici des évêques ouverts à ce sujet. Mais pas tous. Le mémorandum déclare un effort commun pour la protection des personnes vulnérables au sein de l’Eglise, le soutien aux victimes d’abus ou le développement d’une approche préventive et sensible envers les personnes qui ont subi des abus par des représentants ou des employés de l’Eglise. Les deux parties partagent la conviction qu’une prévention efficace, des procédures transparentes, l’écoute des victimes et la volonté d’une réflexion critique sur soi-même sont des conditions indispensables pour traiter cette problématique de manière responsable. Selon le nouvel archevêque Stanislav Přibyl, nommé en févier, l’Eglise est même prête à prendre en charge les thérapies ponctuelles pour les victimes d’abus, même si le mémorandum n’en fait pas explicitement mention. »

L’association constate qu’avec le renouvellement générationnel des évêques, l’approche évolue. Elle espère également, comme l’indique le journal, que l’Eglise fera preuve de plus de transparence et commencera à publier des statistiques sur le nombre de cas traités chaque année.

L’intérêt croissant des Tchèques pour les vacances dans leur pays

« Les Tchèques se ruent sur les chalets et les gîtes ». Voilà le titre d’un article publié sur le site Seznam Zprávy qui rapporte que, cette année, les Tchèques prévoient de passer leurs vacances dans leur pays, d’où l’augmentation de l’intérêt pour les locations :

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

« Alors que les vacances à l’étranger sont compliquées cette année en raison du coût élevé des transports et de l’incertitude liée aux déplacements, les séjours dans le pays connaissent une saison très forte. Selon une enquête récente de l’agence CzechTourism, 77 % des personnes interrogées prévoient de passer leurs vacances d’été en Tchéquie, soit 12 % de plus que l’année dernière. Les portails de réservation enregistrent un nombre record de demandes et bon nombre des chalets et gîtes locaux les plus prisés affichent déjà complet. Et tandis qu’auparavant, c’était principalement le prix qui primait, aujourd’hui, la qualité de l’hébergement s’impose de plus en plus. »

Seznam Zprávy indique que, comme d’habitude, l’intérêt se concentre principalement sur les régions montagneuses : Krkonoše, Šumava, Jeseníky, Beskydy et Vysočina. On observe également un fort intérêt pour les régions plus petites et plus calmes, situées en dehors des principaux circuits touristiques. « La tendance marquante de cette saison est la croissance de l’intérêt pour la Moravie du Sud, en particulier la région de Pálava », ajoute-t-il.

L’adoption de l’euro : le moment de sauter le pas ?

En Tchéquie, l’introduction de l’euro fait depuis longtemps l’objet de débats passionnés et de controverses. Les voix qui s’opposent à son adoption invoquent le plus souvent la perte d’indépendance en matière de politique monétaire et une éventuelle hausse des prix après l’introduction de la monnaie unique. Le journal Forum24.cz rapporte que ce débat a été une nouvelle fois relancé par le président Petr Pavel lors de la conférence « reVize Česka 2026 » à Prague. « Si la couronne faisait obstacle à notre développement futur, nous devrions abandonner notre attachement à celle-ci », a-t-il déclaré.

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

Pour le Premier ministre Andrej Babiš, en revanche, « l’introduction de l’euro serait une nouvelle perte de souveraineté pour le pays ». Pourtant, comme le rappelle le journal, le chef de gouvernement ne semblait pas être dans le passé l’opposant farouche à l’euro qu’il est aujourd’hui. Quand il a créé le mouvement ANO, Babiš avait une position plutôt ouverte et pragmatique. Et le journal de constater :

« Il n’en reste pas moins que l’adoption de l’euro est un engagement que nous avons pris lors de notre adhésion à l’UE en 2004. Et on ne peut pas le repousser indéfiniment. Si notre pays s’est engagé à adopter l’euro, il faut respecter cet engagement à l’avenir, sinon nous ne serons pas des partenaires crédibles aux yeux du monde extérieur. Trêve de sentiment, le temps est de rejoindre le courant dominant. Par ailleurs, l’euro est déjà la monnaie de 21 des 27 Etats membres de l’UE. »