Presse : malgré les contradictions, une future coalition gouvernementale en formation

Petr Macinka (Motoristé sobě), Andrej Babiš (ANO), Tomio Okamura (SPD)

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse d’abord aux points sur lesquels la coalition gouvernementale en formation s’accorde et qui vont à l’encontre des décisions passées  du gouvernement sortant de Petr Fiala. D’autres sujets à son menu : les nouvelles formes de racisme, la position des Pirates et le réseau routier en Tchéquie.

Ces jours-ci, les partis de la coalition gouvernementale en formation négocient leur programme. Malgré les grandes différences qui existent à cet égard, tout se passe comme s’il n’existait aucune divergence. L’une des raisons, selon l’éditorialiste du journal économique Hospodářské noviny, c’est que ce qui est en train de se former n’est pas vraiment un programme positif, mais un programme de négation et de destruction :

« Tout ce sur quoi les trois partis concernés, ANO, SPD et Motoristé (Automobilistes), s’accordent sans problème, c’est en fait la liquidation des projets du gouvernement sortant de Petr Fiala. Des projets qui devaient préparer la Tchéquie pour l’avenir. Ils s’accordent principalement sur la destruction de la réforme des retraites. En plafonnant l’âge de la retraite à 65 ans, ils tentent en fait de nier la réalité démographique et le vieillissement inévitable de la population. Un autre consensus, destructeur pour l’avenir, concerne la défense. Pour les partis concernés, des dépenses équivalentes à 2 % du PIB seraient suffisantes, contrairement à la volonté du gouvernement Fiala de consacrer, en accord avec les exigences de l’administration du président américain Donald Trump, jusqu’à 5 % du PIB à la défense. Il s’agit d’une façon de liquider les efforts du gouvernement sortant visant à réagir de manière pertinente à l’agressivité de la Russie qui n’a manifestement pas l’intention de s’arrêter à l’Ukraine. »

« Comment se fait-il que les partis démocratiques, qui affirmaient avant les élections que ‘tout était en jeu’, assistent à tout cela avec résignation ? Pourquoi n’essaient-ils pas au moins de faire quelque chose pour empêcher la menace qui pèse sur la souveraineté du pays en raison d’un manque de volonté de se défendre, ainsi que la menace d’une future faillite de l’Etat due à l’effondrement des systèmes sociaux ? », s’interroge l’éditorialiste du journal avant de renchérir :

« Les partis démocratiques veulent-ils encore mener une politique démocratique à travers des mécanismes démocratiques qui permettent différentes variantes de gouvernement en fonction des résultats électoraux ? Ou ont-ils l’intention de continuer à se comporter comme des enfants capricieux qui disent mille fois non, bien que ce ne soit pas ainsi qu’on gagne sur long terme ? »

L’affaire Turek : rejeter radicalement les nouvelles formes de racisme

Avec le député Filip Turek, président d’honneur du parti Motoristé (Automobilistes), prétendant au poste de chef de la diplomatie, une nouvelle ère du racisme est arrivée. C’est du moins ce qu’estime l’auteure d’un texte publié dans l’hebdomadaire Respekt. Pour elle, il s’agit d’un racisme plus dangereux que celui de Tomio Okamura, leader du parti d’extrême droite SPD, qui effrayait ses électeurs avec des « chirurgiens importés » inexistants, des déclarations paranoïaques sur une invasion de migrants qui n’a jamais eu lieu et un islam culturellement éloigné :

Filip Turek | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Le chef du SPD comptait et continue de miser sur le refus des gens de la différence, sur leur peur de l’inconnu ou sur le besoin de trouver un coupable à leurs problèmes. Ce type de racisme et de xénophobie n’est certainement pas justifiable, mais ses mécanismes psychologiques sont dans une certaine mesure compréhensibles. Ils tirent parti des principes populistes et des mécanismes évolutifs naturels qui conduisent l’être humain à se méfier de tout ce qui lui est étranger. »

Mais Filip Turek, comme le relève l’éditorialiste, ne cherche pas à intimider qui que ce soit, mais se contente d’exprimer des opinions haineuses à l’égard des Roms, des Noirs ou des musulmans, mais aussi des femmes et des personnes queer :

« Dans ses déclarations, qui font l’objet d’une enquête policière pour infraction pénale potentielle, il ne joue pas du tout sur la peur, mais sur la conviction de sa propre supériorité raciale. Compte tenu de sa fascination pour les symboles nazis et les personnalités telles qu’Hitler ou Mussolini, cela donne l’image d’un homme fermement convaincu d’une hiérarchie raciale dans la société. Ce n’est pas du populisme, mais une idéologie dangereuse. Avec la xénophobie à la Okamura, déjà bien implantée dans nos contrées, Turek crée un deuxième front en face duquel il ne faut pas fermer les yeux. »

Le texte dans Respekt résume qu’avec le racisme intrinsèque représenté par Turek, nous entrons alors dans une nouvelle ère politique où il sera nécessaire de rejeter radicalement le racisme : « Une tâche difficile pour la société tchèque, qui est traditionnellement laxiste envers les manifestations racistes ».

Les Pirates : un parti qui dérange l’ensemble de la scène politique

Les Pirates se sont classés aux élections législatives en quatrième position, remportant 18 sièges à la Chambre des députés. Mais ils sont le seul parti d’opposition qui n’aura pas de représentant à la présidence de la Chambre, parmi les vice-présidents, ni même à la tête d’une commission ou d’un comité. L’occasion pour l’éditorialiste du journal en ligne Forum24.cz de s’interroger : pour quelle raison les Pirates dérangent-ils autant ? Et aussi, pourquoi les partis et mouvements de l’ancienne coalition gouvernementale à cinq ne les ont-ils pas défendus face à cette injustice flagrante ?

Le parti Pirate | Photo: Vít Šimánek,  ČTK

« Il s’avère en effet que les Pirates dérangent non seulement le mouvement ANO, vainqueur des législatives, mais aussi d’autres partis. Il est évident qu’ils représentent ‘quelque chose de différent’ à la Chambre des députés, un autre parti, une autre façon de penser. Certes, c’est un parti politique qui n’est pas sans défauts. Mais il n’a jusqu’à présent eu à faire face à aucune affaire de corruption. En plus, comme le soulignent leurs représentants, ils luttent sans relâche contre la corruption, quel que soit le milieu dans lequel elle sévit. En cela, ils se distinguent des autres. »

Selon l’éditorialiste du journal, les Pirates sont aujourd’hui le seul parti de centre-gauche, le seul parti qui ait un ancrage profond auprès des jeunes. De plus, il dispose désormais d’un groupe parlementaire où les femmes sont largement majoritaires. « Autant de différences, autant de signes d’une pensée progressiste. Et aujourd’hui (à l’instar du modèle américain), cela n’est pas seulement mal vu, mais aussi puni », conclut-il.

Le réseau routier en Tchéquie face aux nouveaux défis

Où se situe la limite entre les avantages économiques des autoroutes et le moment où un réseau autoroutier trop dense commence à menacer la qualité de vie ? Une question soulevée par un chroniqueur du site info.cz qui estime que même si elle peut sembler prématurée, il est peut-être temps de commencer à l’examiner :

Photo illustrative: Barbora Němcová,  Radio Prague Int.

« Les autoroutes sont un sujet très fréquent en Tchéquie, surtout en lien avec les élections. Elles sont généralement présentées par les politiciens comme des artères qui nourrissent l’économie et améliorent ainsi le bien-être de la population. Certes, les autoroutes sont un élément important et nécessaire de l’infrastructure de transport servant la prospérité économique. Mais même si tout le monde veut rouler sur des autoroutes, personne ne veut vivre à côté. Il en découle logiquement que la construction d’un réseau autoroutier dans un pays comme la Tchéquie doit nécessairement atteindre un jour ses limites en termes de durabilité. »

De l’avis général, la Tchéquie possède peu d’autoroutes par rapport à l’Occident. Une idée que le chroniqueur déjoue indiquant que le pays compte aujourd’hui 1 505 km d’autoroutes, 500 km supplémentaires étant en cours de construction ou en phase de planification : « Le nombre de kilomètres d’autoroutes y est donc comparable à celui de l’Autriche en termes de superficie et, une fois leur construction achevée, il sera pratiquement identique. En tout état de cause, il sera bien supérieur à la moyenne européenne », écrit-il avant d’émettre l’idée qu’il est peut-être temps de rechercher un concept pour l’avenir afin que la Tchéquie ne connaisse, comme certains autres pays, une massification excessive du réseau autoroutier et qui mettrait à profit une spécificité tchèque :

« La Tchéquie dispose du réseau ferroviaire le plus dense d’Europe. Nulle part ailleurs dans l’UE, les gens n’ont autant de possibilités de voyager en train qu’en Tchéquie. Un fait qui devrait aussi être pris en compte dans les plans d’extension du réseau routier pour qu’elle ne devienne pas un pays d’autoroutes et de corridors au détriment des paysages, des terres arables et des beautés naturelles. »