Presse : protestations, solidarité, brasseries, film, parachutistes

Photo: ČTK/AP/Mark J. Terrill

L’Occident est-il menacé ? Et quelles sont ses valeurs qui méritent d’être défendues ? Quelques éléments de réponse à ces questions dans cette nouvelle revue de presse. Un mot ensuite sur la solidarité d’un théâtre de Prague avec les protestations américaines et les réactions qu’elle a provoquées. Le retour prudent des Tchèques dans les brasseries et la situation du cinéma tchèque sont deux autres sujets traités. Le magazine s’intéresse aussi aux tentatives d’identifier les dépouilles des parachutises tchèques morts pendant la Deuxième Guerre mondiale.

« Les protestations aux Etats-Unis qui ont proliféré à travers le monde ne menacent pas l’Occident mais le monde mythique dit ‘normal’ », titre un commentaire publié dans le quotidien Deník N en lien avec les événements qui font depuis un certains temps la une de l’agenda international. Son auteur explique :

« Beaucoup affirment que l’Occident se meurt. Après la vague migratoire et le green deal, après la Convention d’Istanbul, ce sont les protestations contre le racisme qui ont donné un nouvel élan à de tels avertissements. Ces voix ont un trait en commun : elles prêtent à l’Occident et aux sociétés occidentales l’image idéalisée d’un monde des années 1950 et 1960, avant la montée de la mondialisation et du mouvement d’émancipation. La nostalgie d’un tel monde qui, en fait, n’a jamais existé, est fausse. Tous ceux qui déplorent ‘la fin de la civilisation occidentale’ entendent d’habitude par là une forme fortement romantique de l’un des épisodes historiques occidentaux. »

D’un autre côté, comme le souligne le commentateur de Deník N, l’Occident représente des qualités qu’il y a lieu de défendre :

« Basé sur des interrogations et non pas sur des vérités inébranblables, l’Occident se distingue des sociétés dans lesquelles les vérités sont éternelles et intouchables. Il est prêt à réagir à de nouvelles acquisitions et idées, ainsi qu’à abandonner les concepts désuets, qui avaient fait leur preuve dans le passé. Il est capable d’inventer et d’utiliser les transformations technologiques sans succomber à leur domination. En outre, il a la capacité de réaliser que l’arrangement qui maintient les privilèges au détriment des autres ne saurait être légitimement défendu. Autant de capacités que l’Occident a pu confirmé au cours des derniers mois et des dernières années à de nombreuses occasions ».

Solidarité de gens de théâtre tchèques avec les protestations américaines

Photo: ČTK/Vít Šimánek

Black Lives Matter. L’apparition de cette inscription qui a été durant le week-end écoulé placée sur le bâtiment du théâtre Švandovo divadlo et par laquelle cette prestigieuse scène de Prague a exprimé ses sympathies avec les mouvements contre le racisme, a provoqué un tollé de réactions violentes sur les réseaux sociaux. Le directeur du théâtre Daniel Hrbek s’est à ce propos confié au quotidien Lidové noviny de ce mardi :

« Force m’est de constater que je ne m’attendais pas à une telle vague de manifestations et de signes de haine raciale. J’ai pensé d’abord qu’on allait se moquer de nous, car notre réalité est différente de celle des gens aux Etats-Unis ou qu’on allait trouver notre engagement trop pathétique. Je m’attendais donc plutôt à des réactions ironiques. L’ampleur des réactions agressives m’a surpris, la Tchéquie se plaçant dans les différentes enquêtes internationales parmi les dix pays du monde les plus paisibles. C’est avec tristesse que je perçois la quantité de messages anonymes haineux qui m’ont été adressés. »

Evidemment, l’initiative du théâtre a donné lieu également à des réactions positives et à des débats. De même, comme le signale le journal Lidové noviny, les billets pour les prochains spectacles se vendent au théâtre aussi bien qu’avant cet événement et ceux qui se jouent maintenant sont donnés à guichets fermés.

Les brasseries en manque de clients

Photo: Bohumil Šimčík

Le confinement désormais terminé, les Tchèques hésitent pourtant à revenir à leurs habitudes et à leur style de vie précédents. C’est ce que rapporte l’hebdomadaire Reflex qui a à ce sujet précisé :

« On s’attendait à ce que la population qui aime la bière prenne d’assaut les brasseries et les restaurants. Toutefois, jusqu’ici, il n’en a rien été, ces derniers demeurant notamment à Prague à moitié vides. Et ce en dépit de ce que les prix y soient désormais nettement plus bas qu’avant l’épidémie du Covid-19. Cela concerne tant les brasseries et les restaurants classiques que les bars ‘trendy’ destinés à la jeune génération. Les uns et les autres sont en manque de la clientèle fidèle et de touristes. »

Il y a également d’autres segments du marché orientés sur les loisirs qui ont fait cette même expérience décevante, constate le magazine avant de s’interroger :

« Est-ce le fruit de la situation financière difficile des consommateurs ? Ou bien les gens se sont-ils accoutumés et ont pris un certain plaisir à rester chez eux ? Une chose semble certaine : c’est que la pandémie qui n’a pas causé en Tchéquie de grands dégâts sanitaires a pourtant transformé la société davantage et pour une période plus longue qu’on ne l’aurait pensé ».

Les films tchèques, sont-ils mauvais ?

A l’occasion de la sortie en salle d’un nouveau film tchèque, la comédie Bourák (Le Flambart) qui est lourdement critiqué par la presse, le chroniqueur du supplément Relax du quotidien Lidové noviny de samedi dernier a essayé d’expliquer les causes de la qualité assez misérable de la grande majorité des films de production locale. Il a écrit :

« La cinématographie tchèque produit annuellement une quarantaine de longs métrages et de films documentaires. Il est normal qu’il n’y en ait parmi eux que quatre ou cinq qui se font remarquer comme de bons ou d’excellents films. En trouver cinq, six ou sept de cette qualité est exceptionnel. Le problème c’est que les attentes liées aux film tchèques sont presqu’identiques aux critères se rapportant aux oeuvres hollywoodiennes ou aux meilleurs films européens. Pourtant, les conditions des cinéastes tchèques sont foncièrement différentes de celles des cinéastes étrangers, car les moyens dont la cinématographie locale dispose sont incomparablement plus modestes. S’y ajoute toute sorte de problèmes d’ordre systémique. Or, la qualité des films tchèques qui laisse à désirer n’est pas prioritairement à mettre sur le compte de l’incapacité ou du manque de talents des cinéastes tchèques. »

L’auteur du texte publié dans le supplément Relax constate que les spectateurs tchèques ne peuvent voir en salle que des films américains qui sont soigneusement sélectionnés. Ils ignorent alors l’existence de ceux qui sont médiocres ou carrément mauvais. Une raison de plus, selon lui, de se détromper et de modérer les critiques à l’égard des films tchèques, aussi justifiées paraissent-elles.

Continuation des efforts en vue d’identifier les corps des résistants

La plaque commémorative aux parachutistes, photo: Barbora Kmentová

Parmi les parachutistes qui ont été déployés pendant la Deuxième Guerre mondiale sur le territoire du protectorat de Bohême et de Moravie et qui y ont trouvé la mort,il n’y en a qu’un seul à avoir une vértiable sépulture. : Ivan Kolařík du groupe Out Distance. Les corps de tous les autres, en particulier de ceux qui ont participé activement à la liquidation du Reichsprotektor Reinhard Heydrich, ne sont pas dignement enterrés. C’est ce que l’on peut lire dans un texte publié sur le site HlídacíPes.org. Son auteur a précisé  à ce propos:

« On suppose que les dépouilles des parachutistes ont été déposées dans des fosses communes anonymes au cimetière de Ďáblice, à Prague. Le paradoxe de l’histoire veut que celles-ci regroupent aussi bien des résistants que des nazis, dont K.H. Frank, ou des collaborants exécutés. Le nombre de personnes qui ont été enterrées au cimetière est estimé à quelque 18 000. De l’avis d’historiens tchèques, il est peu probable que l’on puisse à l’avenir trouver, exhumer et identifier les restes des différents parachutistes. Cela dit, les recherches ne s’arrêtent pas, un certain espoir étant désormais est lié aux archives allemandes ou autrichiennes. »

Le site HlídacíPes.org rappelle que l’historiographie communiste a cherché à minimiser et à marginaliser les activités du gouvernement de Londres, de la résistance occidentale et des parachutistes pendant la guerre. L’attentat contre Heydrich en tant qu’acte incontournable faisait figure d’exception dans cette perception. C’est donc depuis quelques années seulement que des rappels significatis des activités des parachutistes dans le pays ont commencé à apparaître, sous forme de plaques commémoratives ou de monuments. Le site mentionne entre autres le monument qui a été dédié à l’opération Anthropoid à l’endroit où l’attentat avait été perpétré et dévoilé il y a onze ans.