Presse : tolérance zéro pour les agressions contre les politiciens

Andrej Babiš

Cette nouvelle revue de presse propose quelques réactions à l’agression dont le président du mouvement ANO Andrej Babiš a été récemment victime. Elle s’intéresse également aux chances des partis anti-système et au rôle de la désinformation pendant la campagne électorale. Un bref rappel de l’œuvre du cinéaste Jiří Menzel décédé il y a cinq ans et un mot sur l’essor du « padel » en Tchéquie.

« L’attaque contre Andrej Babiš, frappé lundi avec une béquille lors d’un meeting électoral dans la région de Moravie-Silésie, est une gifle à la démocratie », estime l’auteur d’une note publiée dans le journal en ligne lidovky.cz. Voilà pourquoi, elle mériterait une réaction unanime, soit une condamnation claire et sans réserve de la violence :

« L’attaque contre Andrej Babiš n’est pas seulement une agression physique contre un homme. C’est une attaque contre nous tous, contre tous ceux qui croient que la démocratie repose sur les élections, les débats et la libre concurrence des opinions politiques, et non sur la violence. Ceux qui aujourd’hui restent silencieux, voire approuvent, ouvrent la porte à d’autres agressions contre d’autres politiciens, journalistes, militants et, finalement, contre nous tous. C’est pourquoi il faut le dire haut et fort : ceux qui approuvent, excusent ou même relativisent indirectement l’agression contre Babiš sont complices d’un climat de haine. On peut prendre cet acte pour un test révélateur de la condition de la société tchèque. »

Personne n’est obligé de voter pour Andrej Babiš ou d’approuver sa politique. Mais, comme le souligne l’éditorialiste du journal, nous devrions tous défendre son droit à ne pas être menacé physiquement. « Si nous tolérons aujourd’hui une attaque contre lui, demain, n’importe qui d’autre pourrait être pris pour cible. »

« L’attaque de lundi contre Andrej Babiš a pu susciter une joie malveillante chez beaucoup de gens. Il y a en effet pas mal de raisons de ne pas aimer l’ancien Premier ministre. Les politiciens peuvent nous agacer et ils nous agacent effectivement. Mais il est tout à fait inacceptable de les frapper, même si nous avons le sentiment qu’ils le méritent », renchérit l’éditorialiste du site Novinky.cz.

Selon le magazine Reflex, une étape semble avoir été franchie. « Jusqu'à présent, nous étions habitués à la présence d’opposants lors des meetings électoraux, aux sifflets, aux cris et parfois même aux jets d’œufs ou de tomates. Mais l’attaque avec une béquille dépasse toutes ces manifestations légitimes de désaccord », écrit-il.

Une chance pour les sympathisants des partis anti-système ?

« Depuis quelque temps, nous assistons en Tchéquie à un renforcement des partis qui, d’une manière ou d’une autre, se réclament de la Russie fasciste. Certains le font indirectement en remettant en question le soutien à l’Ukraine attaquée par la Russie, d’autres défendent le régime de Poutine », peut-on lire dans une note d’un politologue reconnu publiée dans l’hebdomadaire Respekt qui indique également :

Photo: René Volfík,  ČRo

« Depuis 1989, environ un cinquième des électeurs tchèques penchent pour les partis anti-système. Pendant longtemps, ils ont été ‘desservis’ par le parti communiste, qui a surtout profité de la nostalgie d’une partie de la population liée à l’ancien régime. A l’heure actuelle, les partis antilibéraux considèrent que, dans certaines circonstances, après plus de 35 ans, la démocratie occidentale pourrait être remplacée dans notre région par un monde qui serait le continuateur de l’ancien empire soviétique. Le mouvement ANO pour l’instant attend, se tenant prudemment à cheval entre l’Occident et l’Orient. »

De l’avis du commentateur de Respekt, les fascistes tchèques et les partisans de l’autoritarisme ne se sont jamais distingués par leur grand courage :

« Ils ont émergé en grand nombre pendant la Deuxième république (du 1er octobre 1938 au 14 mars 1939), lorsqu’il était déjà clair que Hitler allait s’emparer de notre pays. Ils ont refait surface après la Deuxième Guerre mondiale, alors qu’ils avaient le soutien inconditionnel de l’Union soviétique. Après 1989, pendant près de trois décennies, ils avaient l’habitude de dissimuler leur opposition au système démocratique sous des critiques contre ses divers échecs ou sous des attaques contre l’Union européenne et l’OTAN au nom de la souveraineté nationale. Aujourd’hui, ils sentent qu’une nouvelle chance s’offre à eux. Si l’influence de la Russie se renforce, ils se renforceront eux aussi. Et, inversement, si l’Occident bat la Russie, la plupart d’entre eux disparaîtront à nouveau de la scène publique. »

Selon lui, ce n’est pas un hasard si la plupart des politiciens et des sympathisants de ces partis admirent le président américain Donald Trump : « Les chances que nous fassions partie d’un empire soviétique ressuscité n’ont jamais été plus grandes au cours des 35 dernières années ».

La campagne électorale face à la désinformation

A ce même sujet, le journal forum24.cz signale que « la désinformation, la déformation de la réalité visant à détruire la démocratie dans les pays occidentaux, y compris en Tchéquie, constituent une arme extrêmement puissante et dangereuse de Poutine » :

Source: Gerd Altmann,  Pixabay/Radio Prague Int.,  CC0 1.0 DEED

« La désinformation russe s’immisce dans les programmes électoraux et dans la campagne. Le référendum sur la sortie de l’UE et de l’OTAN, le refus d’augmenter les dépenses allouées à la défense, la protection des combustibles fossiles dont dépend l’économie russe, des attaques contre le chef de l’armée tchèque, le refus d’apporter une aide militaire ou autre à l’Ukraine. Autant de points parmi d’autres qui en sont des exemples flagrants ».

L’éditorialiste du journal affirme que les désinformateurs vivent la belle vie ici, car  les représentants tchèques ne semblent pas vouloir s’opposer fermement à leurs manipulations : « La Tchéquie devrait suivre l’exemple de la Finlande ou de l’Estonie, qui mènent une lutte intensive contre la désinformation dès la maternelle. Il ne fait également aucun doute que c’est précisément le fait de négliger la défense contre la désinformation russe qui renforce l’opposition tchèque », conclut-il.

Cinq ans depuis le décès du réalisateur oscarisé Jiří Menzel

Le site aktualne.cz rappelle que ce 5 septembre, cinq ans se sont écoulés depuis le décès du cinéaste tchèque Jiří Menzel, oscarisé en 1968 pour son film Trains étroitement surveillés, inspiré d’un texte de Bohumil Hrabal. Son chroniqueur souligne que l’œuvre du cinéaste fait partie des meilleures productions cinématographiques tchèques, avant d’ajouter :

Jiří Menzel | Photo: Sudio Barrandov

« Jiří Menzel s’est également illustré comme comédien dans ses propres films et dans ceux d’autres réalisateurs et s’est consacré à des créations théâtrales dans son pays et à l’étranger. Pour sa longue contribution artistique au cinéma tchèque, il a reçu le Lion tchèque en 1996 et, sept ans plus tard, un prix pour l’ensemble de son œuvre au Festival du film de Karlovy Vary. Il a été décoré à deux reprises par la France de l’Ordre des Arts et des Lettres. Cette année, l’ambassade croate à Prague a décerné à Menzel une distinction nationale pour l’ensemble de son œuvre, sa contribution au cinéma mondiale et ses relations avec la Croatie et les Croates. »

Le padel : un sport en essor en Tchéquie

« Le padel part à la conquête de la Tchéquie ». Un constat fait par un chroniqueur du journal en ligne echo24.cz à l’occasion de l’ouverture de trois nouveaux courts consacrés à ce jeune sport de raquette sur Císařská louka, à Prague :

« Les nouveaux courts élargissent l’offre d’activités sportives sur un espace de récréation très apprécié au bord de la Vltava, qui est déjà utilisé par les kayakistes, les paddleboarders, les golfeurs ou les amateurs de beach-volley. Le terrain de padel a pour ambition de devenir une nouvelle attraction tant pour les Pragois que pour les touristes qui recherchent à la fois des loisirs actifs et des divertissements sociaux informels. »

Né en Espagne, le padel est désormais pratiqué dans plus de 100 pays à travers le monde. En Tchéquie, comme l’indique le chroniqueur, le premier court a été ouvert en 2017. Tandis qu’en 2020, il n’en existait que neuf dans le pays, aujourd’hui, leur nombre approche la centaine.