Privé de son immunité parlementaire, David Rath sera livré à la justice

David Rath, photo: CTK

Ce mardi, la chambre basse du Parlement a voté la levée de l'immunité du député social-démocrate David Rath. Cette décision ouvre la voie à des poursuites judiciaires contre l'ancien président de la région de Bohême centrale, soupçonné d’être impliqué dans une vaste affaire de corruption.

David Rath, photo: CTK
C’est une image jamais vue dans l’histoire de la République tchèque : un député soupçonné de corruption, faisant face à ses pairs, surveillé de près par des policiers armés, plaidant sa cause alors que le Parlement doit décider de la levée de son immunité ou non.

« Mesdames et messieurs, je me présente devant vous, alors que je viens d’être transféré de prison, c’est-à-dire d’un lieu où une seule journée sur place est trop longue par rapport à nos courtes vies. Vous attendez sans doute une réponse à cette question : David Rath a-t-il accepté un pot-de-vin ou non ? Je prétends que non. »

Pour Jiří Kraus, professeur d’études des médias à l’Université Charles, interrogé ce mercredi par le quotidien Lidové noviny, David Rath a fait montre une nouvelle fois de son habileté à manier le langage, voire à le manipuler.

Photo: CTK
Habile rhéteur, figure médiatique liée à de nombreux scandales, rappelons pour mémoire que cet ancien médecin devenu politicien, a été arrêté à la mi-mai, en possession de la bagatelle de sept millions de couronnes en espèces dans une boîte. Face aux députés tchèques, David Rath a sorti l’artillerie lourde, se considérant ni plus ni moins comme un prisonnier politique et parlant de manipulation politique :

« Le première question qui se présente est la suivante : suis-je poursuivi pour mes activités dans ce Parlement. Je prétends que oui. Cette affaire, extrêmement bien préparée, est le résultat du travail de pieuvre dirigé par M. Jan Kubice. Il s’agit d’une vengeance politique, qui vise à éliminer un homme politique d’opposition qui critique sans concession. »

Lubomír Zaorálek, Bohuslav Sobotka, photo: CTK
David Rath a ainsi directement pointé du doigt le ministre de l’Intérieur Jan Kubice, mais aussi les membres de son parti, le ČSSD, qu’il accuse de couardise face aux mécanismes de l’Etat. Lubomír Zaorálek, député social-démocrate, dément :

« La question est de savoir si cette affaire et la décision que nous devions prendre au Parlement étaient la situation idéale pour débattre des problèmes de notre système judiciaire et les régler. Bien sûr, j’aurais beaucoup de choses à redire à ce niveau-là. Mais là, il s’agissait d’un problème différent. Nous voulions entendre ce que David Rath avait à dire sur cette boîte et ces sept millions de couronnes. Or nous n’avons appris que peu de choses à cet égard. »

Côté gouvernement, on défend la procédure engagée et l’enquête menée contre David Rath, réfutant les accusations de complot.

David Rath, photo: CTK
Mardi, seuls deux députés n’ont pas voté en faveur de la levée de l’immunité parlementaire de David Rath. 183 députés présents sur 185 ont décidé que David Rath devait être poursuivi en justice. Et côté ČSSD, on ne semble guère avoir hésité. En effet, les allusions de David Rath, mardi, devant les députés, sur le fait que cet argent était destiné au parti social-démocrate en vue des prochaines élections, sans plus de détails, n’ont sans doute guère plu aux membres de son parti.

En attendant, la levée de l’immunité de David Rath lance désormais la machine judiciaire : s’il est reconnu coupable, l’ancien président de Bohême centrale encoure jusqu’à douze ans de prison. Un procès qui à n’en pas douter sera hautement médiatisé.