Que restera-t-il du pont Charles ?

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Le pont Charles, monument le plus célèbre de Prague, est soumis à une cure de rajeunissement. Après une longue discussion entre spécialistes, la municipalité de la capitale a décidé de procéder à sa restauration. La méthode utilisée et l’ampleur des travaux n’ont cependant pas tardé à susciter de nombreuses critiques. Peut-on encore parler d’une restauration ou s’agit-il d’une reconstruction complète ? N’est-on pas en train de construire une réplique du vieux pont ?

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La restauration du pont construit au XIVe siècle par l’empereur Charles IV a commencé du côté du quartier de Malá Strana. Pendant les travaux le pont n’est pas fermé à la circulation. L’ingénieur Daut Kara, de la société Mott Mac Donald, qui représente la municipalité lors de la réalisation du projet, précise le calendrier des travaux :

« La restauration du pont Charles est divisée en deux étapes : la restauration du tablier du pont et celle de son revêtement en pierre. Selon le contrat, la première étape, la restauration du tablier du pont, c’est-à-dire les réparations de la chaussée et des parapets, devrait être achevée le 11 juin 2010. Pour l’instant rien n’indique que le contrat ne soit pas respecté. »

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D’ores et déjà, les premiers travaux ont révélé le mauvais état des blocs de grès dans les parapets. Il s’est avéré que les ouvriers seront contraints d’en remplacer non pas un tiers comme prévu, mais deux tiers. Et les restaurateurs ont été accusés de nuire à l’authenticité historique du monument. L’ingénieur Daut Kara prend leur défense :

« On a beaucoup parlé de la substitution des blocs de pierre. On nous reprochait de remplacer même les pierres dont l’état était encore satisfaisant. Je dois dire que c’est une question vraiment douloureuse. Décider quelle pierre remplacer et quelle pierre laisser à sa place, c’est sans doute ce qu’il y a de plus difficile dans notre travail. (…) Je vis à Prague depuis ma naissance et j’aime le pont Charles comme tous les Pragois. Je sais bien que plus de vieilles pierres y resteront, plus grande sera sa valeur historique. »

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Selon le spécialiste de la protection des monuments historiques Ondřej Šefců, le procédé adopté est juste. Ces éléments du pont ont d’ailleurs été plusieurs fois restaurés et il n’y reste pratiquement plus aucun bloc datant du XIVe siècle. La pierre qui est utilisée aujourd’hui provient de Kocbeře, une petite carrière en Bohême de l’Est. Il s’agit du grès le plus dur parmi toutes les variétés de grès disponibles sur le territoire tchèque. Les spécialistes espèrent que ce matériau résistera mieux à la désagrégation que les variétés utilisées lors des restaurations précédentes. L’ingénieur Vladimír Tvrzník souligne cependant que les bâtisseurs de Charles IV ont utilisé une autre variété de grès :

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«Il s’agissait du grès permo-carbonifère qu’on extrayait à Kamenné Žehrovice, dans le bassin de Kladno et de Rakovník, mais malheureusement, sous le communisme, la carrière a été supprimée et elle est aujourd’hui ensevelie sous des immeubles d’habitation. Elle est donc définitivement inexploitable et nous cherchons une nouvelle carrière de cette variété de grès qui s’est avérée être la plus convenable, la plus durable et la plus résistante.»

Combien y a-t-il donc de pierres originales dans le pont Charles ? Très peu dans les parties extérieures et visibles du pont qui ont été fréquemment restaurées. Par contre, l’intérieur du pont construit en marne est resté pratiquement intact. Actuellement les spécialistes réalisent une «passeportisation », c’est-à-dire un enregistrement détaillé de tous les blocs de revêtement du pont. Chaque bloc aura son numéro et on tâchera de définir ses origines. Ce n’est qu’après ce travail minutieux que nous pourrons dire ce qui reste vraiment du pont de l’empereur Charles IV.