Référendum interne : des sociaux-démocrates divisés décident de leur participation au gouvernement

Jan Hamáček, le chef des sociaux-démocrates Photo: ČTK/Šimánek Vít

Les 17 683 membres du parti social-démocrate sont appelés aux urnes depuis lundi et jusqu’à la mi-juin. Ils doivent décider, par référendum interne, s’ils acceptent que la social-démocratie forme une coalition avec le mouvement ANO d’Andrej Babiš. La formation est divisée et le résultat du vote s’annonce très serré…

Jan Hamáček, le chef des sociaux-démocrates Photo: ČTK/Šimánek Vít

Miloš Zeman, photo: ČTK/Taneček David
« C’est difficile à jauger. Il y a vraiment de fortes opinions pour, mais aussi de fortes opinions contre. Laissons décider les adhérents ! »

Jan Hamáček, le chef des sociaux-démocrates depuis le mois de février, se trouve déjà dans une position difficile. L’accord de coalition et la déclaration de programme négociés depuis de longs mois avec le mouvement ANO ne font pas l’unanimité au sein du parti et l’issue du référendum est très incertaine. Les sénateurs sociaux-démocrates et les directions des régions de Bohême de l’Ouest et d’ Ústí nad Labem ont recommandé de voter contre.

Les raisons de cette insatisfaction sont nombreuses. Avec les nouvelles exigences en matière de politique étrangère du parti communiste, qui doit accorder son soutien au gouvernement minoritaire pour qu’il bénéficie de la confiance des députés, le texte de la déclaration de programme pourrait ainsi encore évoluer… après le vote des sociaux-démocrates.

Certains d’entre eux regrettent également de ne pas connaître encore les noms des ministres proposés par le mouvement ANO. Quant aux cinq personnalités présentées par la direction sociale-démocrate pour prendre des portefeuilles au sein du futur gouvernement, elles font débat. Le problème ne repose pas tant sur l’industriel de l’agroalimentaire Miroslav Toman, un indépendant pressenti pour le poste de ministre de l’Agriculture et soutenu par le chef de l’Etat Miloš Zeman, que sur Miroslav Poche, un eurodéputé qui pourrait prendre la tête du ministère des Affaires étrangères. Ce dernier préfère jouer l’indifférence :

Miroslav Poche, photo: Jana Trpišovská, ČRo
« Je suis une personne pour le moins obstinée donc tous ces messages ont tendance à me motiver plutôt qu’à me décourager. Ils ne jouent donc pas un grand rôle et, selon moi, il s’agit plus de communication et du fait que nous devrions commencer à discuter avec monsieur le président. »

Le problème de Miroslav Poche, c’est qu’il est justement dans le viseur du chef de l’Etat Miloš Zeman, qui lui reproche de ne pas s’être opposé à l’accueil des réfugiés via le système des quotas. La polémique témoigne de la capacité du président à faire planer son ombre sur le parti social-démocrate, une formation qu’il a pourtant quittée au début des années 2000.

Aussi, comme ses consœurs ailleurs en Europe, la social-démocratie tchèque est en crise. Les élections du mois d’octobre dernier n’ont pas arrangé les choses. Le parti, principale formation de la coalition gouvernementale de l’époque, déjà aux côtés du mouvement ANO, y a enregistré un score historiquement faible (7,27 %). Le sénateur Jiří Dienstbier, opposé à l’accord avec ANO et au courant de son parti proche de M. Zeman, reconnaît les divisions qui parcourent la social-démocratie, mais qui font selon lui aussi sa force :

Jiří Diensbier, foto: Prokop Havel, ČRo
« La social-démocratie est un parti divisé. Il a été uni lors de son congrès quand les négociations avec ANO ont été arrêtées. Malheureusement, ces négociations ont repris aussitôt après et il a été à nouveau divisé. D’un autre côté, si vous organisez un référendum, vous ne pouvez pas le faire sans qu’il y ait des débats, sans entendre toutes les opinions. Pour moi, ce n’est pas une si mauvaise chose qu’il y ait du débat. La social-démocratie devrait être un parti pluriel, où différentes opinions se font entendre, et non pas le mégaphone de l’un de ses dirigeants ou de son propriétaire, comme l’est le mouvement ANO avec lequel certains d’entre nous veulent former une coalition. »

Près de 1 100 sections locales du parti doivent se prononcer. Le scrutin est organisé durant une seule journée dans chacune d’entre elles, d’ici à la mi-juin. La participation doit être au moins de 25 % pour que la position des sociaux-démocrates soit validée.

En vain pour l’instant, la direction du parti a insisté pour que les premiers résultats ne soient pas dévoilés. Il faudra tout de même attendre quelques semaines afin de savoir si les Tchèques pourront enfin avoir un gouvernement disposant de la confiance des députés. Une chose est certaine, la social-démocratie restera un parti divisé, quelle que soit l’issue du scrutin.