Retour sur le « procès Vítkov » avec le représentant de la petite fille rom grièvement brûlée

Photo: CTK

Retour aujourd’hui sur le jugement prononcé la semaine dernière au terme du procès en première instance de quatre jeunes néo-nazis tchèques condamnés à de lourdes peines de prison pour avoir incendié au cocktail Molotov une maison habitée par des Roms. Plusieurs personnes avaient été blessées lors de l’incendie, dont la petite Natálka, représentée lors du procès par Pavel Uhl.

Pavel Uhl, photo: Alžběta Švarcová, www.rozhlas.cz
Bonjour Pavel Uhl, vous êtes le représentant de la petite Natálka, très grièvement brûlée. Le procès en première instance vient de s’achever avec des peines de 22 ans de prison pour trois des auteurs et de 20 ans pour le quatrième. Je voudrais d’abord vous demander comment vous avez vécu ce procès très médiatisé.

« C’est vrai que le procès a été médiatisé, mais il faut dire qu’il a duré plusieurs mois et que seulement le début a été médiatisé, puis quelques preuves discutées au cours du procès et enfin le jugement. Il faut dire que la majorité de la procédure n’a pas été autant médiatisée que ces aspects plus intéressants pour le public. »

De ce qu’on a pu en voir à la télévision, on a eu l’impression que ces jeunes gens n’avaient pas vraiment conscience de la gravité de ce qu’ils avaient fait et ce qui était choquant est qu’ils sont venus dans la salle du tribunal habillés de vêtements de marques très connues dans le milieu néo-nazi.

Photo: CTK
« Oui, c’est vrai, c’est évident dans le cas d’un des accusés. Il faut dire que pendant tout le procès je n’ai remarqué aucune réflexion de leur part. Il y en a deux qui ont prononcé des regrets, mais c’était des déclarations très formelles, sans aucune émotion. Le reste de leur comportement est resté intact et sans aucune émotion quant aux conséquences de leurs actes. En revanche, il faut dire que quand ils ont décrit leur arrestation, c’était beaucoup plus émotionnel que la description des faits qu’ils ont commis. »

Sur des serveurs internet tchèques vous avez participé à quelques forums dans lesquels les internautes ont pu vous poser quelques questions. La question qui revient souvent est ‘Ne pensez-vous pas que les peines sont trop lourdes’ ?

« Je ne pense pas que les peines soient trop lourdes au vu des faits reprochés. C’est la question qu’on me pose le plus souvent parce qu’il faut dire que le public tchèque n’est pas encore préparé à accepter que ce qu’il faut vraiment juger est le motif, la motivation du crime. Le public est capable de comparer les conséquences du crime mais il refuse de voir que ce crime est motivé par le racisme. D’après la loi et les valeurs de la civilisation européenne, c’est quelque chose qu’il faut refuser et la peine doit le refléter. »

Il n’y a pas que le public, il y a aussi le président de la République, Václav Klaus, qui a estimé que les peines étaient trop lourdes.

Václav Klaus, photo: CTK
« La réaction de M. Klaus m’a vraiment étonné. Il faut rappeler qu’au moment de l’arrestation des accusés il a indiqué espérer un procès qui réagisse à ce crime horrible. Il faut souligner aussi qu’en 1995 la loi tchèque ne connaissait pas encore la qualification d’homicide à caractère raciste. C’est le gouvernement dirigé par Václav Klaus qui a proposé au parlement le durcissement de la loi et depuis lors la loi stipule que l’homicide à caractère raciste est plus sévèrement puni qu’un homicide à autre motif. »

En tant que représentant de la petite Natálka, vous avez également demandé des dommages intérêts, à hauteur de 9,5 millions de couronnes, qui ont été accordés par le juge pénal, ce qui est assez exceptionnel. Cela dit, il reste un problème, à savoir comment récupérer cette somme, les coupables n’étant pas solvables et le droit tchèque étant assez compliqué en la matière.

Natálka, photo: CTK
« C’est vrai que c’est un peu exceptionnel que le juge ait confirmé notre demande de dommages intérêts, parce que dans des cas similaires le juge pénal dit souvent aux victimes qu’elles doivent entamer une procédure civile. J’attends désormais que cette décision soit confirmée en appel pour être sûr que ce soit définitif. Il est vrai que l’exécution de cette décision sera très compliquée, mais on verra et j’espère que pendant la vingtaine d’années de prison, les accusés - que j’espère voir aussi condamner en appel – vont parvenir à une autoréflexion et vont participer à ces dommages intérêts pour les victimes. Ce sera également un facteur important pour eux lorsqu’ils vont demander à l’avenir leur libération anticipée. »

Les quatre condamnés ont fait appel de ce premier jugement. Quand est-ce que cet appel sera jugé par le tribunal d’Olomouc ?

« Je pense que la délibération commencera d’ici six mois. C’est une estimation et cela dépendra de la durée de la procédure. »

Pensez-vous que ces peines vont être modifiées en appel ?

« Je ne pense pas qu’elles vont être modifiées de manière radicale. Il est possible qu’elles soient un peu plus différenciées, parce qu’en première instance le juge n’a pas vraiment fait de différence entre les accusés. Peut-être qu’il y aura des différences d’un an, d’un an et demi. Mais c’est une question ouverte. »