« Roming » : mais où est passée l'âme tzigane ?

'Roming', photo: Falcon

Son premier film, « Ucastnici zajezdu » (Holiday Makers), a été le champion du box-office tchèque de 2006, avec quelque 790 000 entrées. Fin mai, Jiri Vejdelek (35 ans) a sorti son deuxième long métrage « Roming », une coproduction tchéco-slovaco-roumaine.

Après nous avoir raconté un voyage touristique d'un groupe de Tchèques en Croatie, dans la légère comédie « Holiday Makers », Jiri Vejdelek arrive, cette fois-ci, avec un road movie tout aussi drôle, mais avec quelques tons plus graves, qui évoque la longue route du peuple tzigane, ainsi que ses contes et mythes.

Détrompez-vous : Roming n'a rien à voir avec la téléphonie mobile. C'est une expression inventée par les auteurs du film et composée de deux mots : Rom et ing, ing. qui ne signifie rien d'autre qu'ingénieur. Fier de son fils Jura, étudiant universitaire et, justement, futur ingénieur, Roman, un Rom d'une soixantaine d'années, vit dans un quartier « gypsy » d'une ville de province et rêve d'écrire une épopée tzigane. Un jour, il a l'idée un peu folle d'emmener son fils dans une colonie rom lointaine, où vivent ses amis et surtout une jeune femme, avec qui Jura avait été fiancé en tant que petit garçon. Ce voyage, qui se transforme en quête de l'âme tzigane est qui est jalonné de bon nombre de situations tragi-comiques, ce voyage donc, Roman et Jura l'entreprennent en compagne de l'oncle Stano - un personnage haut en couleurs, un vagabond débrouillard dont chaque phrase est ponctuée d'un gros mot. Il est interprété, avec la verve qui lui est propre, par Bolek Polivka :

« C'est un film qui parle de vie. Cette manière-là de vivre m'est proche. J'aime les chevaux, j'aime déambuler dans la campagne, m'arrêter où je veux et voir les oiseaux sillonner le ciel...Dans la vie, je suis quelqu'un qui parle convenablement. Quand un mot vulgaire m'échappe dans la conversation, cela m'intimide un peu...Mais je le pardonne à ce personnage de Stano que je joue dans le film. C'est une âme tendre, un être plein de tempérament, un amoureux de la liberté. Ce qu'il montre aux autres, ce n'est qu'une carapace. L'important se passe en dessous. Il faut voir si le public le comprend ou pas. »

Le personnage de Roman est campé par la vedette slovaque Marian Labuda. Vitezslav Holub, un jeune Rom de Brno venu par hasard au casting, incarne son fils Jura :

« Je travaille avec mon père, dans son entreprise de construction de bâtiments. Je n'ai jamais eu d'ambitions artistiques, à part quelques photos que j'ai faites récemment... Si on m'apprécie dans le film et si on me propose autre chose, je serai content, mais moi-même, je n'envisage pas de continuer à jouer. »

Les acteurs dans les seconds rôles ont été eux aussi choisis parmi les quelque 2000 Roms venus au casting de tous les coins du pays. Certains d'entre eux sont liés au groupe de musique Gypsy.cz, qui a d'ailleurs remporté le prix musical Ange de la Découverte de l'année 2006.

On écoute le réalisateur Jiri Vejdelek :

« Nous avons voulu raconter une histoire générale, où les Roms seraient le symbole de la liberté, de la liberté qui est le leitmotiv de ce film. Le but était de faire un film frais et vif. Bien sûr que nous nous sommes penchés sur l'histoire des Roms, sur leur littérature. Mais nous n'avons pas voulu nous lancer dans une étude sociologique, d'une part parce que nous n'y prendrions aucun plaisir et d'autre part, avoir une telle ambition nécessiterait que nous vivions réellement dans la communauté rom, pour comprendre vraiment de quoi il s'agit. Et ça ne plairait sûrement pas aux producteurs qui ne pourraient pas patienter aussi longtemps... »

Le scénariste Marek Epstein qui forme, depuis plusieurs années, un tandem avec le réalisateur, ajoute :

« Un autre problème, c'est que la communauté rom n'est pas homogène. Une famille rom de Vsetin vit autrement qu'une famille de Cheb... Ils ont d'autres rituels, d'autres règles morales. Ce qui peut être vrai pour les uns sera ridicule aux yeux des autres qui ont d'autres valeurs dans la vie. Alors chercher le juste milieu, la soi-disant vérité, serait tellement difficile que nous avons choisi de raconter notre histoire, de partir de certaines généralités et d'accentuer ce qui nous intéresse, ce qui est proche de notre vision à nous, de la fiction que nous avons voulu raconter. »

Le film « Roming », distribué par Falcon, est sorti le 31 mai sur 30 copies. Son réalisateur Jiri Vejdelek est actuellement absorbé par un autre projet : il est en phase finale du tournage de son troisième film, intitulé « Vaclav », qui devrait sortir en salles au début de l'année prochaine. Il ouvrira un cycle de six films qui racontent les destins de personnes graciées par l'ancien président Vaclav Havel.