Sabri Bendimérad : « Prague est une ville qui fait rêver »

Prague

Dans le cadre du festival « Architecture Week » à Prague, l’architecte français Sabri Bendimérad a tenu une conférence à l’Institut français autour du projet du « Grand Paris ». Radio Prague l’a rencontré.

Sabri Bendimérad
La cinquième édition du festival tchèque d’architecture et d’urbanisme « Architecture Week » se déroule en ce moment à Prague et ce jusqu’au 23 octobre. Depuis le 10 octobre, ce festival, soutenu par le ministère de la Culture et par la ville de Prague, propose une rencontre internationale de professionnels du secteur. C’est dans ce cadre qu’est intervenu à l’Institut Français, mercredi, Sabri Bendimérad, architecte et urbaniste français, membre de « l’atelier du Grand Paris ». Venu nous exposer ce projet, il nous le résume en quelques mots :

Paris
« Ce projet a démarré il y a quatre ans, en 2007, il s’agissait de demander à dix architectes leur vision de Paris à l’horizon de 2030, quelle pourrait être la ville, plus exactement la métropole en 2030. En quoi ce ‘Grand Paris’ serait-il plus connecté, plus généreux, plus solidaire, au lieu du territoire un peu morcelé, un peu éclaté, qu’il est aujourd’hui. Et surtout, ce qui nous a été demandé, c’était de montrer comment cette métropole pourrait s’inscrire durablement dans l’avenir et qu’elle soit vertueuse, qu’elle consomme moins que ce qu’elle consomme actuellement, à la fois en terme d’espace, d’énergie, et qu’elle accueille plus et mieux ses habitants. »

Et pour cela M. Bendimérad, qui a travaillé au sein d’un des dix ateliers d’architectes du Grand Paris, propose un projet novateur, celui de rendre la ville compacte :

Paris
« Je vais peut-être le reformuler de cette manière : comment pouvait-on faire le plus petit Grand Paris ? Nous avons pris le parti de donner à la ville un visage extrêmement compact et surtout très intense, c’est-à-dire pas uniquement de densifier la ville mais à la fois de croiser les fonctions, les usages. Par exemple imaginer que les bureaux et les équipements co-existent mieux avec l’habitat. Il faut rappeler quelque chose tout de même : c’est que le territoire est une ressource finie, il y a un moment où ça s’arrête. En considérant cette urgence écologique, qu’il faut faire attention à ce qu’on a, on considère qu’il est important de travailler sur quelque chose qui est plus compact, plus facile à connecter. »

Pour Sabri Bendimérad, ce festival pragois est avant tout l’occasion de partager son savoir et d’échanger afin de construire les villes de demain :

« Je trouve très intéressant en tout cas qu’il y ait des rencontres internationales qui se fassent et que ce soit aussi l’occasion que le public et les professionnels puissent discuter ensemble de projets qui se font à la fois en Europe mais aussi dans le monde. On a besoin de ce type de manifestations parce qu’il n’y a rien de pire que de rester dans son propre monde. Aujourd’hui, l’architecture se fait aussi en considérant les pratiques, les usages, les cultures du monde d’aujourd’hui. C’est très complexe et on a besoin de cette connaissance-là. »

M. Bendimérad a une vision progressiste de la ville et s’oppose à la muséification des villes « carte postale », telle que Paris. Nous lui avons alors demandé son opinion sur Prague :

Prague
« Il y a une attractivité de cette ville : Prague fait rêver. Est-ce que l’urbanisme qui aujourd’hui est à l’œuvre continue à faire rêver, telle est la question. Est-ce que nous, les nouvelles générations, pouvons continuer à faire rêver alors que ce passé-là est visité par des millions de personnes ? C’est ça qui me préoccupe aujourd’hui : inscrire notre travail très modestement dans un processus historique et non pas de considérer qu’on fait les choses uniquement pour soi-même. »

Le Grand Paris est une œuvre titanesque qui devrait changer la face d’une ville historique. On peut alors se demander si la capitale tchèque bénéficiera aussi, dans les années qui viennent, d’un plan d’urbanisme à si vaste échelle.

www.architectureweek.cz