Santini, un génie à l’apogée de l’art baroque

Photo: Video - Foto - Kunc

Né en Italie, l’art baroque s’est rapidement répandu dans les pays de la couronne tchèque et a donné des fruits d’une grande valeur artistique. Parmi les représentants les plus illustres de ce style sur le sol tchèque, il y a l’architecte Santini qui, trois siècles après sa mort, est encore capable de susciter un véritable engouement pour son œuvre et dont les admirateurs se réunissent dans une association. Stanislav Růžička, fondateur de cette organisation nommée « Pèlerinage sur les traces de Santini », est également le coauteur d’un livre sur ce grand architecte baroque. Avec le photographe Vladimír Kunc, il a signé un ouvrage intitulé tout simplement « Santini ».

L’héritier de plusieurs générations de tailleurs de pierre

Photo: Video - Foto - Kunc
Le grand-père de Santini vient d’Italie du Nord, s’établit à Prague en 1635 et épouse une jeune fille de la ville de Plzeň. Son fils se marie plus tard avec une Pragoise et c’est donc à Prague que naît le 3 février 1677, dans la famille d’un tailleur de pierre, Jan Blažej Santini Aichel. A sa naissance, sa famille est déjà établie en Bohême depuis deux générations et il sera donc considéré comme un architecte tchèque d’origine italienne. L’enfant est partiellement paralysé, restera boiteux pendant toute sa vie, ne pourra pas hériter du métier traditionnel de sa famille et ne remplacera pas son père dans son atelier de tailleur de pierre. Il fait quand même l’apprentissage de ce métier et étudie également la peinture. Avant 1699, il fait un voyage initiatique en Autriche et en Italie, où il verra les réalisations du grand architecte baroque Francesco Borromini. Stanislav Růžička constate que le génie de ce jeune homme handicapé s’est manifesté très tôt :

« L’histoire de Santini est très riche et ramifiée. Il a commencé à travailler comme architecte à l’âge de 23 ans, ce qui est incroyable pour nous. Il a reçu des commandes pour reconstruire les plus grandes églises en Bohême. Il n’a pas été le réalisateur de ses projets, il n’avait pas cette possibilité parce qu’il était handicapé. Il est mort jeune à l’âge de 46 ans. A l’époque où il préparait ses projets les plus importants comme l’église de pèlerinage Saint-Jean-Nepomucène de Zelená Hora, le château Karlova Koruna, les cathédrales de Kladruby et de Sedlec, il était à l’apogée de ses forces. Il a disparu jeune et nous ne savons même pas où il a été enterré. Il ne nous a laissé que ses édifices que nous pouvons redécouvrir aujourd’hui. »

Un architecte visionnaire et savant

L'église de pèlerinage Saint-Jean-Nepomucène de Zelená Hora,  photo: CzechTourism
Pendant sa carrière, Santini a préparé les projets de presqu’une centaine d’édifices religieux et profanes. Il travaille pour les prélats et les grands seigneurs de Bohême et de Moravie et jouit d’un grand respect dans le pays. Son œuvre d’architecte se nourrit de sa fantaisie hors du commun, mais elle est solidement basée aussi sur ses connaissances profondes des mathématiques, de la géométrie, de la numérologie. Empreint de la foi catholique, il s’inspire également de la kabbale, tradition ésotérique du judaïsme, et des styles architecturaux du passé. Dans certaines réalisations, il parvient à une étonnante synthèse des morphologies baroque et gothique créant ainsi son propre style qui le distingue nettement des autres architectes de son époque. C’est dans ce style qu’il crée entre autres l’église de pèlerinage Saint-Jean-Nepomucène de Zelená Hora, monument qui figure aujourd’hui sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il réussit magistralement à adapter ses réalisations au caractère du paysage tchèque. Le visiteur de ses églises et d’autres édifices qui portent la marque de son génie, est subjugué par la façon dont il traite la lumière et par l’excellence des paramètres acoustiques de ses réalisations.

Stanislav Růžička rappelle que les qualités exceptionnelles et intemporelles de cette œuvre architecturale ont été redécouvertes dans la deuxième moitié du XXe siècle par l’historien de l’art Mojmír Horyna, qui lui a consacré une importante monographie parue en 1998. Ce livre de référence comprend aussi un catalogue très détaillé de l’œuvre de Santini. C’est avec Mojmír Horyna que Stanislav Růžička et les membres de l’association « Pèlerinage sur le traces de Santini » préparaient aussi une autre publication :

Stanislav Růžička et Mojmír Horyna,  photo: Jaroslav Šindelka,  Čro
« Malheureusement, au moment où nous avons préparé la fondation de notre association, Mojmír Horyna est mort. Nous étions déjà d’accord pour préparer une publication plus modeste, moins importante que sa monographie hautement spécialisée de 1600 pages, de préparer un livre moins encombrant, un livre qu’on pourrait amener en voyage. Malheureusement, le professeur Horyna n’a pas eu le temps de le faire, et nous nous sommes mis à chercher quelqu’un dans le milieu culturel qui pourrait faire ce travail. Tout le monde était sous l’emprise du livre monumental de Horyna mais tout le monde se rendait compte également qu’il était impossible de le copier. C’était donc à nous de nous charger de cette tâche, de jeter sur Santini un regard original et de brosser son image colorée et attractive. »

Pèlerinage sur les traces de Santini

Photo: Video - Foto - Kunc
Mojmír Horyna a sans doute été et reste encore aujourd’hui le plus grand connaisseur de l’œuvre de Santini et sa monographie de l’architecte restera encore longtemps inégalée. Stanislav Růžička désirait créer cependant un livre moins savant, moins ambitieux et plus pratique, qui pourrait servir aussi comme un guide à ceux qui aiment le grand architecte et désirent suivre ses traces en Bohême et en Moravie. Il a donc proposé au photographe Vladimír Kunc de collaborer à son projet :

« Le photographe Vladimir Kunc et moi-même sommes originaires du Plateau tchéco-morave est c’est une région où les gens sont très proches et où nous nous connaissons mutuellement presque tous. Moi, je connais la création de Vladimír, il sait ce qui m’intéresse, nous avons beaucoup d’intérêts communs, nous sommes amis. Il était donc logique de le laisser travailler librement. Pendant un temps, j’ai dû m’efforcer de le convaincre, parce qu’il savait que c’était une grande quantité de travail. Il a finalement mis à ma disposition quelque 2000 photos de son propre choix. J’ai été obligé de choisir dans cette quantité énorme 160 photos qui font partie du livre, mais aussi d’écrire les commentaires pour caractériser les différentes réalisations de Santini et les rendre compréhensibles sur le plan humain sans obliger le lecteur à chercher sans cesse dans les notes et les références en fin d’ouvrage… »

Photo: Video - Foto - Kunc
Pour éviter de glisser dans l’amateurisme et prévenir d’éventuels erreurs, les auteurs du livre ont fait appel à trois spécialistes renommés, les professeurs Jan Royt et Vít Vlnas et l’historienne Irena Bukačová, qui se sont chargés de la révision du texte. Le livre devient donc une source de connaissances sur le grand architecte mais aussi un outil nécessaire pour les membres de l’association « Pèlerinage sur les traces de Santini ». Fondée et animée par Stanislav Růžička, l’association organise des voyages touristiques pour les amateurs qui désirent visiter les églises, les châteaux et d’autres monuments conçus par cet architecte. Quelque 80 monuments signés Santini ont été conservés en République tchèque et il se peut que d’autres édifices n’aient pas encore été redécouverts. L’association collabore également avec 12 propriétaires et gérants de ces monuments. Stanislav Růžička se félicite aussi de la collaboration entre son association et le ministère de la Culture :

« Santini est simplement un phénomène qui réunit les gens. Depuis quelques années nous sommes en bons termes avec le ministère de la Culture qui prend en considération non seulement l’importance de Santini mais aussi celle des associations civiques qui ne manquent pas d’inventivité et de nouvelles idées et sont capables, par exemple, de préparer le projet de pèlerinage sur les traces de Santini. C’est notamment grâce au ministère de la Culture qui a pris en charge la moitié des frais, que nous avons pu publier notre livre. »