Sedlec

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Pendant notre ballade touristique je voudrais vous conduire dans une ville historique fort intéressante, située non loin de Kutna Hora. Cette ville s'appelle Sedlec et peut se vanter non seulement de la cathédrale de l'Assomption-de-la-Vierge reconstruite par le célèbre architecte baroque d'origine italienne, Jan Blazej Santini Aichl, mais aussi d'un monument historique qui attire beaucoup les visiteurs tchèques et étrangers et qui leur fait un peu peur aussi. Il s'agit de l'ossuaire de la chapelle du cimetière de Sedlec, abritant les ossements de 40 000 morts. Si vous n'avez pas peur, visitez avec mois ce lieu mystérieux.

La cathédrale de l'Assomption-de-la-Vierge de Sedlec et le couvent cistercien de Sedlec furent construits dans les années 1142-1143, lorsque les religieux de l'ordre des moines gris sont venus pour la première fois en Bohême centrale. Durant son existence, la cathédrale vécut des moments heureux mais aussi difficiles, car au début des guerres hussites, elle fut incendiée par les hussites et les religieux fuirent vers l'Autriche. Vers la fin du XVIIe siècle, elle a connu une reconstruction de grande envergure d'après les plans de P.I.Bayer et de l'architecte baroque des plus célèbres, Jan Blazej Santini Aichl (1677-1733). Le style que ce dernier appliqua dans la cathédrale de Sedlec, le dit style gothique baroque, n'a pas son pareil en Europe, car il combine deux styles d'une manière remarquable. La dernière étape de la coûteuse renaissance de la cathédrale toucha le réfectoire décoré de grandes fresques de Juda Tadeas Supper, représentant les patrons du couvent reconstruit. En 1783, par ordonnance royale de l'empereur Joseph II, le couvent des cisterciens fut supprimé et l'église désacralisée et utilisée temporairement comme dépôt de farine. Plus tard, les édifices abandonnés étaient transformés en usine de production de tabac.

Rendons-nous maintenant sur le cimetière de Sedlec où nous trouvons la chapelle de Tous-les-Saints abritant le célèbre ossuaire. Elle fut construite dans la même période que la cathédrale de Sedlec et elle a subi plus ou moins le même destin; elle a été incendiée en 1330 par les hussites et reconstruite dans les années 1708-1713 par Santini. Il semble d'ailleurs que Santini ne soit pas seulement auteur de sa reconstruction mais probablement aussi de la composition des restes des squelettes provenant des cimetières des environs.

La chapelle des Tous-les-Saints est une construction unique, car elle a deux étages : un rez-de-chaussé à une nef carrée et un sous-sol abritant l'ossuaire à trois nefs, décoré dans le style baroque et remanié pour la dernière fois autour de l'année 1870. Une légende veut que le roi Premysl Otakar II envoyât l'abbé du couvent cistercien de Sedlec avec un message à Jérusalem. Avant de retourner au pays, l'abbée a prélevé une poignée de terre au Calvaire du Golgotha pour la répandre sur le cimetière de Sedlec. Depuis, le cimetière est devenu célèbre et sa terre sainte. Tout le monde voulait y être enterré. Les chroniques anciennes enregistraient les intéressés non seulement de Bohême mais aussi de l'étranger, de Bavière, de Pologne, de Belgique et d'autres pays. Lorsque la peste sévit en Bohême en 1318, la terre du cimetière a accueilli plus de 30 000 morts. La situation s'aggravait avec les guerres hussites ; rien que dans le couvent de Sedlec, les hussites ont assassiné plus de 500 moines. Comme le cimetière était trop petit pour recevoir toutes les victimes de la peste et des guerres hussites, leurs ossements furent déposés dans la chapelle inférieure. Utiliser ces ossements pour la décoration de l'église fut l'idée des seigneurs de la famille Schwarzenberg qui achetèrent les biens des cisterciens après l'abolition de leur ordre par Joseph II, en 1784.

Toute la chapelle est ornée de centaines d'os et de têtes de morts. Pourtant, il ne s'agit pas d'un spectacle morbide, mais d'une expression du culte baroque de la mort soulignant la fugacité de la vie et le néant de l'enveloppe corporelle. La tâche de classer six grandes pyramides d'os et de rendre l'ossuaire accessible fut confiée à Frantisek Rint de Ceska Skalice. Il a désinfecté les os et les a blanchis à l'aide du chlorure de chaux. Il a profité des formes différentes des os pour créer deux calices géants décorant l'escalier d'entrée et une croix suspendue sous le plafond. Les parois de la chapelle sont décorées de têtes et de fémurs croisés. Au milieu de la chapelle, il y a un grand lustre composé de toutes sortes d'os humains et au-dessous de lui il y a des chandeliers de parquet, hauts de plus de 2 mètres. Parmi les «artefacts » composés d'os humains, il y a comme preuve du culte baroque de la mort, le blason des Schwarzenberg, dont la création a demandé beaucoup de travail minutieux. Le blason abrite une miniature représentant un corbeau donnant des coups de bec à l'oeil d'un Turc. Elle rappelle la victoire des Schwarzenberg dans la bataille de Raab contre les Turcs, en 1591. Il y a une vitrine abritant tout probablement les crânes de combattants hussites blessés dans le combat. Des estafilades profondes et l'absence même de certains os témoignent de la cruauté des combats. La majorité de ceux qui visitent ces lieux éprouvent des sentiments mitigés notamment en raison du respect dû à tous ceux qui y reposent. On est entouré en effet des ossements de presque 40 000 personnes...

Auteur: Astrid Hofmanová
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