Semaine des fiertés : le retour au pouvoir de Donald Trump ressenti jusqu’à Prague
Depuis lundi et jusqu’au 3 août, la Semaine des fiertés anime de nouveau le centre de Prague. Drapeaux arc-en-ciel, musique et sourires égayent les rues de la capitale. Mais au-delà de la fête, le festival demeure, cette année encore, un moment fort de sensibilisation à la stigmatisation persistante que subit la communauté LGBT, y compris en Tchéquie.
C’est devenu un rendez-vous annuel incontournable : depuis 2011, le festival Prague Pride anime la capitale tchèque au cœur de l’été. Cette année, la Semaine des fiertés a pour thème « Kde domov muj ? » (Où est ma patrie ?), un titre en forme de clin d’œil à l’hymne national tchèque. Directrice du festival, Kamila Fröhlichová explique ce choix :
« La question ‘Où est ma patrie ?’ n’est pas seulement posée par l’hymne tchèque, mais aussi très souvent par nous tous, y compris les personnes queer. Et ce sont justement les personnes LGBT qui se posent souvent cette question au moment où il leur est signifié, de diverses manières, qu’elles n’ont pas leur place dans notre société. Le thème de cette année vise précisément à souligner que la République tchèque doit être un foyer pour tous, sans distinction. »
Concerts, tables rondes, projections de films, expositions, ateliers ou encore speed-datings : au total, ce ne sont pas moins de 180 événements sur huit sites à travers la ville que propose le festival tout au long de la semaine.
Mais le temps fort le plus attendu reste la traditionnelle parade, qui, comme chaque année, démarrera samedi à midi depuis la place Venceslas. Le cortège empruntera les rues Na Příkopě, Celetná et Pařížská avant de rejoindre l’esplanade de Letná, où se trouve le Pride Park. Sur place, concerts et performances se succéderont jusqu’à 22 heures, avec notamment Aneta Langerová et Jana Uriel Kratochvílová à l’affiche.
Fin du soutien financier américain
Grande nouveauté cette année : l’accès au Pride Park sera payant. La mesure était déjà envisagée depuis plusieurs années, mais la fin du soutien financier de l’ambassade des États-Unis à Prague a contraint les organisateurs du festival à sauter le pas. Depuis son retour à la Maison-Blanche en début d’année, en effet, Donald Trump a fait de la lutte contre les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) de ses prédécesseurs démocrates, l’un des axes majeurs du programme de son nouveau mandat, affectant directement le financement de ce type d’événements à l’international, comme le confirme Kamila Fröhlichová :
« L’une des raisons de l’instauration d’un droit d’entrée est effectivement la politique de Donald Trump et la baisse des revenus provenant des sponsors qui en a découlé, mais aussi la question de la sécurité elle-même. Je dois admettre que nous avons longuement réfléchi à la tarification du programme sur Letná, notamment en lien avec l’approche inclusive du festival envers son public, mais cela est devenu une mesure inévitable cette année. »
« Nous avons fixé le montant du droit d’entrée de manière à ce qu’il soit à la portée du plus grand nombre. Il s’élèvera à 200 couronnes [8 euros], et nous avons bien sûr exempté du paiement les personnes handicapées, les seniors ainsi que les jeunes de moins de 15 ans. »
La directrice rappelle aussi que près de 95 % des quelque 180 événements que propose le festival restent gratuits, à l’image des animations organisées dans le Pride Village, cœur des festivités durant la semaine, sur l’île des Archers (Střelecký ostrov).
« Nous sommes encore loin de l’idéal »
Chaque année, la Semaine des fiertés est l’occasion pour la communauté queer de célébrer son identité dans une atmosphère festive, mais aussi de faire entendre sa voix et de rappeler que l’égalité des droits est encore loin d’être acquise, malgré quelques avancées.
Cette année, deux mesures notables sont ainsi entrées en vigueur en matière de droits LGBT en Tchéquie. Depuis le 1er juillet, il n’est plus nécessaire de subir une stérilisation, qu’elle soit chirurgicale ou médicale, pour obtenir un changement de sexe à l’état civil, une exigence qui était jusque-là imposée aux personnes transgenres et qui a fini par être jugée « contraire à la dignité humaine » par la Cour constitutionnelle.
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Autre nouveauté : depuis le 1er janvier, les couples de même sexe peuvent conclure un partenariat civil, un statut intermédiaire entre le partenariat enregistré et le mariage. Quelque 1 000 couples en auraient déjà bénéficié au cours des six premiers mois de l’année.
Mais cette avancée reste insuffisante aux yeux de nombreux militants. Le projet de loi initial prévoyait, en effet, l’ouverture complète du mariage aux couples homosexuels, avant d’être amendé en faveur d’un compromis moins protecteur. Et les inégalités demeurent : les couples de même sexe, par exemple, n’ont toujours pas le droit d’adopter un enfant. Une situation que déplore Kamila Fröhlichová, directrice du festival :
« Pour l’instant, les choses évoluent dans le bon sens ; par exemple, en comparaison avec la Hongrie, il s’agit sans aucun doute de changements positifs. Néanmoins, nous sommes encore loin de l’idéal. Nous nous trouvons en même temps dans une période précédant les élections législatives, où la question LGBT est plutôt reléguée au second plan par les candidats aux élections, ou du moins ne constitue pas une priorité dans les négociations de coalition ultérieures. »
Et pourtant, malgré le désintérêt d’un certain nombre de partis politiques pour ces enjeux, la lutte contre les discriminations visant les personnes queer en Tchéquie reste bel et bien un sujet d’actualité. Le pays jouit souvent d’une réputation de tolérance, ou tout du moins d’indifférence, à l’égard de la communauté LGBT, mais cette image ne reflète pas toujours la réalité, comme le souligne l’activiste transgenre Lenka Králová :
« Tout d’abord, le fait que nous ayons besoin de tels événements [comme la Prague Pride] en dit déjà long sur la société. La société tchèque, ou disons le grand public tchèque, se fait l’idée que nous sommes un pays très tolérant. Mais en fait, ce n’est pas aussi brillant qu’il n’y paraît à première vue. Près de la moitié des gays ont peur de tenir leur partenaire par la main en public. Cela en dit déjà long. »
La haine en ligne envers les jeunes LGBT+ en augmentation
Une stigmatisation confirmée par plusieurs études. En mai 2025, une enquête menée par T-Mobile, en partenariat avec In IUSTITIA et l’institut IPSOS a relevé un niveau alarmant de discours haineux chez les jeunes âgés de 11 à 21 ans. Selon l’enquête, chaque jeune LGBT+ interrogé a déjà été confronté à des propos haineux en ligne, et un sur cinq en est victime quotidiennement. Plus largement, 67 % ont déclaré avoir subi du cyberharcèlement.
« La haine envers les personnes LGBT+ ne cesse de croître depuis plusieurs années, confirme Oldřich Kundera, directeur du centre de conseil Sbarvouven.cz (littéralement « affiche ta couleur »). Entre 2018 et 2022, selon l’étude ‘Être LGBT+ en République tchèque’, la proportion de personnes estimant que cette haine était répandue a augmenté de 12 %. »
Le retour en puissance de formations conservatrices, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, semble parfois désinhiber les discours haineux au sein de la population. Dans ce contexte, le caractère politique de la Prague Pride reste plus que jamais d’actualité.
Cette année, les organisateurs prévoient une participation similaire à celle de l’an dernier, avec environ 60 000 personnes attendues samedi dans les rues de la capitale. Un chiffre élevé, même s’il ne devrait pas battre le record historique enregistré en juin à Budapest, où près de 200 000 personnes avaient défié l’interdiction imposée par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán en participant à la Marche des fiertés.







