Sexe, drogue, vol : un reportage de National Geographic froisse Prague

'Scam City Prague', photo: YouTube

Prague, ville du vice où crime, prostitution et drogue règnent en maître. Où les malheureux touristes sont des proies pour une foule d’escrocs les attendant au tournant pour les dépouiller. C’est la façon dont la capitale tchèque est dépeinte dans un reportage diffusé en novembre dernier par National Geographic Channel. Cette image, très éloignée d’une capitale tchèque relativement sûre, a fortement déplu au conseil municipal de Prague qui souhaite demander des excuses à la chaîne, d’autant plus que de forts soupçons de manipulation pèsent autour de ce reportage, dont certaines scènes auraient été jouées par des acteurs.

'Scam City Prague', photo: YouTube
La série d’émissions Scam City, proposé par la National Geographic Channel, une chaîne de télévision qui est diffusée dans 171 pays, proposait différents reportages sur des villes dans lesquelles les touristes sont les potentielles victimes d’escroquerie. Prague figurait au programme et les journalistes ne l’ont pas ratée.

Durant les 45 minutes de l’émission, diffusée en novembre 2012 et tournée un an auparavant, des taxis de la capitale arnaquent leurs passagers, des clients sont détroussés dans un club érotique et les dealers de drogue fournissent du bicarbonate de soude en place de la cocaïne. Un programme qui n’a pas été du goût de la municipalité de Prague, dont la réputation serait entachée. Surtout une enquête de la police évoque un reportage biaisé et manipulé. Le conseiller municipal Lukaš Manhart (TOP 09) explique :

Lukáš Manhart, photo: CT24
« Les informations diffusées par la police tchèque évoquent le fait que des acteurs et des figurants ont été utilisés dans le reportage. En conséquence de quoi, l’ensemble de ce reportage était manipulateur et a en fait apporté une information trompeuse sur l’état de la ville. »

Le quotidien Právo note que des membres de la pègre pragoise, sans doute bien placés pour juger de la pertinence du reportage, assurent que ce document a utilisé des figurants et que certaines scènes ont été tournées dans un club fermé déjà depuis un certain temps ou avec une compagnie de taxis qui a été mise en liquidation.

Des manipulations qui seraient parfois même grossières ainsi que l’explique Jana Rösslerová, la porte-parole de la police pragoise :

'Scam City Prague', photo: YouTube
« La totalité des éléments rassemblés par nos enquêteurs nous donne l’assurance que le programme n’a pas été tourné seulement avec une caméra cachée mais également avec une équipe de tournage de plusieurs membres et des caméras professionnelles, que les protagonistes devaient voir. L’interrogatoire de l’un des participants à cette émission montre que le journaliste avait certaines exigences durant le tournage et que ces scènes étaient ensuite coupées pour s’intégrer à la nature du programme. »

'Scam City Prague', photo: YouTube
Le conseil municipal de Prague veut organiser une rencontre avec des responsables de la chaîne et envisage d’exiger des excuses qui pourraient prendre la forme d’un nouveau reportage, réalisé cette fois dans le respect de certaines règles journalistiques. National Geographic Channel nie toutefois que le reportage ait pu être biaisé. Lada Dobrkovská, porte-parole de la section tchèque de la chaîne, affirme que des protagonistes de l’émission ont seulement pu réaliser après tournage qu’ils avaient été filmés. Elle poursuit :

« Rien n’a été pensé avant le programme et la tenue des tournages n’était pas annoncé à l’avance. Et si nous avons pu avoir des entretiens dans certains endroits, il s’agissait de personnes qui disposaient de l’autorisation de parler pour ces entreprises données. »

Conor Woodman, 'Scam City Prague', photo: YouTube
Mercredi, le site d’informations novinky.cz publiait un entretien avec Conor Woodman, le réalisateur du reportage incriminé. On y apprend notamment qu’il n’est pas un journaliste de National Geographic Channel mais travaille avec la société Zig Zag Productions. Si la chaîne ne rectifie pas le tir, les conseillers municipaux pragois évoquent la possibilité d’agir en justice.