Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor : deux Français au festival pragois de musique ancienne

Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor

Du 17 juillet au 5 août 2025 a lieu la 26e édition du festival international Letní slavnosti staré hudby. Cette année, c’est le thème de la famille qui est mis à l’honneur. Vendredi dernier, deux Français, Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor, ont donné leur concert de musique baroque Les Frères Francœur au Palais Lobkowicz, près du Château de Prague. Ils nous ont raconté leur expérience de Prague et du festival, en commençant par le Palais Lobkowicz, qui semble les avoir conquis.

Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor | Photo: Ivan Malý,  Letní slavnosti staré hudby

C’est le sourire aux lèvres que le duo, à l’origine de l’album Les Frères Francœur, nous reçoit dans la chambre d’hôtel du claveciniste Justin Taylor. À deux heures de leur concert, ils semblent sereins et enchantés par le Palais Lobkowicz :

Justin Taylor : « L'endroit dans lequel nous jouons, qui est le Palais Lobkowicz, est vraiment magnifique visuellement, et l'acoustique est très généreuse, assez idéale pour notre duo. Donc, nous avons hâte de jouer. »

Le Palais Lobkowicz | Photo: VitVit,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 3.0

Théotime Langlois de Swarte : « Nous étions très heureux de répéter dans cette belle acoustique, car nous voyageons beaucoup, nous faisons quand même beaucoup de concerts, et parfois nous arrivons dans des lieux qui ne sont pas du tout adaptés à la musique que nous jouons, avec un public qui est content de venir nous entendre, mais qui peut être aussi un peu dubitatif… Et là, nous avons l'impression qu'il y a une adéquation entre le répertoire et le lieu, ce qui est très inspirant ; cela nous donne envie de jouer. »

Cette adéquation, les deux musiciens ne l’ont pas ressentie qu’entre leur musique et le Palais Lobkowicz ; pour eux, c’est toute la ville de Prague qui semble propice à leur art.

Théotime Langlois de Swarte : « Je dirais que nous avons un rapport à la musique qui est un rapport que nous pourrions aussi entretenir avec le patrimoine, dans le sens où nous essayons de trouver des œuvres comme si c’étaient des lieux qui n’avaient jamais été revus ni restaurés depuis le XVIIIe siècle. Et nous, nous essayons de nous emparer d'œuvres qui n’ont jamais été exhumées depuis le XVIIIe. C’est vrai que, quand on joue dans des villes avec une histoire comme celle-ci, c’est inspirant : notre démarche est liée au patrimoine musical comme au patrimoine urbain. »

Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor | Photo: Letní slavnosti staré hudby

Justin Taylor : « J’ai pris une résolution cette année : lorsque je joue seul, j’essaie de trouver des pièces que je n’ai jamais jouées et qui sont liées au lieu dans lequel je joue. Par exemple, lorsque c’est une grande ville, souvent il y a des compositeurs qui y sont nés ou qui sont passés par là… Et donc, comme ça, je découvre des compositeurs que je n’aurais jamais joués sinon. On est souvent, malheureusement, de passage, et c’est ce qui nous permet aussi d’avoir toutes ces influences européennes. Alors aujourd’hui, les voyages se font bien plus rapidement qu’au XVIIIe, évidemment, mais il y a plein d’exemples de compositeurs qui, en voyageant — ou sans voyager, d’ailleurs — étaient vraiment inspirés par des influences assez lointaines : italiennes, françaises, anglaises, allemandes… En tout cas, nous sommes tous deux très sensibles à la culture baroque au sens large, pas seulement à la musique. »

Il est pourtant temps de parler de cette musique : Justin Taylor nous a raconté la genèse de leur projet intitulé Les Frères Francœur.

Justin Taylor : « C’est vrai que nous voulons toujours essayer de faire des programmes de concerts ou d’enregistrements qui ont une certaine cohérence artistique. Et donc là, pour ce programme, nous avons travaillé sur ces deux frères quasiment inconnus aujourd’hui… L’un est un peu connu, François Francœur ; son frère, pas du tout. Depuis des mois, nous faisons des recherches, avec beaucoup de journées de lecture d’énormément d’œuvres, pour arriver à une sorte d’essence de leur musique et de leur temps. C’est un programme qu’on aime beaucoup. »

Théotime Langlois de Swarte : « L’objectif, c’était d’arriver à une essence de ce qu’ils produisaient eux, mais aussi de ce qui nous touche dans cette musique. Nos projets sont toujours centrés sur notre ressenti, notre expérience de cette musique. Et finalement, d’autres personnes pourraient lire toute la musique de Francœur et dégager un corpus musical complètement différent de ce que nous avons choisi. Ce qui nous a touchés, c’est la mélancolie, l’idée de l’obsession, la forme rondeau avec ce thème qui se répète. Finalement, on a essayé de créer une narration mélancolique en ajoutant les opéras de Francœur en association avec Rebel. Je pense que d’autres musiciens baroques, fans de Francœur, pourraient très bien s’attacher à cette thématique-là, mais pourraient aussi raconter autre chose. Donc, c’est là que l’interprète interagit avec une œuvre. Et nous, en baroque, comme il y a énormément de musique composée, très peu jouée, on a une grande liberté de choix. »

À notre micro, les artistes ont aussi abordé leur rapport à la Tchéquie :

Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor | Photo: Ivan Malý,  Letní slavnosti staré hudby

Justin Taylor : « Je n’ai pas de doute sur le fait qu’on fasse un jour un projet de musique tchèque, mais avant, nous avons d’autres idées et une sorte d’impatience de défendre certains répertoires qui bouillonnent en nous depuis longtemps. Par ailleurs, je ne connais pas assez bien le répertoire tchèque pour le mobiliser dès maintenant… Je connais quelques noms, comme ça. Je crois par exemple qu’il y a une famille de clavecinistes de la fin de l’époque baroque, les Benda, qui étaient ici. Il y a ce fameux voyage que j’ai fait en tant que touriste il y a douze ans ; j’avais acheté quelques partitions, j’ai lu, j’ai un projet de faire un jour ces concertos, qui sont assez chouettes au clavecin, mais ce n’est pas encore pour tout de suite. »

Si l’album de musique baroque tchèque de Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor n’est pas encore pour tout de suite, la ville de Prague semble les avoir conquis. Les deux musiciens ont d’ailleurs eux-mêmes conquis le public pragois lors de leur prestation du vendredi 25 juillet. Le festival Letní slavnosti staré hudby continue pour sa part jusqu’au 5 août.