Timothée de Fombelle : « C’est très impressionnant de voir à Prague des enfants avec le petit « Tobias » sous le bras »

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Tobie Lolness est un garçon qui ne mesure plus qu’un millimètre et demi. Il fait partie d’une population de personnages minuscules vivant dans un arbre. Il est aussi le héros du roman qui porte son nom, roman qui a valu à son auteur, Timothée de Fombelle, plusieurs prix littéraires en France et à l’étranger. Le roman a été traduit en tchèque et vient de paraître aux éditions Baobab. C’est à cette occasion que Timothée de Fombelle a présenté son roman « Tobie Lolness » au jeune public tchèque et aussi aux auditeurs de Radio Prague.

Vous aimez les arbres ?

« Oui, j’aime les arbres. Je pense que je tire ça de mon enfance. J’ai toujours vécu à l’ombre des arbres et grandi en grimpant dans les arbres. C’est vrai, j’adore les arbres. »

D’où vient l’idée d’animer un arbre de toute une population d’êtres minuscules ?

« Je pense que cette idée vient de l’imaginaire de l’enfance. Quand on regarde un arbre et quand on vit dans un arbre, quand on est petit, on va créer un monde encore plus petit que le nôtre. Et ce monde minuscule, fragile, c’est peut-être aussi le monde de l’enfance, mais c’est le monde de l’imaginaire. Alors, j’ai créé cette petite population pour me tenir compagnie et puis j’ai décidé d’en faire un roman. »

Qui est Tobie Lolness? Vous ressemble-t-il ?

« Je crois qu’il me ressemble. D’ailleurs, je m’appelle Timothée, il s’appelle Tobie et parfois on nous confond un peu. On m’appelle Tobie et les personnages autour de moi appellent Tim le personnage du roman. Il y a toujours ce qui est à moi dans le personnage et aussi ce que j’aurais aimé être. Peut-être une vie aventureuse, une vie complètement passionnante, dangereuse aussi, que peut-être j’aurais aimé vivre d’une certaine manière alors que j’ai eu une vie plutôt heureuse et tranquille. »

Dans quelle mesure cette petite civilisation vivant dans un arbre ressemble à la civilisation humaine ?

« Alors, cela aussi est une surprise de l’écriture. Au fil de l’écriture, alors que je croyais fuir notre monde, notre réalité quotidienne, nos problèmes, tout d’un coup, toutes ces ressemblances me sont apparues et je me suis dit : ‘C’est notre monde.’ L’arbre, c’est la fragilité de la planète, notre réalité quotidienne, nos problèmes, de notre planète verte, qui est d’ailleurs de moins en moins verte, et tout d’un coup je trouvais des ressemblances qui me frappaient à chaque instant mais ce n’était pas volontaire. Et voilà, ces ressemblances me permettent d’éclairer le monde en parlant de l’arbre. »

En quels aspects cette petite civilisation n’est pas semblable à l’humanité ?

« Elle est différente parce que c’est un concentré de l’humanité. Et donc, peut-être s’y passe-t-il plus de choses, plus d’aventures, plus de rebondissements que dans notre monde. Et c’est peut-être la littérature, le monde de la littérature par rapport au monde réel. Tobie est en fait un concentré de plusieurs vies, il vit une cavalcade dans cet arbre. C’est donc quelque chose de plus intense dans l’émotion, dans la peur, peut-être aussi dans les bonheurs qui sont vécus par les personnages. »

Pour quels lecteurs, pour quelle catégorie d’âge avez-vous écrit votre roman ?

« Je l’ai écrit, je pense, pour les enfants à partir de 10 ans, 12 ans mais je découvre q’il n’y pas de limites. C'est-à-dire que des enfants de 34 ans comme moi ou des enfants comme ma grand-mère qui a 92 ans sont rentrés dans l’aventure. »

Qu’apprend le jeune lecteur en lisant votre livre ?

« Je crois qu’il y a deux choses. D’abord le regard sur la nature ou simplement la connaissance du monde naturel. Je sais qu’aujourd’hui les jeunes lecteurs aiment les dragons, les histoires de sorciers, les histoires de fées. Moi, j’ai voulu montrer le fantastique qui est dans la nature, dans le monde naturel. Si on se penche, le nez sur l’écorce d’un arbre, tout devient immense, tout devient démesuré. Une fourmi est pire qu’un dragon. Voilà, la première chose est de découvrir le fantastique qu’il y a dans la vie et dans le monde naturel. Et puis la deuxième chose que j’aimerais transmettre avec ce livre, c’est la fragilité du monde, la fragilité de la vie, la fragilité du bonheur. Voilà, il y a donc une dimension écologique qui est aussi une surprise pour moi, parce que ce n’était pas un projet. Je ne me suis pas dit: ‘Je vais écrire un livre écolo parce que c’est dans l’air du temps.’ Le thème de la fragilité qui fait aussi le bonheur et l’intensité de la vie, c’est ce que je cherchais aussi dans ce livre. »

Les illustrations de François Place reflètent-elles fidèlement votre récit ou le complètent-elles en y ajoutant quelque chose ?

« C’est exactement ça. Elles ajoutent quelque chose. Elles le reflètent d’une certaine manière parce qu’il s’est nourri de ce livre. Il l’a lu énormément. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration, je suis impressionné qu’il s’intéresse à mon travail et qu’il fasse toutes ces illustrations. On lui a demandé dix illustrations et il en a fait cent. Donc, c’était un coup de cœur de sa part, et pour moi, ces illustrations complètent effectivement et prolongent mon travail. Je lui ai laissé toute liberté. Par exemple, il a fait un petit lien avec les années trente, je sens ça dans les costumes, dans certains éléments, et ça, je ne lui avais rien dit, il l’avait décidé et j’ai découvert aussi d’autres aspects de mon livre en regardant ces illustrations. »

Parfois, on a tendance à vous comparer à Tolkien. Vous aimez ou détestez de telles comparaisons ?

« Je crois qu’il faut les prendre comme des compliments parce que c’est un très grand auteur. Cela dit, je pense qu’il y a un décalage entre nous parce que Tolkien est complètement dans le fantastique, tandis que dans mon livre il n’y a aucune magie. Je n’ai fait que créer simplement ce monde parallèle et à partir de là, les règles du jeu sont les mêmes que dans notre monde. Les héros ne doivent trouver leur force que dans leur imagination, leur capacité, leur réflexion, et c’est, je pense, la grande différence. Il n’y a pas le monde fantastique de trolls, de personnages imaginaires. Ma filiation, je la verrais plutôt du côté d’Alexandre Dumas et du roman d’aventures. »

Comment votre livre a-t-il été accueilli en France et ailleurs. Y a-t-il eu de grandes différences entre les accueils du livre dans différents pays ?

« C’est un accueil qui est une surprise permanente pour moi. J’ai écrit le livre dans mon coin. Je l’ai envoyé par la poste à un éditeur, Gallimard, qui est un très bon éditeur français, et là, ça a été l’enthousiasme. Donc, ça a été publié et l’accueil est extraordinaire. Le livre a ramassé tous les prix imaginables en France et puis il commence à en avoir aussi beaucoup à l’étranger. L’accueil est différent selon les pays. Je l’ai écrit quand même en pensant au petit Français que j’avais été. Donc, à chaque fois, il y a des découvertes différentes. Par exemple, en Italie, on accentue peut-être plus la dimension héroïque fantaisie, alors qu’en France les enfants y trouvent plus de cet aspect de roman d’initiation, mais je peux vous dire que c’est très impressionnant d’arriver à Prague et de voir les enfants avec le petit « Tobias » sous le bras. C’est un miracle. L’accueil est pour moi un immense encouragement à continuer à écrire. »

Le premier tome de votre roman est donc sorti en Tchéquie. Y aura-t-il une suite ?

« Oui, il y aura une suite. Elle est même écrite, une suite et fin. Madame Rowling a écrit sept ‘Harry Potter’, moi j’ai fait un grand roman construit en deux volumes. Donc, il y aura une suite, je sais que la maison d’édition Baobab la prépare. J’ai rencontré ce matin la traductrice qui est déjà au travail. Il y aura donc une suite qui terminera l’aventure. Et je suis heureux que ça se referme, même s’il y a une demande, une pression pour continuer. Mais voilà, mon histoire est finie, elle est là. En fait, ‘Tobie Lolness’ était un gros livre coupé en deux. »