Tony Gatlif : sans la musique, il n'y a pas d'histoire

Tony Gatlif

Retour aujourd'hui au Festival du Film français qui a accueilli, du 23 au 27 novembre, plus de 11 000 spectateurs dans quatre villes tchèques, soit 3000 personnes de plus que l'an passé. Tony Gatlif, son grand invité, est venu présenter à Prague, en avant-première, son film « Transylvania » qui a clôturé le dernier Festival de Cannes. Bercé, bien sûr, par la musique tzigane, « Transylvania » est un film sur la quête d'amour et l'errance, mettant en scène une jeune femme rebelle, incarnée par Asia Argento, actrice, réalisatrice et scénariste italienne. Le 30 novembre dernier, « Transylvania » est sorti en République tchèque. On écoute Tony Gatlif, interrogé par la Télévision tchèque :

'Transylvania'
« Depuis longtemps, j'avais envie de faire un film sur une femme, une femme jeune, de raconter une histoire d'amour, mais pas comme on en voit tout le temps. Je voulais commencer par une rupture presque. Parler de quelqu'un qui est passionné, passionnel, qui aime énormément...Cette jeune fille, dans sa vie, n'arrête pas d'aimer. Or, ce qu'elle aime, ce ne sont pas les hommes, mais l'image qu'elle leur a donnée dans sa tête. C'est pour cela que ses histoires d'amour ne marchent pas. Dans mon film, elle va suivre un homme qu'elle a aimé et qui a disparu en Transylvanie. Cette histoire ne pouvait pas se passer ailleurs, car cette fille est possédée par la magie et la superstition. Comme elle ne trouve pas de réponses sur sa vie dans le rationnel, elle plonge toujours vers l'irrationnel. La Transylvanie n'est pas encore abîmée par la modernité. Mais elle avait été défigurée par la dictature communiste de Ceausescu. Partout, au bord des routes, vous trouverez des usines et des centrales fantomatiques, fermées depuis longtemps. Dans le film, elles remplacent les châteaux de Dracula... »

« La musique est très importante, c'est une 'colonne vertébrale' de mes films. Sans la musique, il n'y a pas d'histoire, car elle parle, elle dialogue... Comme ce film bouge beaucoup et parle beaucoup de langues, il m'a fallu trouver un langage universel. Et c'est la musique. »

La recherche d'une identité, des origines, les retours sur la terre natale... Ces sujets-là reviennent constamment dans la création de Tony Gatlif.

« Je fais des films avec moi, c'est-à-dire avec mes démons, mes souvenirs. Je vais faire peut-être un film à Paris, sur les origines. Enfant, je haïssais mes origines, car elles causaient tous les conflits autour de moi, la guerre, la méchanceté... Maintenant, je les protège. Mais je suis en train d'écrire un film sur quelqu'un qui a des problèmes avec. »

En 2004, Tony Gatlif a remporté le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, pour son film Exils, le troisième long-métrage qu'il avait réalisé avec Romain Duris, dans le rôle principal. Comment cette récompense a-t-elle influencé sa carrière de cinéaste ?

« Le Festival de Cannes ressemble un peu à la Coupe du monde de football : en 24 heures, le monde entier vous connaît. Pour moi, ce Prix de la mise en scène a surtout permi aux Roms d'être fiers.»