Ukraine : « L’aide tchèque compte vraiment et la gratitude sur place est immense »
Collègue de la station Český rozhlas Plus, Martina Mašková s’est rendue dans l’est de l’Ukraine cet été pour y enregistrer une série d’entretiens. Avant de terminer la réalisation de son documentaire audio prévu pour fin septembre, elle a répondu à quelques questions au micro de RPI.
Quel était l’objectif de ce voyage effectué dans l’est de l'Ukraine, près du front ?
« C'était l'opportunité de parler avec des gens en personne, parce que normalement, ici, comme je suis présentatrice du programme de la matinale, on parle de l'Ukraine de l'Est tous les jours, mais on n'a pas d'expérience personnelle. C'est la première raison pour laquelle j'ai voulu faire ce voyage. »
Et tu as accompagné sur place des volontaires d'une ONG tchèque remarquable, qui s'appelle Neohnutí. En bref, cette ONG récupère des voitures d’occasion et les donne aux Ukrainiens. Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ?
« Les voitures ne sont pas seulement destinées aux soldats, mais aussi aux organisations humanitaires, aux hôpitaux. Nous avions deux ambulances et quatre autres voitures que nous avons emmenées avec nous. Une voiture était pour quelqu’un que le public tchèque connaît très bien, car notre collègue Martin Dorazín, le correspondant permanent de la radio publique tchèque en Ukraine, collabore avec un pasteur ukrainien qui organise des évacuations de personnes âgées de zones situées près du front. »
« Oui, en fait le principe est que s’il y a quelqu’un en Tchéquie qui veut donner sa voiture, il peut l’offrir à Neohnutí. Des bénévoles l’acheminent ensuite de l’Ouest vers l’Est ou le Sud de l’Ukraine, partout où il y a besoin. Comme les drones russes sont très actifs et détruisent beaucoup, il faut sans cesse renouveler le parc automobile des hôpitaux et organisations de secours. »
Ambulances, camionettes et autres véhicules d'occasion : l'ONG Neohnutí sur les chapeaux de roue
Il faut noter que cette ONG n’est pas pragoise, elle est basée dans la région de Jičín.
« Exactement. Il faut toutefois rester discret, car c’est une opération risquée. Mais si j’ai bien compris, c’est la plus grande opération de ce type en Tchéquie. Il y a plusieurs organisations qui acheminent des véhicules, mais Neohnutí voyage presque chaque mois. »
Dans le premier reportage enregistré là-bas et diffusé cet été, le prêtre que tu interroges déclare : « je sais ce qu’est la peur, je sais ce que c’est d’avoir peur ». Tu m’as dit avoir toi-même éprouvé cette peur sur place…
« Je pense que nous avons eu de la chance, car pour nous ce n’était pas un grand danger, mais il y a toujours un risque. Les habitants de l’Est de l’Ukraine vivent ce danger au quotidien. Par exemple, la femme d’Oleh Tkachenko, le pasteur dont je parlais, est chaque jour exposée. C’est une personne courageuse et admirable. Je prépare un documentaire radio avec des femmes rencontrées à Sloviansk et Izioum. Sa femme dirige de facto une organisation humanitaire tout près de la ligne de front. »
Continuer à recueillir des témoignages pour faire savoir ce qui se passe sur place
Après avoir parlé avec ces femmes, as-tu senti la résilience ukrainienne intacte ?
« Je pense que les Ukrainiens sont très courageux. Ils sont convaincus que l’Ukraine peut se défendre, même si c’est difficile. J’ai vu ce courage même chez des parents de soldats morts. J’ai parlé avec la mère et le père d’un soldat tombé. À Kharkiv, j’ai vu ce cimetière avec beaucoup de drapeaux ukrainiens et de nouvelles tombes. Et les parents disaient malgré tout qu’ils étaient convaincus que l’armée ukrainienne allait gagner la guerre. »
À Izioum, vous n’avez pas pu tout voir à cause d’alertes aériennes. Cette scène de crimes de masse figure dans le documentaire tchèque très commenté en ce moment (Velký vlastenecký výlet-Change my mind). Le débat notamment soulevé par ce film est ‘Est-ce qu’il faut continuer à dialoguer avec ceux qui croient encore que Poutine n’est pas si mal’ ?
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« Comme journaliste, je dois garder une certaine neutralité. Je ne peux pas exprimer mes opinions à la place de celles des acteurs du conflit. Mais voir ce film m’a aidée à compléter mon expérience. Même si nous n’avons pas pu accéder à certains lieux, je pense qu’il faut continuer à expliquer la situation, avec des témoignages réels et visuels, pour donner au public tchèque une image plus large de ce qui se passe en Ukraine. »
Quelle est la réaction des Ukrainiens sur place quand vous dites que vous êtes tchèque ?
« La gratitude envers la République tchèque et ses citoyens est énorme. J’ai parlé par exemple avec une infirmière et un médecin d’Izioum. Ils expliquaient que le plus difficile était d’opérer des enfants et de voir chaque jour des civils blessés. C’est pour ça que c’est important aussi de parler avec des gens qui doutent de l’existence même de ce conflit. La gratitude en tout cas est immense, et l’aide tchèque compte vraiment. »







