« Un drapeau pour le Tibet »

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Dans le cadre de la campagne européenne « Un drapeau pour le Tibet », 599 mairies, villes et villages ainsi que 96 écoles, collèges et universités de République tchèque ont hissé le drapeau tibétain ce lundi 10 mars, date marquant le 55e anniversaire du soulèvement tibétain contre les Chinois, qui avaient envahi le territoire indépendant du Tibet au mois d’octobre 1950. Le soulèvement du 10 mars 1959 avait conduit à la mort au moins 80 000 Tibétains. Par la suite près d’un million de personnes ont péri de la famine liée aux réformes agraires et culturelles impulsées par les autorités chinoises, dans des prisons ou des camps de travail.

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« Un drapeau pour le Tibet », tel est le nom de l’ambitieuse campagne européenne, créée dans les années 1990, qui veut attirer l’attention sur la persistance de la violation des droits de l’homme. L’initiative se veut solidaire du peuple tibétain, de leur volonté de conserver leur identité nationale, et d’obtenir un statut de pleine autonomie pour leur pays. A Prague, à l’initiative de l’organisation non gouvernementale Amnesty International, des dizaines de personnes se sont également réunies ce lundi devant l’ambassade de Chine, dans le quartier de Bubeneč, pour manifester leur désaccord avec la présence chinoise au Tibet. La porte-parole d’Amnesty International, Martina Pařízková, a tenu à souligner l’intérêt de cette action :

« Nous espérons que nos initiatives, ainsi que les initiatives de nos sympathisants, de ceux qui nous soutiennent, puissent changer quelque chose au niveau politique. Il est aussi important pour nous que les habitants du Tibet ainsi que le gouvernement tibétain en exil sachent que partout dans le monde, et même dans notre petite République tchèque, il existe des personnes qui les soutiennent et qui ne sont pas indifférentes à leur sort. »

La journée de manifestation devant l’ambassade chinoise avait ainsi été accompagnée de musique traditionnelle tibétaine, de gastronomie, de costumes typiques ainsi que de banderoles « Free Tibet ». Malgré le fait que les représentants de l’ambassade n’ont pas établi de dialogue avec les membres de l’organisation, il ne s’agissait pas de la première manifestation de ce genre. Martina Pařízková a fait savoir quel était l’intérêt d’une telle manifestation :

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« Par le biais de ces initiatives, Amnesty International souhaite signaler les violations des droits de l’homme, qui sont en train de se produire au Tibet. Nous organisons ces manifestations chaque année, à l’occasion de la Journée internationale du Tibet. L’année dernière, nous avons concentré la pieuse cérémonie à la mémoire des moines brûlés. Cette année nous avons davantage porté notre intérêt vers la culture tibétaine que le gouvernement chinois réprime, mais qui doit, selon nous, être préservée. Les Tibétains ont tout simplement le droit de la préserver. »

Face aux récentes déclarations du chef de l’Etat, Miloš Zeman, lequel s’est prononcé jeudi dernier sur le fait que, « la République tchèque ne devrait pas entraver les exportations croissantes et les investissements des entreprises tchèques par une politique excessive de la protection des droits de l’homme », (Faits et événements du 7 mars 2014, ndlr), Martina Pařízková s’est montrée ferme quant à cette équation qu’elle considère quelque peu tordue et malencontreuse. Les affaires commerciales ne doivent pas être réalisées au détriment du respect des droits de l’homme.

Photo: Štěpánka Budková
« Pour Amnesty International, qui est un organisme pour la défense des droits de l’homme et des libertés, affirmer que le commerce vaut plus qu’une vie humaine digne, plus que les droits de l’homme, est quelque chose d’inacceptable. Nous ne pouvons permettre à nos représentants ou à nos dirigeants de ne pas prendre en considération les droits humains ou d’ériger les exportations au-dessus de la vie humaine. »

La République populaire de Chine, qui a créé la ‘Région autonome du Tibet’ en 1965, en contrôle depuis cette date le territoire. Selon le témoignage de nombreux militants et observateurs, les droits fondamentaux y sont violés, la liberté d’expression, l’identité politique, religieuse et culturelle y sont réprimées. Suite à une migration ciblée de la population chinoise, les Tibétains sont devenus une minorité dans leur propre pays, et leur culture risque de disparaître. De nombreux écrivains, artistes, étudiants et importants représentants politiques et spirituels ont subi de nouvelles arrestations en 2013. Durant ces quatre dernières années, 120 Tibétains se sont immolés par le feu, choisissant ainsi la forme la plus extrême de protestation contre l’oppression politique chinoise.