Une fille, oui, mais quelle fille ?

Photo: Archives de Anastasiya Zamyakina
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Il y a quelques semaines de cela, nous avions consacré une première émission aux différents mots que possède la langue tchèque pour désigner les garçons et les filles. Vous vous en souvenez peut-être, nous avions alors évoqué notamment les mots « holka » pour une fille et « hoch » pour garçon, et expliqué quelles nuances de sens pouvaient se cacher dans leur emploi selon le contexte. Nous allons donc poursuivre tout cela…

Photo: Archives de Anastasiya Zamyakina
Vous le savez désormais, il y a « fille » et « fille » en tchèque. Le premier sens du mot « holka » est donc celui de « petite fille », « gamine », ou si vous préférez un enfant de sexe féminin. Ses synonymes, nous l’avions dit, peuvent être « děvče » ou « dívka », deux mots appartenant à un langage plus soutenu. Par exemple, pour désigner une « école de filles » – dívčí škola, ou un « nom de jeune fille » – dívčí jméno, on utilisera l’adjectif « dívčí » et non pas « holčičí », que l’on trouve en revanche lorsqu’il s’agit d’un prénom donné à une petite fille, à un bébé. Il s’agit alors de « holčičí jméno ».

Toujours à propos d’un enfant de sexe féminin, rappelons encore également que la langue tchèque possède le mot « dcera » pour désigner une fille considérée par rapport à ses parents. Pour un garçon, l’équivalent de « fils » est « syn ». Et bien entendu, comme souvent en tchèque, il existe pour ces deux mots un certain nombre de diminutifs servant à accentuer l’affection que l’on porte à l’enfant avec « dcerka » et « dceruška » pour petite fille, et « synek » et « synáček » pour fils, comme dans les deux très belles chansons intitulées « Ach synku, synku », que connaissent beaucoup de petits Tchèques, et « Synečku, synečku », cette fois chantée en morave par Jarmila Šulaková…

Synáček a dceruška, photo: Archives de Hana Marsault
Comparer tous ces diminutifs est d’ailleurs très intéressant, car cela nous donne une meilleure idée de la richesse de la langue tchèque et aussi de ce qui se fait sa beauté. En effet, si « dcerka » désigne une petite fille, le mot « dceruška », qui est le second degré du diminutif de « dcera » et, de facto, le diminutif suivant du premier diminutif « dcerka » (ça va, vous suivez ?), ne désigne pas une « petite fille (encore) plus petite ». Non, c’est ici plutôt un moyen pour le locuteur d’exprimer son affection envers la petite fille, comme cela est le cas également pour les petits garçons avec les diminutifs « synek » et « synáček ». Attention cependant à ne pas se tromper. Si « syn » et « dcera » sont bien le fils et la fille de leur père et de leur mère, « synek » et « dcerka » ne sont pas en revanche le petit-fils et la petite-fille de leurs grands-parents, pas plus que « synáček » et « dceruška » ne sont l’arrière-petit-fils et l’arrière-petite-fille de leurs arrières grands-parents. Bah non, cela serait trop simple et ce ne serait plus du tchèque… Alors, sachez qu’un petit-fils se dit « vnuk » et petite-fille « vnučka ». Et là, pozor ! (attention encore et toujours), car s’il existe bien entendu un diminutif de « vnuk » avec « vnouček », un mot qui ne signifie pas un « petit petit-fils » mais sert encore une fois à marquer l’affection de celui qui l’emploie, en revanche il n’existe pas de diminutif de « vnučka », sans doute parce que le préfixe « -čka » indique qu’il s’agit déjà d’une forme de diminutif. Mais il ne s’agit là que de notre interprétation, hein…

Moje holka, můj kluk, photo: Štěpánka Budková
Revenons de nouveau au mot « holka » pour découvrir quels sont les autres de ses sens. Une « holka » peut donc être tout d’abord une bien-aimée, dans le sens bien sûr d’une fille que l’on aime d’une tendre affection, comme dans la chanson intitulée « Moje holka », littéralement « Ma fille », du groupe… Cocotte minute (tout un programme). Vous l’aurez compris, il s’agit d’une petite amie à laquelle on est lié par un sentiment d’amour. Et cette petite amie, notre amoureuse, a forcément un petit ami, qui pour elle sera donc « můj kluk » - « mon garçon ». Les jeunes françaises, quant à elles, diront plutôt « avoir un mec » ou « avoir un copain ».

Nevěstky, photo: Kristýna Maková
Et puis « holka » peut être aussi, comme en français d’ailleurs, une servante, dans le sens de fille de salle, et, plus péjorativement, une femme de mauvaise vie, une fille de joie. Là aussi, pour désigner une prostituée, le tchèque dispose d’un autre mot, à savoir « nevěstka ». Et alors là, ne vous y trompez surtout pas (on insiste, surtout pas), malgré les apparences, qui comme on le sait sont parfois trompeuses, « nevěstka » est certes un diminutif de « nevěsta », mais « nevěsta » ne désigne pas une prostituée (moins petite car sans diminutif), mais… une fiancée ou la mariée le jour du mariage. Pour ceux qui ne maîtrisent pas encore parfaitement le tchèque, simplifions les choses et conseillons-leur donc plutôt d’utiliser « snoubenka », l’autre mot qui désigne une fiancée.

C’est donc avec une fille de joie pour fiancée (et puis flûte, pourquoi pas après tout ?) que s’achève pour cette fois ce « Tchèque du bout de la langue ». Si vous n’avez pas tout compris, ce n’est pas bien grave, vous aurez au moins compris que le tchèque est une langue certes parfois bien compliquée, mais aussi au vocabulaire très riche. On se retrouve dans quinze jours pour en avoir une nouvelle confirmation. D’ici-là, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !