Une percée dans la campagne de répression dite Assainissement

Jaromir Obzina au cour, photo: CTK

Il y a de cela 25 ans, la déclaration de la Charte 77 a vu le jour. Elle ne demandait au régime communiste rien de plus que le respect de ses propres lois et des accords internationaux sur les droits de l'homme, qu'il avait signés. Le régime y a répondu par le déclenchement d'une campagne de répression dite Assainissement. Comme son nom le laisse entendre, les personnes incommodes au régime, notamment les signataires de la Charte, étaient forcées par la police secrète communiste, la StB, à l'émigration. Ce lundi, le premier aveu est tombé dans cette affaire: le ministre de l'Intérieur de l'époque, Jaromir Obzina, responsable de la campagne, a avoué avoir signé l'ordre. L'aveu de l'ex-ministre communiste est d'autant plus important que le texte original de l'ordre portant sa signature s'est perdu ou a été mis au rebut. Le ministre est l'un des cinq anciens hauts fonctionnaires communistes inculpés de responsabilité directe de la campagne Assainissement.

L'ordre signé par Obzina a été adopté le 21 décembre 1977. Il chargeait la StB de forcer au départ du pays les personnes incommodes au régime. Celles qui ont refusé sont devenues cibles de brimade policière de toute sorte. Avec leurs familles, elles risquaient la perte de l'emploi, l'interdiction d'études, les poursuites systématiques, les interrogatoires, la prison. Sur plus de 1800 signataires de la Charte, une vingtaine n'a pas supporté les persécutions et quitté le pays. Tel le cas du chanteur Vladimir Tresnak qui a porté plainte contre les agents de la StB pour des tortures subies lors des interrogatoires. Tel est le cas du chanteur Jaroslav Hutka, exilé en Hollande, qui a traduit ses enquêteurs en justice. Une plainte a été portée par l'évêque Vaclav Maly, l'un des porte-parole de la Charte. Pour les signataires devenues l'objet des pressions, la vie est devenue un enfer. Le professeur de théologie de l'Université Charles, Milan Balaban, pourrait en dire long. Il a été l'un des premiers signataires de la Charte et organisait des séminaires clandestins chez lui, à domicile. Cela lui a valu l'inscription sur la liste des personnes incommodes, la perte de l'emploi, les interrogatoires... Il est arrivé aux enquêteurs de "l'oublier" dans une armoire où ils l'ont enfermé. Il s'en est fallu peu pour qu'il meure asphyxié... Une autre fois, deux agents de la StB ont pénétré, la nuit, dans sa chambre à coucher pour expliquer à son épouse qu'elle n'aura pas la vie facile avec un signataire de la Charte... Nous étions des citoyens sans droits, mais j'ai pourtant résisté à toutes les "offres" d'exil, se souvient-il.

L'aveu de lundi de l'ex-ministre de l'Intérieur Obzina sur la signature de l'ordre grâce auquel la campagne Assainissement a pu démarrer est une percée au procès actuel. La phrase clé de son ordre est la suivante: atteindre une désintégration totale et un isolement des principaux promoteurs de la Charte 77 des autres signataires et obtenir le départ des activistes choisis en exil. Obzina plaide cependant sa non culpabilité, en affirmant avoir signé l'ordre sur injonction du gouvernement et en accord avec la législation d'alors.

Jaromir Obzina au cour, photo: CTK
La journée de mardi a apporté encore du nouveau dans le procès. L'authenticité des matériaux d'archives de l'ère communiste a été mise en doute par le premier ministre de l'Intérieur d'après novembre, Richard Sacher. Selon lui, pendant un certain temps, les archives étaient accessibles par ex. aux membres des commissions civiques qui emportaient certains dossiers pour les étudier à la maison. Sacher a informé par ailleurs que sur son ordre, tous les dossiers de la StB concernant les signataires de la Charte étaient réunis et remis, par lui, en avril 1999, à quatre représentants de la Charte. Il ignore si ces dossiers étaient retournés aux archives. Pour l'instant il n'est pas possible de savoir à quel point la question de l'authenticité des archives pourrait être décisive pour le tribunal.

Les archives de la police secrète communiste, la StB, devraient bientôt être ouvertes. Il faut que la Chambre des députés vote le projet sénatorial de loi sur l'accès aux archives. Les tentatives de les ouvrir durent depuis la chute du communisme. En 1992, l'ancien dissident, Petr Cibulka, a tenté de combler le vide d'informations en publiant une liste complète mais non vérifiée des collaborateurs. Les noms des principaux agents de la StB sont cependant restés inconnus. En 1996, le parlement a adopté la loi sur l'accès aux dossiers de la StB qui a permis aux citoyens de se familiariser avec les dossiers établis contre eux par la police secrète. Les archives, en tant que telles, sont restées fermées. Seuls les membres du Bureau de documentation et d'enquête sur les crimes du communisme y ont accès.

La Révolution de velours a complètement changé la vie des signataires de la Charte 77. Beaucoup d'entre eux ont pris des postes dans la grande politique. Deux plus hauts politiciens actuels sont d'anciens signataires: Vaclav Havel, président de la République, et Petr Pithart, président du Sénat. Il convient de mentionner aussi Pavel Rychetsky, vice-premier ministre, Jan Ruml, sénateur, Anna Sabatova, adjointe du médiateur de la République. Leur nombre a tendance à diminuer. On estime que le départ de Vaclav Havel de la scène politique, en janvier prochain, marquera une fin symbolique de toute une ère liée à la communauté de la Charte 77.