Vaclav Havel septuagénaire

Vaclav Havel, photo: CTK
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Evénement mondain de la semaine dans la capitale tchèque jeudi soir : la fête d'anniversaire de Vaclav Havel. Au-delà des mondanités, les soixante-dix ans de l'homme ont donné l'occasion à tout un pays de rendre un hommage appuyé à celui qui est et restera l'un des symboles de la résistance pacifique contre le régime communiste.

Vaclav Havel, photo: CTK
De la musique avec notamment Ida Kellarova, des plats cuisinés tchèques et exotiques, sans oublier la bière de Bohême et autres doux breuvages. Des centaines d'invités attirés par ce mélange, mais aussi et surtout là pour souhaiter un bon anniversaire à Vaclav Havel. Dans l'église Sainte-Anne, rénovée par la fondation des époux Havel, à part son successeur à la tête de l'Etat excusé pour cause de déplacement à l'étranger, ils sont quasiment tous venus lui exprimer leurs voeux. Mirek Topolanek, Jiri Paroubek, deux des principaux protagonistes de l'actuelle crise gouvernementale, l'ancien président polonais Alexander Kwasniewski, Adam Michnik, le rossignol Karel Gott, beaucoup, beaucoup de monde. Dans la foule également, le dramaturge britannique Tom Stoppard, qui a rencontré Havel pour la première fois en 1977 :

« Il y a plusieurs personnes ici ce soir que j'avais rencontrées en même temps que lui à cette époque. Cette fête représente les centaines ou les milliers de voeux d'anniversaires qu'il va recevoir de la part de ses amis et collaborateurs. C'est très émouvant d'être ici. »

Suzanne Vega, photo: CTK
Petite surprise, imaginée par son épouse Dagmar, un écran géant installé pour les voeux et une chanson en direct de l'Américaine Suzanne Vega, en concert le soir même à Olomouc en Moravie. Une fête réussie, un événement qui fait la première page de tous les journaux et magazines, depuis quelques jours déjà. « Je suis encore là », titrait pour l'occasion l'hebdomadaire Tyden en début de semaine, avec une photo pleine page de l'ancien dissident. « L'homme qui nous a rendu l'histoire » barre la une de Respekt, avec le dessin d'un Havel portant une cravate et un badge sur lequel est inscrit le début de la chanson Yesterday des Beatles.

Pour l'occasion, le nouveau septuagénaire était même interrogé en direct pendant les informations télévisées du soir, sur la première chaîne. Voici ce qu'il a répondu à la question 'de quoi êtes-vous le plus fier ?'

Vaclav Havel, photo: CTK
« Je suis déjà un peu surpris d'avoir vécu jusqu'à cet âge-là, relativement en bonne santé. J'ai plutôt réussi certaines choses dans ma vie, même si j'aimerais tout de suite préciser que beaucoup d'entre elles ont aussi été des cadeaux du destin qui m'ont permis, concernant les changements importants liés à la chute du rideau de fer, d'être témoin et acteur. »

Avant de devenir, la cinquantaine passée, ce témoin et acteur de la chute du rideau de fer et de la Révolution de velours tchécoslovaque, la vie de Vaclav Havel, fils de bonne famille pragoise, a été celle d'un dissident surveillé, menacé, opprimé et enfermé. Un dissident qui a toujours refusé de choisir l'exil. Retour maintenant sur les grandes dates de la vie et de la lutte de Vaclav Havel...

Un homme hors du commun issu d'une famille qu'il décrit lui-même comme appartenant à la grande bourgeoisie, et à laquelle on doit, entre autres, la construction du fameux palais Lucerna sur la place Venceslas et des ateliers cinématographiques de Barrandov. Le jeune Vaclav étudie, aux côtés de Milos Forman par exemple, au lycée de Podebrady. Après l'instauration du régime communiste, en 1948, les études supérieures lui sont interdites : il travaille comme assistant dans un laboratoire de chimie, prend des cours du soir et... se passionne pour le théâtre. Nous voilà devant la première étape cruciale de sa vie. Il en dit lui-même :

« Tous les rôles que j'ai joués dans ma vie ont été intéressants. Mais les huit ans que j'ai passés au théâtre Divadlo Na zabradli ont été peut-être les plus agréables. »

Cheveux longs très dans le style des sixties, Havel forme le répertoire de ce petit théâtre pragois, situé à deux pas du quai de la Vltava, où son épouse Olga travaille comme comptable. Dans le bouillonnement d'idées et d'énergie qui a caractérisé cette scène, Havel signe notamment « Zahradni slavnost » (La fête en plein air), une mise en scène d'Otomar Krejca.

A partir de l'année 1969, Vaclav Havel est interdit de publication. Il travaillera comme ouvrier et continuera à écrire, à refléter à sa façon, dans son théâtre, l'existence de l'individu dans un régime totalitaire. Lors d'un colloque organisé en juin 2005 à Bordeaux autour de l'oeuvre entière de Havel, Stéphane Gailly, enseignant à l'Université de Paris XII, a fait un parallèle entre ses engagements politique et artistique :

"Tout ceci est ma foi très lié. Quand on parle d'engagement politique dans le théâtre de Havel, c'est, à mon avis, pratiquement un abus de langage. Havel utilise plutôt le terme, même pas d'engagement, mais de démarche civique plus que politique. Et si j'ai mis en parallèle les deux, c'est parce que tout ceci est porté par l'idée de base, à savoir qu'il y a une valeur qui est au-dessus de tout, et c'est la morale, tout simplement. Et c'est la même morale qui conduit le discours politique de Havel et sa manière d'écrire, de penser l'identité de l'homme qui est au coeur du sujet de toutes ses pièces."

Vaclav Havel aura passé cinq ans en prison, il aura été porte-parole de la Charte 77 et une figure d'autorité parmi les dissidents. Le régime fera tout pour l'effacer de la mémoire publique, mais en vain. Son nom vient à l'esprit en premier, lorsqu'on cherche, à la fin de 1989, un candidat à la présidence de la Tchécoslovaquie démocratique.

Vaclav Havel, photo: CTK
Quelles sont les dates à rappeler lorsqu'on évoque les 14 ans qu'il a passés au Château de Prague, avant d'être succédé, en 2003, par Vaclav Klaus ? Interrogé, dimanche dernier, sur un plateau de télévision sur l'événement qui l'avait particulièrement touché au cours de sa carrière politique, l'ancien président s'est souvenu de la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991.

Alors que sa seconde épouse et comédienne Dagmar Havlova, tout aussi préoccupée par des activités sociales et caritatives, a réalisé au printemps 2006 son grand retour sur les planches, Vaclav Havel, fait, lui aussi, les yeux doux au théâtre : il aimerait écrire encore une ou deux pièces. Et plus encore :

« Je me souviens de mon dernier entretien avec le philosophe Jan Patocka, dans la prison de Ruzyne. A l'époque, il avait mon âge. Il m'a dit que la vie était, finalement, assez longue. Cela m'a paru étrange. Maintenant, je le comprends. J'ai vécu un tas de choses et j'aimerais juste avoir plus de moments de calme pour pouvoir faire un peu le bilan de ma vie. »