Vera Caslavska, la femme qui ne s'est pas inclinée devant le régime communiste

Vera Caslavska, photo: Ron Kroon / Anefo, Creative Commons 3.0

La gymnaste Vera Caslavska, qui est considérée comme la figure la plus remarquable du sport féminin tchèque, fête, ce jeudi, ses 65 ans. Pour l'occasion, elle a brisé le silence et l'isolement dans lesquels elle s'est réfugiée de son propre gré depuis maintenant une dizaine d'années, et a accordé une interview au magazine Mlada fronta Dnes.

Vera Caslavska, photo: Ron Kroon / Anefo, Creative Commons 3.0
Ses grands succès sportifs, Vera Caslavska les a connus dans les années soixante. Ses performances et son charme ont fait d'elle l'ambassadrice la plus célèbre de son pays. Elle a été sacrée sept fois championne olympique, d'abord à Tokio puis à Mexico. En 1968, elle a été proclamée meilleure sportive du monde. A l'époque, tout semblait lui sourire. Pas pour très longtemps : elle devait connaître par la suite, à deux reprises, des chutes dont elle ne s'est jamais vraiment remise.

Tout a basculé pour elle après l'écrasement du Printemps de Prague par les chars soviétiques, en août 1968. En tant que signataire du manifeste « 2000 mots » qui dénonçait les pratiques du régime et de ses nouveaux leaders, elle a été exposée à toutes sortes de persécutions et a disparu du devant de la scène. Elle ne s'est pourtant jamais inclinée. Sollicitée dans tous les coins du monde, le régime ne l'a autorisée à sortir du pays que pour un stage de deux ans au Mexique... La chute du régime communiste donne satisfaction à Vera Caslavska. Elle devient l'une des conseillères du président Vaclav Havel, est élue présidente du Comité olympique tchécoslovaque et reçoit des prix. Mais encore une fois, son bonheur n'est pas de longue durée. Cette fois-ci, c'est sa vie privée qui bascule...

Vera Caslavska, photo: CTK
Une tragédie antique. C'est en ces termes qu'on a l'habitude de décrire le drame familial que Vera Caslavska vit au début des années quatre-vingt-dix. Lors d'une bagarre dans une discothèque qui oppose son ex-mari, l'athlète Josef Odlozil, médaillé d'argent olympique, et son fils, le père meurt. Le fils est condamné à quatre ans de prison ferme avant d'être bientôt gracié par le président Havel. Vera Caslavska a du mal à affronter la situation avec sérénité. Elle se réfugie dans un foyer d'assistance sociale et coupe les liens avec le monde extérieur, sauf avec sa famille et quelques rares intimes. « Je mène une vie tranquille. Je lis, j'écoute de la musique. Je me promène... Je veux protéger mes enfants pour qu'ils puissent vivre une vie normale», se confie-t-elle dans les pages du magazine Mlada fronta Dnes, dans la première interview qu'elle a accordée depuis dix ans... Une hirondelle augurant d'un nouveau printemps et d'une nouvelle ouverture ? Ou seulement un intermède sur un parcours volontairement solitaire ?