25e anniversaire de la canonisation de Sainte Agnès

La canonisation de Sainte Agnès, photo: ČT24

Quelques semaines avant la Révolution de velours, Sainte Agnès de Bohême, Svatá Anežka Česká, est devenue la première sainte d’Europe Centrale à avoir été canonisée par le pape Jean-Paul II. De façon surprenante, les préparations de cette canonisation ont été organisées en grande pompe par le régime communiste de l’époque. Cette année, nous célébrons le 25e anniversaire de cette canonisation.

La canonisation de Sainte Agnès, photo: ČT24
Pour le besoin de l’Eglise catholique, la Tchécoslovaquie communiste accepte de mettre à disposition, au mois d’octobre 1989, cent bus, quatre trains et deux avions. Néanmoins, le fait que le régime approuve le voyage de près de dix milles personnes est alors une surprise pour tous. Si le Comité central du parti communiste a finalement donné son accord, c’est pour éviter que la canonisation de Sainte Agnès ne se tienne au stade de Strahov à Prague en présence du pape Jean-Paul II. Le prêtre et théologien tchèque Tomáš Halík a évoqué la pression des prêtres tchèques à l’époque sur les cadres du régime :

« Nous avons expressément souligné dans les documents que nous préparions à l’époque, que l’Eglise ne voulait pas uniquement s’occuper de ses propres intérêts institutionnels, mais qu’elle voulait principalement coopérer en vue d’un changement d’ambiance morale au sein de toute la société. Et pour cela, elle voulait que toutes les personnes de bonne volonté y participent. »

Ludvík Klimeš, photo: ČT24
En réalité, la volonté d’organiser la canonisation à Prague était un souhait initialement voulu par les évêques. Après s’être confrontée à un refus, la délégation du Vatican a toutefois exigé du régime communiste de ne pas interdire aux pèlerins tchécoslovaques de se rendre à Rome pour l’occasion. Ainsi, la grande majorité d’entre eux se sont rendus pour la première fois à l’étranger après près de vingt ans. A ce propos, Ludvík Klimeš, membre du Comité d’organisation du pèlerinage à Rome, a fait savoir :

« Nous n’arrivions pas du tout à comprendre comment cela était possible. Nous pensions qu’il s’agissait d’un miracle. »

La canonisation de Sainte Agnès, photo: ČT24
Récompensé par le prix Templeton au mois de mai dernier, un prix récompensant « le progrès de la recherche dans le domaine des réalités spirituelles », Tomáš Halík a précisé qu’à l’occasion de ce voyage, il s’était entretenu près de deux heures avec le pape Jean-Paul II.

« Lorsque j’avais parlé avec le pape Jean-Paul II le 7 novembre, la veille de la chute du mur de Berlin, alors il avait dit que la fin du communisme approchait, qu’il allait bientôt s’effondrer chez nous, et que nous devions être prêts. Moi je lui tenais tête, en lui disant que chez nous ce serait probablement une sorte de perestroïka. Il n’était pas du tout d’accord. Le lendemain de la canonisation, c’est-à-dire le 13 novembre, une grande audience s’est tenue auprès du pape dans la salle Paul IV, rassemblant les quelques onze milles pèlerins. J’ai eu la possibilité de m’adresser à eux, et j’ai cité cette ancienne prophétie rapportée entre les XVIe et XVIIe siècles par le prêtre et historien Jan František Beckovský : ‘Au moment où Sainte Agnès sera canonisée, alors des jours meilleurs viendront pour le peuple tchèque’. »

Que représente Sainte Agnès ? Tomáš Halík poursuit :

Tomáš Halík, photo: Pavla Kopřivová, ČRo
« Il s’agit d’une femme qui a renoncé au pouvoir et à la richesse, afin de servir les pauvres. Sainte Agnès arrivait également à réconcilier les personnes, tels que le roi Ottokar de Bohême et son fils. Elle incarnait un personnage clément dans des situations dramatiques, telles que l’invasion de Brandebourg. C’est un personnage qui symbolise la chrétienté et qui se veut ouvert aux personnes. On pourrait la rapprocher de ce qu’incarne aujourd’hui l’actuel pape François, et qui donne un visage sympathique à la religion. »

Si les dirigeants communistes avaient porté à cet évènement un intérêt médiatique sans précédent, les forces de l’ordre réprimaient dans le même temps les manifestants contre le régime. Lors de la canonisation, le 12 novembre 1989, personne ne pressentait toutefois encore que le régime disparaîtrait en seulement quelques semaines.