3e Journée du souvenir des victimes du régime communiste

La cérémonie au cimetière de Vysehrad, photo: CTK

Le 27 juin 1950 au matin, Milada Horakova, juriste et députée, était exécutée dans la cour d'une prison pragoise suite à l'un des plus importants procès arbitraires organisés par le régime communiste tchécoslovaque. Cinquante-six ans plus tard, le 27 juin est célébré en République tchèque comme la Journée des victimes du communisme et des prisonniers politiques.

La cérémonie au cimetière de Vysehrad, photo: CTK
« Le régime a envoyé à la potence une femme que pas même les nazis n'avaient osé exécuter. » C'est en ces termes que s'est exprimé Josef Lesak, dernier député du Parlement non communiste avant 1948, à l'occasion de la cérémonie qui s'est tenue, lundi, au cimetière de Vysehrad, à Prague, en mémoire de Milada Horakova. Souvent citée comme modèle de courage et d'intégrité, Milada Horakova reste, avec Rudolf Slansky, une des victimes les plus célèbres du régime communiste tchécoslovaque.

Membre du Parti national socialiste à partir de 1929, elle passa cinq ans en prison pour ses activités dans la résistance durant la Deuxième Guerre mondiale avant de siéger à la Chambre des députés entre 1945 et 1948. Après la prise du pouvoir par les communistes en 1948, sa présence est devenue gênante pour le régime et Milada Horakova fut condamnée à la peine capitale pour de prétendus crimes de haute trahison et d'espionnage à l'issue d'une procédure judiciaire montée de toutes pièces. Avec elle, trois autres accusés furent condamnés à mort et neuf autres à des peines de prison allant de quinze ans à la perpétuité. Au total, trente-cinq autres procès ont fait suite à celui de Milada Horakova : dix peines de mort y ont été prononcées et pas moins de 7 830 années d'emprisonnement ont été infligées à 560 personnes.

Bien qu'à l'époque des procédures semblables et même de plus grande envergure ont également eu lieu en Hongrie et en Pologne, la Tchécoslovaquie fut toutefois le seul Etat de l'ancien bloc dit de l'Est, avec l'Albanie, à exécuter une femme. « Lorsque vous exécutez une femme, vous donnez en même temps un signe fort et faites prendre conscience à la société que rien ne vous arrêtera. Alors, faites attention ! Voilà ce que cela signifie », explique l'historien Karel Kaplan.

En 2004, le 27 juin a donc été choisi comme Journée du souvenir des victimes du régime communiste, mais aussi des prisonniers politiques, après que dans le courant des années 1990, les tribunaux aient annulé la plupart des jugements rendus au début des années 1950. Reste que la grande majorité des responsables de l'époque et des instigateurs des procès n'ont, eux, jamais ou presque jamais fait l'objet de poursuites judiciaires. Selon le directeur de l'Institut d'histoire contemporaine de l'Académie des sciences, Oldrich Tuma, il s'agit, en effet, d'une démarche délicate:

« Bien entendu, prouver la responsabilité pénale individuelle, si les auteurs sont encore en vie, est extrêmement compliqué. Malgré tout, dans des dizaines de cas, nous sommes toutefois parvenus à ce qui était souhaité au début des années 1990 : c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas tellement de mettre en prison telle ou telle personne qui est aujourd'hui très âgée, mais plutôt de documenter et de qualifier toutes ces affaires comme elles doivent l'être. A savoir qu'un crime soit qualifié de crime et les criminels de criminels. »

Mardi, plusieurs cérémonies se sont tenues un peu partout dans le pays. A Liberec, en Bohême du Nord, un monument baptisé « Le miroir de la vérité » a été inauguré dans un parc de la ville. Seize ans après la révolution et la chute du régime communiste, deux miroirs géants ont été installés au carrefour de deux allées du parc. Désormais, tous ceux qui passeront par là devront contourner ces miroirs et se regarder dans les yeux...