A l’Est du Nouveau : des films tchèques, slovaques, polonais... sur les écrans normands

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Jusqu’au 13 mars, se tient à Rouen et dans son agglomération la onzième édition du festival de cinéma A l’Est du Nouveau. La manifestation est désormais bien connue des auditeurs de Radio Prague comme surtout des cinéphiles normands curieux de la riche production cinématographique des pays d’Europe centrale et orientale, y compris donc de la République tchèque. Plus de détails avec David Duponchel, le directeur de ce festival qui s’exporte de surcroît depuis quelques années dans les salles obscures sud-américaines.

« On a essayé de mettre l’accent sur des films assez proches des gens, avec des films comme le film tchèque Home Care (Domácí péče en tchèque, « Soins à domicile » en français) de Slávek Horák. On a voulu que ce ne soit pas un cinéma différent, que les gens puissent se retrouver comme dans un miroir pour resserrer les liens entre eux. D’un autre côté, on a aussi cette section, ce focus sur la migration, où on présente deux films qui montrent, pour Logbook Serbistan, le parcours des migrants en Serbie, la vision d’un cinéaste dans son propre pays du traitement des migrants, et d’autre part l’île de Lampedusa, la porte d’entrée des migrants avec la vision d’un cinéaste autrichien, Jakob Brossmann.

Nous avons eu pas mal d’activités sur ce sujet avec par exemple un brunch documentaire avec le mouvement des Jeunes Européens pour sensibiliser sur cette Europe qui en train de se diviser, où les gens ont plutôt tendance à se renfermer sur eux-mêmes. Le festival a été créé en 2002, justement avec la construction de l’Union européenne. Jamais je n’aurais pensé qu’un jour ou l’autre le festival se retrouverait à défendre ces idées. On était plutôt dans une idée de promotion et maintenant on est un peu dans l’idée de défendre l’Europe, de faire en sorte que les gens aillent voir des films croates, tchèques, slovaques, hongrois, polonais, pour qu’ils comprennent qu’ils doivent vivre ensemble. »

Lost in Munich, photo: Falcon
Deux films que vous projetés sont issus de la République tchèque. Il y a Home Care dont vous avez parlé et il y aussi Lost in Munich (Ztraceni v Mnichově) de Petr Zelenka en film d’ouverture…

« Lost in Munich, je l’ai choisi justement dans cette idée un petit peu de sensibiliser les Français à une histoire commune. C’était l’idée, de faire un éclairage sur cet épisode de l’histoire où les Français ne se sont pas vraiment comportés comme ils auraient dû le faire. Cela passait sous une comédie donc c’est très léger. C’était une façon de commencer le festival : je veux toujours commencer avec quelque chose d’assez subtil et léger.

Home Care
Ensuite, on va présenter Home Care. C’est un film un peu particulier puisque par exemple ce mardi soir il y a une séance dans une petite ville à côté de Rouen où il y a des chiffres assez importants au niveau de la montée du Front national. L’idée, c’est de venir avec ce film subtil, à l’humour assez particulier, dont l’histoire, celle d’une infirmière, pourrait très bien se passer dans cette petite ville, dans la campagne. C’est aussi de sensibiliser ces spectateurs qui n’ont pas accès à ces films, à ce type de cinéma, de dire qu’en fait la vie n’est pas si différente ici ou là-bas.

J’observe quand même un clivage avec la culture qui va jusqu’à Paris puis jusqu’aux grandes villes mais qui a vraiment du mal à aller jusqu’à la campagne. C’est une zone un peu délaissée. Nous sommes aidés par le département et j’espère l’année prochaine pouvoir faire d’autres manifestations comme ça, du côté de Fécamp ou même Gisors, où on observe des chiffres assez inquiétants sur la montée du Front national, qui est le signe de ce repli sur soi. »

Drôle de grenier !
Les festivaliers peuvent découvrir d’autres films tchèques dans le cadre du festival et notamment des courts-métrages dans le cadre du projet de l’Atelier enchanté et il y aussi un film de Jiří Barta, Drôle de grenier !, pour le jeune public…

« L’animation tchèque est reconnue. Ce sont plus de 1500 enfants qui vont venir voir ces films. Quant à moi, j’ai fait mes études à la FAMU (célèbre école de cinéma basée à Prague, ndlr) et j’ai été sensibilisé sur cette animation tchèque. Je trouve qu’elle a une poésie très particulière. Par exemple, avec l’atelier Drôle de grenier !, il y a un travail sur la 3D qui donne une autre image du cinéma d’animation.

David Duponchel, photo: YouTube
Ensuite, nous avons une soirée très diverse que nous faisons avec un autre festival français, un festival de court, le Courtivore. Ils nous font une sélection des meilleurs courts-métrages qui viennent d’Europe centrale et orientale et c’est une soirée assez festive, très jeune, une soirée assez prisée comme on peut dire du festival. »

Comment voyez-vous évoluer la production cinématographique des pays d’Europe centrale et orientale ?

« Cette idée, un peu, de fossé qu’il y avait entre les générations a plutôt tendance à disparaître au niveau de la thématique. Par exemple un film comme Soleil de plomb parle de la réconciliation entre la Serbie et la Croatie. C’est une coproduction donc il y a un rapprochement entre ces pays après ce qui s’est passé. Ma recherche passe sur des films qui sont un petit peu différents et en même temps qui ne vont peut-être pas être distribués en France. Je pense par exemple à Home Care. Ce sont des films qui ne sont pas encore complètement formatés. Ce ne sont pas des films qui sont rentrés dans une industrie. Ils sont en même temps différents au niveau du ton et ils sont beaucoup plus libres. C’est ce dont j’ai l’impression, au niveau de la forme.

Ce que je veux dire, c’est que ce festival, on le fait aussi au Pérou avec A l’Est de Lima et on le fait aussi maintenant à Buenos Aires avec A l’Est del Plata, qui réunit un peu la même programmation. On nous a demandé pour l’Uruguay. Ces films d’Europe centrale et orientale trouvent vraiment un public aussi en Amérique du Sud. C’est peut-être lié aussi à l’exotisme. Le festival n’est plus sur quelque chose de politique, de rapprochement des gens avec le vecteur du cinéma. On travaille plus sur une vision de l’Europe centrale et orientale, lointaine, avec peut-être des thématiques qui sont un peu plus lourdes, que les gens ne sont pas habitués à venir voir. Il y a cet a priori que les Français peuvent avoir sur les films d’Europe centrale et orientale qui auraient des thématiques assez tristes. Au contraire là-bas, les Sud-Américains ont l’impression de réfléchir davantage, c’est plus profond et donc il y a un réel engouement. On est entre 15 000 et 20 000 spectateurs sur A l’Est de Lima et Buenos Aires commence vraiment aussi à se développer. On va aller dans cinq-six cinémas dans deux villes. C’est pour dire que vraiment, la création cinématographique en Europe centrale et orientale a encore de beaux jours devant elle. »