A Prague, les footballeurs du prince William en visite dans l’un des plus vieux clubs tchèques

Civil Service FC, photo: Civil Service FC

Dans un mois et comme tous les quatre ans, la planète, pour des milliards d’amateurs de football, s’arrêtera de tourner avec le coup d’envoi de la coupe du monde au Brésil. Tous, tchèques y compris malgré l’absence de leur équipe, vivront alors au rythme du ballon rond et des exploits de Messi, Neymar, Ronaldo et autres Ribéry. Mais le football, sport universel s’il en est, et tous les « vrais footballeurs du dimanche » le savent bien, ce n’est pas que ça. La preuve avec la venue récemment à Prague d’un club anglais bien particulier dans la plus pure tradition de l’amateurisme…

Civil Service FC, photo: Civil Service FC
« C’est le plus vieux club au monde, du moins si je suis bien informé. Et c’est ce qui fait sa particularité. Il n’y a qu’un club au monde qui peut prétendre à ce titre. Et ce sont eux… »

Civil Service FC, photo: Civil Service FC
Eux, ou le plus vieux club de football au monde, c’est le Civil Service FC. Et Vladimír Šmicer ne se trompe pas, il est bien informé. Parfois aussi présenté comme le club du prince William depuis la rencontre organisée en octobre dernier sous les yeux du futur roi d’Angleterre dans les jardins du palais de Buckingham à l’occasion du 150e anniversaire de la Football Association, le Civil Service FC est effectivement le dernier club anglais encore existant à pouvoir se réclamer d’avoir fondé, en 1863, la très respectueuse fédération anglaise de football.

« Je pense que c’était un grand moment, un de ces moments dingues que vous réserve parfois la vie. Imaginez quand même, tracer un terrain de foot dans les jardins de la famille royale… Ce n’est pas donné à tout le monde de jouer dans un endroit pareil, en plus sous les yeux du prince. Il était bien là, il aime le foot, et mieux vaut pour lui, car il est le président d’honneur de la fédération anglaise. Par contre, la reine était absente. Je crois savoir qu’elle est moins fan de football. Elle avait juste ordonné de faire attention aux carreaux du palais. Mais ça va, ils étaient assez loin du terrain, il n’y avait pas de danger. Vraiment, cela restera quelque chose d’inoubliable ! »

Ryan Cameron, photo: Tomáš Kaliba / Site officiel de ČAFC Praha
Et six mois après cette rencontre historique, la première du genre, dans la demeure de la reine Elisabeth, les footballeurs de sa Majesté, et leur capitaine Ryan Cameron, étaient donc à Prague pour y disputer un autre match non moins historique, ne serait-ce que pour leur hôte, le club pragois du ČAFC.

Bien connu du petit monde du football dans la capitale tchèque, le Český Athletic & Football Club, que personne n’appelle autrement que sous son diminutif Čafka, est lui aussi à sa manière une institution. S’il évolue aujourd’hui à un niveau régional et amateur, le ČAFC a été autrefois, jusqu’en 1928, un des sérieux concurrents du Sparta et du Slavia dans le championnat de Bohême. Joueur fier de défendre les couleurs de son club le week-end quand ses obligations de journaliste sportif à la Radio tchèque le lui permettent, Jan Kaliba est à l’origine de ce match amical entre deux des plus vieux clubs du football européen :

Jan Kaliba (à droite), photo: Tomáš Kaliba / Site officiel de ČAFC Praha
« Ma profession a fait que j’ai rencontré des membres du Civil Service il y a un an ou deux de cela. Nous sommes restés en contact et je suis allé faire un reportage dans leur club à Londres pour voir leurs installations. C’est là qu’ils m’ont fait savoir qu’ils souhaitaient venir jouer un match à Prague, mais contre un autre adversaire que le Slavia, contre lequel ils jouaient régulièrement autrefois. Comme le Civil Service est resté un club amateur, l’idée m’est donc venue de les inviter pour le 115e anniversaire de notre club. Et c’est comme ça qu’ils sont ici ! »

Photo: Tomáš Kaliba / Site officiel de ČAFC Praha
« Oui, je connaissais ce club. Vous savez, maintenant je joue dans une petite équipe à Prague qui s’appelle Dolní Chabry, et il y a dix ans de cela, le club avait déjà joué contre Civil Service. Ils étaient venus à Prague et nous leur avions rendu visite ensuite en Angleterre. Je ne suis donc pas surpris de les voir ici, même si c’est la première fois que je les rencontre. »

Avec l’ambassadrice de Grande-Bretagne, Vladimír Šmicer, qui a passé six ans de sa carrière sous le maillot de Liverpool, a donné le coup d’envoi de ce match de prestige. Pour la petite histoire, après deux nuits précédentes bien arrosées comme en ont l’habitude les Anglais de passage à Prague, le Civil Service s’est incliné (2-5). Bref, on était loin du temps, au début du XXe siècle, où le club, lors de ses tournées à l’étranger, battait le Real Madrid et Barcelone. Mais là n’était pas l’essentiel. La bouche encore pleine du goût de la traditionnelle grosse saucisse sans laquelle le football tchèque ne serait pas ce qu’il est, c’est d’ailleurs ce que Vladimír Šmicer l'ancien Lensois rappelaitsur le bord du terrain :

Vladimír Šmicer avec le Civil Service FC, photo: Tomáš Kaliba / Site officiel de ČAFC Praha
« J’aime beaucoup connaître l’histoire des clubs. C’est important de la connaître, de savoir ce qui s’est passé, parce que c’est quelque chose qui ne s’achète pas. Aujourd’hui, on a des cheiks qui viennent avec leur argent et essaient d’acheter le succès, mais ils ne pourront jamais acheter l’histoire. C’est vraiment ce que j’apprécie : les vieux clubs avec une longue tradition, pas les clubs qui sont nés il y a quelques années et dont certains pensent qu’ils sont les plus importants au monde. Moi, je préfère un petit club avec une grande histoire. »

Un petit club avec une grande histoire, c’est donc ce qu’est aujourd’hui le ČAFC, un club essentiellement formateur. Ainsi, cette saison, le Sparta sacré récemment champion de République tchèque comme le Slavia Prague possèdent dans leur effectif un joueur passé dans les équipes de jeunes de Čafka. Mais le plus célèbre de tous reste Josef Jelínek, finaliste avec la Tchécoslovaquie de la Coupe du monde 1962 contre le grand Brésil…

Josef Jelínek, photo: Tomáš Kaliba / Site officiel de ČAFC Praha
Né dans le quartier de Záběhlice, dans le Xe arrondissement de Prague, Josef Jelínek, 73 ans, garde d’abord un souvenir ému des terrains noirs en cendre de sa jeunesse et de ses années passées à Čafka avant de rejoindre le Dukla Prague, le grand club de l’armée. Bien des années plus tard, même si l’herbe de la pelouse du stade est peut-être un moins verte et épaisse que celle des jardins du palais de Buckingham, le fonctionnement d’un club amateur de football à Prague n’est pas toujours une partie de plaisir, comme l’explique Jan Kaliba :

« Il y a beaucoup de pertes chez les jeunes. Il ne manque pas d’enfants, mais quand ils arrivent à l’âge de la puberté, ils ont tellement de tentations et de possibilités que beaucoup d’entre eux arrêtent. Ce qui leur manque ? La passion du football et un peu plus de volonté. Mais cela vaut aussi pour les autres sports. De manière générale, les jeunes font moins de sport et il n’est pas facile de les motiver. Quant à l’argent, ce n’est pas simple non plus pour un club comme le nôtre. C’est une lutte incessante pour survivre, mais pour l’instant, nous y arrivons, et avec le sourire. »

La bonne humeur et le rire, en plus du bonheur inaltérable de taper dans le ballon, sont précisément les raisons qui font que Vladimír Šmicer, à bientôt 41 ans et cinq après la fin de sa carrière professionnelle au Slavia, joue encore au football…

ČAFC Praha et Civil Service FC, photo: Tomáš Kaliba / Site officiel de ČAFC Praha
« Oui, je prends toujours beaucoup de plaisir et c’est pour ça que je joue encore dans mon petit village. J’aime jouer avec les copains qui habitent à côté de chez moi. On fête les anniversaires, et plein d’autres choses, ensemble. Après ma carrière professionnelle, je suis heureux de pouvoir continuer dans un club comme celui-là. On joue seulement pour le saucisson (sic) et la bière. Mais les petits clubs, c’est le vrai foot, c’est la passion! J’aime vraiment tout ça... C’est un vrai club amateur avec des conditions modestes, mais on joue chaque samedi, et ça suffit. »

Et à Prague, loin de leur Angleterre et des jardins de leur reine, tout cela a également suffi au bonheur des footballeurs du prince William…