A Prague, Nicolas Sarkozy a affirmé comprendre l’euroscepticisme tchèque

Nicolas Sarkozy, photo: CTK

Le président français, Nicolas Sarkozy, a effectué une courte visite en République tchèque lundi. Une journée qui ne devait être initialement qu’une formalité et servir à la France à présenter les priorités de sa présidence de l’Union européenne avant que la République tchèque ne lui succède, le 1er janvier prochain. Mais suite au « non » irlandais quelques jours plus tôt, c’est la poursuite de la ratification du Traité de Lisbonne qui a constitué le thème central de la visite de Nicolas Sarkozy. Et ce d’autant plus qu’après l’Irlande, la République tchèque apparaît comme l’un des principaux pays européens où la ratification ne fait pas l’unanimité et pose problème.

Nicolas Sarkozy, photo: CTK
« Sarkozy a insisté. Inutilement » ou encore « L’eurodifférend Topolánek – Sarkozy ». Tels sont les titres qui barraient les premières pages des quotidiens pragois Hospodářské noviny et Mladá Fronta Dnes, mardi, au lendemain du passage de Nicolas Sarkozy en République tchèque. A Prague, où il a rencontré le Premier ministre tchèque, Mirek Topolánek, mais aussi les chefs de gouvernement hongrois, polonais et slovaque, le président français espérait des Tchèques qu’ils lui donnent l’assurance qu’ils n’allaient pas causer de problèmes dans la ratification du traité simplifié européen. Mais trois jours après le résultat du référendum en Irlande, Nicolas Sarkozy s’est heurté au scepticisme local, même s’il a affirmé comprendre la position tchèque :

« S’il y a un pays qui peut comprendre la Tchéquie, c’est bien la France, qui a dit ‘non’ en 2005. Ce que j’ai compris, c’est que nos amis tchèques ont besoin de temps pour discuter au sein de la majorité, et peut-être aussi avec leur opposition, de la meilleure solution pour eux. Et je crois qu’il faut leur donner ce temps-là. Personne ne doit se sentir acculé de façon à ce que les positions ne se rigidifient pas. C’est ce que nous avons essayé de faire et je crois que nous sommes d’accord là-dessus avec le Premier ministre tchèque. Ne nous précipitons pas, ne dramatisons pas et essayons de trouver le meilleur des chemins pour amener de l’unité dans la famille européenne. »

Nicolas Sarkozy et Mirek Topolánek, photo: CTK
De son côté, Mirek Topolánek a réagi en affirmant que la question de la ratification n’était pas encore à l’ordre du jour en République tchèque. A Prague, beaucoup estiment d’ailleurs qu’en envoyant le texte du traité européen à l’examen de la Cour constitutionnelle, le Parlement joue la montre en espérant que le processus de ratification se bloque entre-temps à l’échelle européenne. Une version que n’a bien entendu pas confirmée Mirek Topolánek, qui était néanmoins soulagé de ne pas encore avoir à adopter une position définitive sur le sujet :

« Chez nous, la question n’est pas de savoir si nous voulons dire oui ou non. Chez nous, il s’agit d’une discussion afin de déterminer si avec le ‘non’ irlandais, il est possible et légitime de poursuivre le processus de ratification. Heureusement, c’est un problème que nous ne devons pas résoudre puisque, à l’heure actuelle, ce processus est suspendu à la décision de la Cour constitutionnelle, comme cela est également le cas en Allemagne. Dans d’autres pays, comme la Pologne, la ratification n’a pas encore été signée par le président. C’est pourquoi je pense qu’il est inutile d’en faire un problème plus important qu’il ne l’est en réalité et de parler de crise. D’un autre côté, je suis d’accord avec Nicolas Sarkozy pour dire que l’on ne peut pas minimiser ou simplifier la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés. »

Reste que si les Tchèques ne veulent rien précipiter, l’une des priorités de leu présidence lors du premier semestre 2009 sera néanmoins l’ouverture de l’UE aux Balkans et une adhésion rapide de la Croatie. Mais pour cela, comme l’a malicieusement rappelé à Mirek Topolánek Nicolas Sarkozy, certaines conditions sont nécessaires :

Nicolas Sarkozy et Mirek Topolánek, photo: CTK
« La Tchéquie est peut-être plus que d’autres pays favorable à l’élargissement de l’Europe aux Balkans. C’est même une préoccupation constante. Mais pour qu’on s’ouvre aux Balkans, et notamment à la Croatie, il faut le Traité de Lisbonne, c’est comme ça. S’il n’y pas de Traité de Lisbonne, il n’y a pas d’ouverture. C’est un élément. Mais d’un autre côté, je sais parfaitement qu’il y a en Tchéquie une forme d’euroscepticisme que nous avons connu en France. Je vais donc discuter avec les Premiers ministres irlandais et tchèque, et nous allons essayer de voir à quelles conditions et comment nous pouvons arriver vers la ratification. On ne va pas remettre l’Europe pour dix ans de discussions institutionnelles. »

Et pour éviter à l’Europe de s’enfoncer dans une nouvelle crise institutionnelle, Nicolas Sarkozy a donc choisi de laisser du temps aux Tchèques tout en s’efforçant de les presser à se décider et à « bien » se décider. Mais pour l’instant, les Tchèques ont surtout décidé de prendre leur temps.