A Prague, une statue dédiée à Marie Thérèse d’Autriche n’échappe pas à la controverse

La inauguration de la statue de Marie Thérèse, photo: ČTK/Ondřej Deml

Une statue de l’impératrice Marie Thérèse, dont le règne a également laissé son empreinte sur les pays tchèques, partie intégrante du royaume d’Autriche, orne désormais le petit parc éponyme du VIe arrondissement de Prague. Voulue par la mairie du quartier et inaugurée ce mardi, cette statue a été conçue par le sculpteur Jan Kovařík, en collaboration avec l’architecte Jan Proksa. Ce dernier est revenu au micro de Radio Prague Int. sur le rôle d’un architecte dans l’édification d’une statue, mais aussi sur certaines controverses qui ont accompagné le projet.

Jan Proksa, photo: YouTube

« Ce projet est le résultat d’une collaboration. Le rôle de l’architecte dans l’édification de statues est de concevoir son intégration dans un environnement ou de gérer la question de son socle. Il y a des aspects technologiques à prendre en compte. Cette statue était un défi technique en soi car elle est édifiée au-dessus de grands garages souterrains. Il a donc fallu d’abord calculer la statique et déterminer si une statue avec de telles dimensions étaient tout simplement réalisable ou pas. L’ensemble de la construction a été allégée : le cœur de la statue est en polystyrène. Sur cette partie-là du projet, nous avons collaboré de manière très intense, le sculpteur et moi. Il y a un autre aspect géré par l’architecte : toute statue doit bénéficier d’une autorisation dont les démarches sont proches de celles nécessaires pour la construction d’une petite maison. Il y a tout un aspect administratif qui doit être effectué auprès des organes concernés. Pour toutes ces choses, la présence d’un architecte s’avère nécessaire. »

La inauguration de la statue de Marie Thérèse, photo: ČTK/Ondřej Deml

Vous parliez du fait qu’il faut réfléchir à la façon d’intégrer une statue dans un environnement donné. Justement, pouvez-vous décrire l’endroit où la statue de Marie Thérèse se trouve. Quelles sont ses caractéristiques ?

La statue de Marie Thérèse, photo: MČ Praha 6

« La statue se trouve dans un parc qui a été rebaptisé au nom de Marie Thérèse d’Autriche. Il s’agit d’un parc situé sous le Château de Prague, en direction du quartier de Dejvice. Elle se dresse dans l’axe du parc qui n’a pas été conçu par nous. Le parc est composé assez classiquement d’arbres, mais il y a aussi deux bâtiments techniques qui, malheureusement, sont assez imposants dans le paysage. Les dimensions de la statue ont d’ailleurs été modifiées afin qu’elle ne soit pas perdue dans le parc et que l’aspect majestueux en ressorte. Il a donc fallu envisager l’ensemble des proportions du site. En outre, le parc est un peu coupé du reste. Si vous n’allez pas vers Dejvice, vous n’avez guère de raison d’y faire un tour. Mais c’est un endroit calme, j’espère que les Pragois vont le découvrir. C’est un bel endroit, mais peu accessible de manière intuitive. »

La statue est d’un blanc immaculé. On sait que les statues antiques étaient peintes et leur blancheur actuelle n’était pas celle d’origine. Mais à voir le projet de cette statue, j’étais presque surprise de cet aspect totalement blanc pour une œuvre contemporaine. Est-ce inhabituel selon vous ?

La inauguration de la statue de Marie Thérèse, photo: ČTK/Ondřej Deml

« Je n’y avais pas réfléchi, mais je ne pense pas. Comme vous le dites, statues et bâtiments étaient faits de pierre brute. C’est d’ailleurs peut-être une affirmation hardie, mais je ne fais pas de grosse différence entre une statue et un bâtiment. Avec le temps, la pierre, les surfaces changent d’apparence. On n’élève pas de statues pour cinq ou dix ans. Elles sont souvent là pour des siècles. Or très naturellement, le matériel vieillit. En réalité, la statue de Marie Thérèse n’est pas tout à fait blanche. Elle a un aspect un peu gris. Elle est faite en ciment géopolymère dont une des bases est une sorte d’argile. Vous verrez, dans quelques années, cette statue sera plus foncée. »

Le projet de cette statue est allé de pair avec un certain nombre de polémiques, tant sur son aspect que sur l’intérêt d’édifier, de nos jours, un monument en mémoire de l’impératrice Marie Thérèse. Quel est votre point de vue sur la question ?

La inauguration de la statue de Marie Thérèse, photo: ČTK/Ondřej Deml

« Je ne sais pas si c’est une question qu’il faut me poser à moi. Je peux vous donner mon point de vue. Ce n’est peut-être pas une réponse très diplomatique mais pour nous, il s’agissait avant tout  d’une commande. Et la question de savoir s’il est légitime ou non d’édifier une statue à tel endroit, et quel type de statue, est avant tout politique. D’un autre côté, il existe dans le pays de nombreuses statues ou monuments de souverains tchèques, qu’il se soit agi de rois de Bohême ou de souverains étrangers qui ont régné sur ces terres. Certains ont un passé controversé. Marie Thérèse ne fait pas exception à cet égard. Elle a mené de nombreuses guerres. J’ai lu récemment qu’elle avait fait planter des arbres fruitiers le long des routes pour que ses soldats puissent se rafraîchir. Mais d’un autre côté, il s’agissait d’une souveraine, une femme, ce qui était peu courant à l’époque et c’est quelque chose de positif  à mon sens. Elle a également mené de nombreuses réformes. Donc elle a eu une importance significative pour les pays tchèques. »

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