Addictions : un cinquième des Tchèques ont des problèmes avec l’alcool

Photo: Filip Jandourek, ČRo

Le Centre national de surveillance des drogues a présenté ce lundi son rapport annuel sur les drogues en République tchèque pour 2013. Le coordinateur de la lutte anti-drogue Jindřich Vobořil constate que les drogues légales représentent le plus grave problème pour la santé publique, un cinquième des Tchèques étant affectés par les conséquences néfastes de la consommation d’alcool. A l’avenir, l’alcool et le tabac seront dans le viseur de la stratégie nationale de lutte contre les drogues.

Photo: Filip Jandourek,  ČRo
Le nouveau rapport du Centre national de surveillance des drogues révèle que le nombre de personnes dépendantes à la pervitine, la méthamphétamine de fabrication tchèque, a augmenté de moitié en une décennie. Avec 42 700 utilisateurs, il s’agit également d’une hausse de 9% par rapport à l’année 2012. En mai dernier, une étude de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) a démontré que la République tchèque est le pays européen où on consomme le plus de pervitine.

Par rapport aux autres drogues illégales, le rapport confirme une tendance à la baisse du nombre de personnes dépendantes à l’héroïne. En réalité pour Viktor Mravčík, le chef de l’Observatoire nationale des drogues, ce sont les drogues légales qui constituent le plus grand problème.

Viktor Mravčík,  photo: Archives du gouvernement
« L’utilisation de drogues légales est beaucoup plus répandue que celle des drogues illégales. Un quart des personnes âgées de plus de 15 ans fument tous les jours. La consommation d’alcool en grande quantité concerne environ 1,5 million de Tchèques. 500 000 personnes en sont dépendantes. En 2013, 292 personnes sont mortes suite à une intoxication éthylique. Ces chiffres révèlent que l’usage à risque de l’alcool et du tabac est beaucoup plus répandu que celui des drogues illégales. »

Pour le coordinateur de la lutte anti-drogue Jindřich Vobořil, il est nécessaire d’avoir une approche complexe de ces dépendances. Pour ce faire des changements structurels ont déjà été introduits :

Jindřich Vobořil,  photo: Alžběta Švarcová,  ČRo
« Le 22 octobre dernier, le gouvernement a décidé d’intégrer la lutte anti-drogue dans une seule institution coordinatrice qui s’occupera désormais de l’alcool, du tabac, des drogues illégales ainsi que des addictions aux jeux de hasard. Cette démarche, qui s’est inspirée des autres pays européens, part du constat qu’il n’y a pas dans la société un groupe des utilisateurs d’alcool et un autre des utilisateurs d’autres drogues. Ce sont des ensembles interpénétrés et dans ce contexte, il est impossible de mener des politiques de lutte anti-drogue séparément. »

En 2013, l’Etat et les communes ont consacré 470 millions de couronnes (17 millions d’euros) à la lutte contre les dépendances. Ce budget, traditionnellement modeste, est partagé à parts égales entre la prévention et la répression. Faute de moyens supplémentaires, il a fallu réduire la voilure de programmes de traitement de substitution destinés aux personnes dépendantes. Viktor Mravčík en fait le bilan :

Photo: Filip Jandourek,  ČRo
« En République tchèque, il y a environ 250 centres et programmes destinés aux utilisateurs de substances addictives. Une partie de ces services visent à réduire les maux liés à la consommation de drogue. Pendant plusieurs années, nous avons constaté une limitation des programmes d’échange de seringues, malgré le fait que ces programmes sont cruciaux pour la prévention de la transmission du VIH et des hépatites. En 2013, cette tendance s’est arrêtée. Ces trois dernières années, nous avons enregistré non seulement une stagnation en nombre des programmes de traitement de substitution proposés mais aussi une stagnation du nombre de personnes traitées. En comparaison avec les pays européens où 60% des personnes dépendantes aux opiacés suivent un traitement de substitution, nous sommes à 30% ou 40%. Il y a donc encore un potentiel pour augmenter cette population de 3000 personnes actuellement à 6000. »

L’insuffisance de financement de ces programmes menace à terme leur existence ou du moins leur efficacité. Si le gouvernement promet de leur consacrer plus de moyens, il annonce également qu’une plus grande attention sera portée sur la prévention de la consommation d’alcool et de tabac, une tâche pas évidente dans un pays où la bière est souvent moins chère que l’eau.