Affaire du caleçon géant sur le Château de Prague : les auteurs condamnés à de la prison avec sursis

Ztohoven - Filip Crhák, Matěj Hájek, David Hons, photo: ČTK

« Kauza trenky », comme les trois membres du collectif artistique Ztohoven appellent l’affaire dans laquelle ils sont impliqués, cette affaire du caleçon donc a des conséquences plus lourdes que prévu. En septembre 2015, un étrange étendard a flotté sur le siège de la présidence : déguisés en ramoneurs, les membres du groupe Ztohoven sont parvenus à monter sur le toit du Château de Prague pour y hisser, à la place de l’étendard officiel du président de la République, un caleçon rouge géant. Ceux qui ont voulu dénoncer par-là « un président qui n’a honte de rien » ont par la suite été accusés de plusieurs délits. Mercredi, Filip Crhák, Matěj Hájek et David Hons ont finalement été condamnés à six mois de prison avec sursis.

Photo: Archives de Ztohoven
Accusés de vol, de dégradation du bien d’autrui et de troubles à l’ordre public, les trois membres du groupe de blagueurs risquaient jusqu’à trois ans de prison. Même si les peines infligées sont finalement plus légères, le verdict, prononcé par le tribunal du 1er arrondissement de Prague, a surpris plus d’un observateur. Tout d’abord parce qu’il a été annoncé par Šárka Šantorová, cette même juge qui avait constaté, l’été dernier, que les artistes-activistes n’avaient commis aucun crime et qu’ils allaient être prochainement jugés pour une simple infraction. A l’issue de l’audience mercredi, Šárka Šantorová a expliqué :

« La Cour d’appel ne m’a donné aucune possibilité de choix. J’ai été exhortée à reconnaître les accusés coupables. Je suis tenue de respecter cette décision de justice. »

Le nouveau verdict du tribunal qui condamne également les trois hommes à verser 60 000 couronnes (plus de 2 000 euros) de dommages n’a pas satisfait le Château de Prague qui réclamait une somme beaucoup plus importante, s’élevant à 300 000 couronnes qui compenserait « les dommages immatériels » causés à l’Etat tchèque.

Selon l’avocat des accusés, Michal Pokorný, l’affaire du caleçon rouge n'aurait même pas dû être traitée par la justice pénale :

« Chaque citoyen a le droit d’exprimer son opinion sur les affaires publiques. Mes clients sont des artistes. S’ils réagissent à un phénomène très visible et marquant, leur réaction sera d’autant plus visible et provocatrice si vous voulez. »

Ztohoven - Filip Crhák,  Matěj Hájek,  David Hons,  photo: ČTK
Pour rappel, si les détracteurs du président Miloš Zeman ont choisi de hisser le gros sous-vêtement rouge sur le palais présidentiel, c’était pour dénoncer l’orientation pro-russe er prochinoise du locataire du Château de Prague, auquel ils reprochent aussi son langage parfois vulgaire. Le collectif est d’ailleurs réputé pour ses réalisations et performances provocatrices qui ne laissent pas indifférent : par exemple en 2007, il a introduit les images d'une fausse explosion nucléaire dans un programme de la Télévision publique tchèque. Cette même année, il a remplacé les habituels personnages rouges et verts sur une cinquantaine de feux de signalisation à Prague par des silhouettes comiques, pour « sortir les passants de leur routine quotidienne. ».

Absents de l’audience mercredi, les trois artistes performeurs ont réagi au verdict du tribunal du 1er arrondissement de Prague, qui n’est pas définitif, via Facebook : « Pour nous, l’affaire du caleçon est terminée, quelle que soit la décision finale des tribunaux ». Et le groupe Ztohoven d’ajouter, sur un ton amer, que la peine qui leur a été infligée n’est rien d’autre qu’une « manière ridicule de l’Etat de réagir à la critique de ses fondements. »