Andorre et Tchéquie : 30 ans de relations bilatérales, et plus encore de liens linguistiques

Etudiants, professeurs et représentants andorrans à la cérémonie de remise des diplômes au centre Charlemagne en octobre 2025

Ambassadeur de la principauté d’Andorre en Europe centrale et basé à Vienne, Jaume Serra a rendu visite à RPI alors qu’il se trouvait à Prague à l’occasion, entre autres, d’une cérémonie de remise de diplômes aux étudiants du centre Charlemagne, centre d’enseignement du catalan au sein de l’université Charles. Car – rappelons-le – non seulement le catalan est la langue officielle de la principauté d’Andorre… mais aussi il est enseigné depuis 34 ans à l’université Charles. Avant d’évoquer les relations entre le pays qu’il représente et la République tchèque, mais aussi l’Union européenne, Jaume Serra est revenu sur les origines de l’enseignement du catalan à Prague.

« C’est un homme d’affaires tchèque, qui gérait une grande entreprise pharmaceutique tchèque et avait une relation commerciale avec Andorre, qui a lancé ce centre d’enseignement du catalan à Prague, en 1991, donc. Et le gouvernement d’Andorre l’a suivi dans ce projet, qui était petit au départ, mais a grossi, au point de faire maintenant partie de l’université Charles et de permettre d’obtenir un diplôme de langue européen.

A quelles fins le gouvernement d’Andorre souhaitait-il s’investir dans ce projet à l’époque, et quelles sont ses motivations aujourd’hui ?

L'ambassadeur d'Andorre en Europe centrale Jaume Serra lors de la cérémonie de remise des diplômes au centre Charlemagne en octobre 2025 | Photo: Anaïs Raimbault,  Radio Prague Int.

« Je vous expliquerai cela avec une anecdote personnelle. A l’époque, en 1993, je faisais partie du premier gouvernement après l’adoption de la constitution d’Andorre [entrée en vigueur le 4 mai 1993, ndlr]. J’étais alors un jeune ministre, et j’ai vécu ces discussions en direct. On nous a dit ‘il y a un lectorat de catalan à l’université de Prague’, imaginez-vous ! Pour nous, cela sonnait aussi exotique qu’Andorre pour les Tchèques ! Nous avons dit oui, et regardez où nous en sommes, après 34 ans de bon travail ! »

« Il y a aujourd’hui plusieurs professeurs qui donnent des cours, et une centaine de personnes inscrites à ces cours chaque année, ce qui est énorme. Je dirais que nous avons ici des apôtres du catalan et d’Andorre, en quelque sorte ! »

Il y a 30 ans, c’était vraiment exotique pour les Tchèques, très avides de découvrir « l’Europe de l’Ouest », j’imagine, alors que les frontières de leur pays venaient de s’ouvrir…

« Pour ma part, j’ai fait mon premier voyage en République tchèque en 1994 ou 1995, je crois… Prague était très différente d’aujourd’hui ! Ne serait-ce qu’en matière d’éclairage : il faut croire que les ampoules, c’était du 15 W ! On ne voyait pas grand-chose ! »

Andorre | Photo: Anne and Saturnino Miranda,  Pixabay,  Pixabay License

La langue catalane et la culture andorrane comme outils de soft power

Pour en revenir à l’enseignement du catalan… Aujourd’hui on parlerait de « soft power », même si à l’époque le terme n’était pas utilisé !

L'entrée du centre Charlemagne d'enseignement du catalan à l'université Charles et le drapeau andorran | Photo: Anaïs Raimbault,  Radio Prague Int.

« Oui… Andorre étant un petit pays, on ne peut pas jouer à l’Amérique ni à Trump ! Outre les cours de langue à proprement parler, les étudiants ont la possibilité de faire des séjours linguistiques pendant l’été, en Catalogne et en Andorre. Et pour ce qui est de l’offre de cours, il y a également un cours de littérature andorrane, un atelier de traduction, un cours de culture andorrane, un cours sur l’histoire d’Andorre… C’est une activité de niche, c’est certain ! »

Et toute personne inscrite à ces cours a la possibilité de passer un examen officiel de catalan, qui permet d’obtenir un diplôme de niveau de compétences linguistiques européen… C’est d’ailleurs ce qui vous amène, entre autres, à Prague en cette fin du mois d’octobre : la cérémonie de remises des diplômes aux étudiants du centre Charlemagne !

Outre cela, l’année 2025 est une année anniversaire pour les relations bilatérales entre Andorre et la République tchèque, établies en 1995, donc. Concrètement, dans quels domaines – autre que la culture – les deux pays entretiennent-ils des relations ?

« La République tchèque étant un pays de l’Union européenne, et Andorre étant un pays européen, il y a, en toute logique, un rapport entre nos deux pays. Nous faisons partie d’une même famille, même si Andorre est au sud, et la Tchéquie plus au nord. Il y a donc ce rapport géographique. Pour ce qui est des rapports historiques, effectivement, il y en a moins… Mais nous faisons partie d’une même culture, c’est évident… Et il y a également des rapports politiques. »

« Andorre est en négociation pour un accord d’association avec l’Union européenne. Cet accord a été conclu l’année dernière, et il est en train d’être voté par l’Union européenne et en Andorre. Cet accord amènera la République tchèque au même niveau que la France et l’Espagne, qui étaient jusque-là les pays avec lesquels Andorre avait un rapport plus proche. »

L’appel de la montagne

Selon vous, quelle(s) forme(s) pourraient prendre les relations entre Andorre et la République tchèque ?

De gauche à droite,  le professeur de catalan Andreu Bauça i Sastre,  Jaume Serra,  la ministre de la Culture Mònica Bonell et le directeur de la politique linguistique Joan Sans,  à Prague | Photo: Anaïs Raimbault,  Radio Prague Int.

« Outre la collaboration culturelle, qui est déjà en place, le deuxième domaine de concordance pourrait être celui des sports de montagne. Les Tchèques aiment le sport, surtout les sports d’extérieur – le ski, le cyclisme – que l’on a aussi en Andorre. Cela amène donc une relation facile, et c’est sur ces deux créneaux que nous allons essayer de travailler. »

« Andorre n’a pas de créneau sur l’automobile, le nucléaire, par exemple. Tout cela, c’est loin de l’Andorre. Le créneau sportif, le ski, en revanche, c’est plus proche. Cela et la culture, donc,, dont nous parlions tout à l’heure. »

Vouloir s’engager dans le domaine des sports d’hiver, n’est-ce pas investir dans quelque chose qui est voué à disparaître ? Avec le réchauffement climatique, on le constate en République tchèque, et vous le constatez certainement en Andorre aussi, la neige se fait de plus en plus rare, jusqu’à en devenir précieuse…

Andorre | Photo: jrodriguez9,  Pixabay,  Pixabay License

« C’est vrai, mais il existe aussi des moyens pour permettre de continuer à faire du sport en montagne. Il y aura peut-être moins de neige, c’est vrai, mais il y a également beaucoup plus d’activités dans les montagnes. Autrefois, les vacances d’été, c’était ou les plages et le soleil, ou rien ! Mais il est désormais à la mode de passer une semaine – voire plus – à la montagne en été, à randonner ou à faire du vélo… D’autant qu’à la montagne, il ne fait pas trop chaud. »

L’appel de la montagne, c’est effectivement un argument que les Tchèques peuvent entendre !

« Voilà ! Nous pensons, effectivement, que cela peut facilement attirer les Tchèques, leur donner envie de venir découvrir l’Andorre. »

Andorre | Photo: geertwillemarck,  Pixabay,  Pixabay License