Andrej Babiš dans l’œil des médias

Andrej Babiš, photo: ČTK/Michal Kamaryt

Cette nouvelle revue se penche sur le nouveau rebondissement dans l’affaire du dit Nid de cigognes qui a alimenté pendant toute la semaine les éditoriaux de la presse locale. Elle revient aussi sur la récente rencontre entre l’écrivain Milan Kundera et le Premier ministre Andrej Babiš, samedi dernier, à Paris. Le débat autour de la légalisation du mariage des personnes de même sexe et le refus tchèque du Pacte mondial sur les migrations sont deux autres sujets traités.

Andrej Babiš,  photo: ČTK/Michal Kamaryt
« La dernière évolution concernant l’affaire de fraude aux subventions européennes dite du ‘Nid de cigognes’ n’a de cesse de donner lieu à beaucoup d’informations confuses. Ce qui est pourtant certain, c’est qu’elle a provoqué la plus grande crise politique depuis qu’Andrej Babiš est devenu chef de gouvernement ».

C’est ce que l’on pouvait lire sur le site lidovky.cz (du groupe Mafra, qui appartient à Agrofert, société contrôlée par le Premier ministre tchèque Andrej Babiš) au lendemain de la diffusion d’un reportage réalisée par la Télévision privée Seznam TV et présentant de nouvelles révélations explosives sur l’un des fils du Premier ministre tchèque, établi en Suisse... « Une affaire de fort calibre pour l’Europe centrale de 2018 ». C’est ainsi que le journal Hospodářské noviny caractérise ce qui se passe autour d’Andrej Babiš :

« Le Premier ministre fait tout pour pouvoir se sortir de cette crise gouvernementale et, pour l’instant, tout porte à croire qu’il a des chances de réussir. Il semble en effet qu’après avoir envisagé d’inviter Babiš à quitter le cabinet dont ils sont membres avec le mouvement ANO, les sociaux-démocrates ont fini par fléchir. Ceci notamment pour empêcher le leader populiste du parti d’extrême-droite SPD, Tomio Okamura, de soutenir Babiš ou, éventuellement, d’entrer au gouvernement. »

« Andrej Babiš a survécu à plus d’affaires qu’aucun de ses prédécesseurs », constate l’auteur d’une note publié sur le site echo24.cz qui ajoute que certains indices donnent à croire qu’il en sera de nouveau ainsi... « Trêve de spéculations. Ce qui est désormais le plus important, c’est de voir agir rapidement et avec détermination la police. C’est le seul moyen d’examiner et de vérifier les faits et de les faire passer à la justice. » C’est ce qu’estime l’auteur d’une note mise en ligne sur le site de l’hebdomadaire Respekt. D’après lui, « le pays ne pourra pas fonctionner longtemps tant que les soupçons concernant la personne du Premier ministre s’approfondissent au lieu de s’estomper. »

« Vol au-dessus d’un nid de cigognes : un nouveau scénario pour la République tchèque et sa folle politique ». Tel est l’intitulé d’un texte publié sur le site de l’hebdomadaire Reflex qui indique :

« Le célèbre réalisateur tchèque Miloš Forman a tourné son film oscarisé Vol au-dessus d’un nid de coucou dans un établissement psychiatrique américain. L’affaire dite du Nid de cigognes qui concerne le Premier ministre Andrej Babiš et sa famille pourrait servir d’inspiration pour sa continuation en version tchèque... Mais, plus sérieusement, comment se présente le futur scénario de l’affaire qui a des retombées dévastatrices sur notre scène politique et dont on se moque à l’étranger ? Certains scénarios du passé se rapportant à des acteurs politiques ont montré que, souvent, les travaux de la police, du parquet et des tribunaux traînaient et n’étaient pas menés de façon conséquente. On peut alors s’attendre à ce que ce même scénario se reproduise dans le cas de cette affaire, pour le moins, en ce qui concerne sa longueur. »

Milan Kundera, un citoyen tchèque ?

Milan Kundera,  photo: Jan Šmíd,  ČRo
« Notre Kundera. Le plus grand écrivain tchèque, sera-t-il aussi citoyen tchèque ? » Cette interrogation a été soulevée dans une note publiée dans le quotidien Lidové noviny en rapport avec la rencontre entre Milan Kundera et Andrej Babiš, samedi dernier, à Paris. Une rencontre qui, selon son auteur, dépasse le cadre banal de celles qui se déroulent fréquemment entre les hommes de lettres reconnus et les chefs d’Etat. Il explique pourquoi :

« Controversé. Telle est l’étiquette qui colle parfaitement à Milan Kundera, compte tenu du rapport de la société tchèque et de ses élites politiques à son égard, et réciproquement. On peut ne pas être d’accord avec Kundera, on peut critiquer sa manière d’écrire, son passé de jeune intellectuel communiste, ainsi que sa polémique autour du Destin tchèque de 1969. Mais l’Etat n’est pas censé être un arbitre sur des prises de positions. »

Installé depuis 1975 en France, Milan Kundera s’est vu par la suite retirer sa citoyenneté d’origine. D’après l’auteur du texte publié dans le quotidien Lidové noviny, il y a donc lieu de saluer l’initiative du Premier ministre Babiš en vue de la lui rendre... De son côté, le journaliste Karel Hvížďala, auteur du fameux Interrogatoire à distance avec Václav Havel, a souligné pour le site aktualne.cz :

« L’œuvre que Kundera créée en exil a deux grands atouts que l’on ne devrait jamais oublier. D’abord, son livre l’Insoutenable légèreté de l’être et son adaptation au cinéma ont contribué à ce que l’occupation de la Tchécoslovaquie de 1968 ne tombe pas dans l’oubli. Et ce qui est essentiel, c’est qu’il a écrit en 1984 le célèbre essai intitulé Un Occident kidnappé ou la tragédie de l’Europe centrale qui a été publié dans l’ensemble des grands quotidiens et magazines aux Etats-Unis et en Europe et dans lequel il a mis en relief le caractère unique, les différences, la richesse et les multiples couleurs de ce territoire oublié. Un effort qui a été par la suite fort apprécié en Hongrie et en Pologne. »

Le mariage pour tous : un sujet qui divise la scène politique

Photo: Nick Karvounis,  Unsplash,  CC0
Ce mercredi, un premier débat concernant la légalisation du mariage des personnes de même sexe a été ouvert à la Chambres des députés. Un débat qui a été, comme prévu, très houleux, les arguments pour et contre traversant l’ensemble des partis politiques. Rappelons qu’à ce jour, ces personnes peuvent conclure un « partenariat enregistré », sans pour autant être autorisées à avoir ou à adopter ensemble un enfant. L’hebdomadaire Respekt a écrit à ce propos :

« Le fait que cette question soit évoquée est très important car sont concernés aussi les enfants, dont le bien-être doit être une priorité de la société. A l’heure actuelle, les enfants qui vivent dans des familles monoparentales n’ont pas les garanties adéquates, car ils ont un lien juridique seulement envers l’un des deux parents. Cela pose de graves problèmes en cas de séparation des parents ou en cas de décès de l’un d’entre eux. Or, à la différence des époux, une personne ‘enregistrée’ n’a pas le droit de prendre en charge l’enfant de son partenaire. »

Le texte publié dans l’hebdomadaire Respekt remarque que ce débat n’est plus, et ce depuis longtemps, seulement hypothétique, car il touche des familles et des enfants qui existent réellement. D’après les résultats du dernier recensement de la population réalisé en 2011, le nombre d’enfants tchèques vivant dans des familles monoparentales varierait autour d’un millier. On peut supposer que ce chiffre est beaucoup plus élevé aujourd’hui. En conclusion, le magazine rapporte :

« A la base d’une décision prise par la Cour constitutionnelle il y a deux ans, les gays et lesbiennes peuvent désormais adopter des enfants ou devenir leurs tuteurs. Une preuve de ce que l’Etat considère les couples de même sexe comme étant capables d’être des parents authentiques. D’un autre côté, il maintient leurs enfants dans une position secondaire. Une réparation de cette situation qui n’a plus de raison d’être s’annonce désormais possible avec la perspective de légalisation du mariage pour les couples qui demeurent, à ce jour, seulement ‘enregistrés’. »

La Tchéquie dit non au Pacte mondial sur les migrations

Photo: Photo Unit,  Flickr,  CC BY-NC 2.0
La République tchèque ne signera pas, le mois prochain au Maroc, le Pacte mondial sur les migrations. Dans un texte publié sur le site aktualne.cz, le politologue Jiří Pehe constate que cette décision va être bien accueillie par la majorité de la population, ce qui permettra au gouvernement de récupérer des points politiques. Pourtant, selon lui, cette convention ne menace nullement la Tchéquie ni les autres Etats membres du groupe de Visegrad, et peut s’avérer être un outil important :

« Il est vrai que les représentants tchèques qui s’opposent à ce pacte ont raison quand ils prétendent que le texte ne fait pas de différence explicite entre les migration légale et illégale. Mais cette question est définie dans d’autres documents internationaux. Le pacte concerné n’a pas pour but de définir la migration comme un droit de l’Homme. Ce qu’il stipule, c’est que les migrants, eux aussi, ont des droits et que, de ce fait, ils doivent être traités dignement et d’une manière humaine. »

Un autre avis est à ce propos défendu dans un texte publié dans le journal Lidové noviny. Son auteur affirme :

« L’idée répandue veut que le Pacte mondial sur les migrations n’ait pas de validité juridique, voilà pourquoi son adoption est dépourvue de risques. Mais pourquoi l’adopter alors? En plus, on sait bien que les arguments utilisés dans le cadre de l’Union européenne ne s’appuient pas forcément sur une validité juridique mais sur des valeurs vagues. Le non-respect de telle ou telle valeur peut alors servir de prétexte pour la punition des Etats ‘méchants’. La prudence est alors de mise pour dire non à ce pacte ».