Une semaine difficile pour le Premier ministre Andrej Babiš

Andrej Babiš, photo: ČTK/Ondřej Deml

Cette nouvelle revue de presse de la semaine écoulée se penche d’abord sur les retentissements de deux événements liés au Premier ministre Andrej Babiš : le rapport d’audit de la Commission européenne qui a confirmé son conflit d’intérêts et la décision du procureur général de le mettre de nouveau en accusation dans l’affaire du Nid de cigognes. La contradiction entre la volonté d’une partie de la société tchèque d’aider de jeunes migrants et le refus officiel est un autre sujet traité. Quelle alternative au mouvement ANO ? Réponse également dans ce magazine qui se penchera enfin sur le sommet de l’OTAN de Londres.

Andrej Babiš, photo: ČTK/Ondřej Deml
En l’espace de trois jours seulement, le Premier ministre tchèque Andrej Babiš a essuyé deux coups durs, constatent à l’unisson les médias locaux. D’abord, un rapport d’audit de la Commission européenne a confirmé son conflit d’intérêts. Ce mercredi, le procureur général de la République Pavel Zeman a partiellement annulé la décision du procureur général de Prague de mettre un terme aux poursuites contre le Premier ministre dans l’affaire de fraude dite du Nid de cigognes.

Dans cette affaire, donc, le chef de gouvernement est soupçonné d’avoir bénéficié frauduleusement de subventions européennes destinées aux PME. Le commentateur du journal Lidové noviny (propriété du groupe médiatique Mafra racheté en 2013 par l’actuel Premier ministre Andrej Babiš et officiellement également placé dans un fonds fiduciaire, ndlr) a écrit à ce propos : « La critique de Bruxelles sur le conflit d’intérêts a plus de poids que l’affaire de fraude du Nid de cigognes. Le débat sur les règles liées à la gestion du pays est effectivement ce qui doit nous intéresser en priorité. L’arrivée au pouvoir de Babiš pose à la société tchèque des questions tout à fait nouvelles. Il s’agit de savoir comment traiter les hommes d’affaires entrés en politique, comment faire pour que ceux-ci n’abusent pas de leurs fonctions en fonction de leurs intérêts commerciaux. »

« Les événements qui se sont déroulés ce mercredi devraient être salués par tous ceux qui ont de bonnes intentions vis-à- vis de la Tchéquie », écrit le commentateur du quotidien économique Hospodářské noviny :

« C’est une bonne nouvelle, non pas parce qu’Andrej Babiš risque d’être traduit en justice, car ce serait trop odieux. C’est parce qu’on peut constater avec soulagement que la Tchéquie demeure un Etat de droit à part entière. La décision du procureur général prouve que même les plus hautes fonctions dans l’exécutif ne garantissent pas l’impunité. »

« Dans la majeure partie des pays démocratiques, le rapport d’audit européen selon lequel le Premier ministre est en situation de conflit d’intérêts aurait pour conséquence sa démission, » estime l’auteur d’un commentaire publié sur le site aktualne.cz. Il explique en même temps pour quelle raison, en dépit des révélations de ce rapport, Andrej Babiš n’a pas pour autant à craindre une fragilisation de sa position sur la scène politique tchèque :

« Même l’enquête menée liée à l’affaire du Nid de cigognes n’a pas ébranlé sa cote de popularité. Soit ses sympathisants ne croient pas les accusations, soit ils ferment les yeux sur le comportement du Premier ministre. Ce constat semble étayé par les habitudes que la génération plus âgée, qui constitue une partie importante de son électorat, a héritées de l’ancien régime. Un autre point qui joue en sa faveur, c’est la faiblesse de la société civique et ce malgré les manifestations de masse organisées par le mouvement ‘Un million de moments pour la démocratie’. A noter aussi le fait qu’une partie non négligeable des médias locaux lui est favorable. »

Le commentateur du site Forum 24 met pour sa part l’accent sur la nécessité d’élever le niveau d’éducation des électeurs qui est, estime-t-il, « horrible ». Selon lui, il faut aussi « établir des standards éthiques plus élevés pour les élites, une façon de réduire le nombre de personnes prêtes à relativiser les données évidentes ». Or, d’après lui, le problème ne résiderait pas en la personne de Babiš, mais dans la société elle-même.

Migration : face au refus gouvernemental, les Tchèques prêts à aider

Photo: Steve Evans, Flickr, CC BY-NC 2.0
« Une nation de Hussites et d'orphelins ». C’est ainsi que s’intitule un texte publié dans la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt qui réagit à l’hésitation des politiciens tchèques d’accueillir dans le pays un groupe d’enfants vivant dans des camps de réfugiés en Grèce. Rappelons que l’initiative en vue de l’accueil d’une cinquantaine d'orphelins syriens a été lancée par l’eurodéputé Michaela Šojdrová avant d’être ensuite catégoriquement rejetée tant par le gouvernement que par les nationalistes radicaux et les communistes. Le magazine a écrit à ce propos :

« Aujourd’hui, nous avons une belle occasion d’étudier la transformation que la société tchèque a subie au cours des trente années écoulées. Le pays qui, pendant les conflits des Balkans il y a vingt-cinq ans de cela, a accueilli sans hésiter des milliers de musulmans bosniaques pour leur offrir sécurité, travail et éducation, craint d’accueillir quelques dizaines d’enfants qui sont coincés, sans grande perspective, dans des camps en Grèce. Le refus du gouvernement est étonnamment puissant. Le ministère de l’Intérieur déploie de gros efforts pour empêcher toute aide, ignorant les propositions des organisations non gouvernementales tchèques qui veulent servir de médiateurs en matière d’accueil et d’intégration des enfants. »

Respekt signale qu’il existe effectivement en Tchéquie des gens qui veulent aider et qui se sentent humiliés par l’approche du gouvernement, tout comme il existe des familles prêtes à accueillir ces enfants en détresse. Son commentateur indique également :

« Certes, pour tout pays, l’accueil d’enfants migrants n’est pas facile. Mais compte tenu du fait qu’il s’agit effectivement d’enfants, une telle aide a une chance d’avoir un retentissement positif dans la société. »

Quelle alternative au mouvement ANO ?

Source: ROZHLAS.cz
« Que signifie vivre dans la république de Babiš ? », s’interroge un commentateur du magazine Reflex. Une république qui, trente ans après la chute du régime communiste, n’est pas animée par la valeur de liberté, l’esprit d’entreprise, l’initiative, l’individualité et l’ouverture au monde, comme elle l’a été au lendemain de la révolution de Velours. Et de répondre :

« Pour la majorité des électeurs de Babiš, sa république signifie la distribution des biens à de larges couches de la population, une atmosphère de calme pour le travail, le rejet de mesures climatiques radicales, le refus de l’euro et de toute migration massive. C’est un pays recroquevillé en quelque sorte sur lui-même qui défend par-dessus tout la stabilité et l’absence d’engagement dans la vie publique. »

Pour changer la donne, les partis d’opposition ont deux possibilités : accepter la domination de Babiš et l’esprit de sa république et miser sur la coopération avec le mouvement ANO au sein du prochain cabinet, ou bien présenter une alternative. Le commentateur précise :

« Cette alternative ne doit pas concerner uniquement le programme, mais impliquer également un changement stratégique. Un défi difficile à relever pour l’opposition. Les élections régionales qui auront lieu d’ici un an nous en diront plus. En cas de victoire du mouvement ANO, on pourra s’attendre très probablement à ce que celui-ci l’emporte, aussi, aux prochaines élections législatives en 2021. »

Le sommet de l’OTAN et les défis liés à la Chine

Le sommet de l’OTAN, photo: ČTK/AP/Evan Vucci
« Il semble que l’Occident se réveille. » C’est ce qu’estime l’auteur d’un commentaire publié dans le quotidien Mladá fronta Dnes et intitulé « Pourquoi craindre la Chine ? » qui se penche sur le sommet de l’OTAN qui s’est tenu cette semaine à Londres, à l’occasion du 70ème anniversaire de sa fondation. Il écrit :

« On pourrait dire que ce n’est que maintenant que les puissances occidentales réalisent que la Chine n’est plus, et ce depuis longtemps déjà un tigre de papier sous-estimé, mais un adversaire stratégique de plus en plus dangereux qui renverse aussi lentement qu’obstinément l’équilibre global de son côté. Mieux vaut tard que jamais. Ainsi, c’est la première fois que les participants au sommet de l’OTAN ont sérieusement discuté de la Chine, comme représentant une menace possible pour les démocraties occidentales. D’une certaine façon, l’Empire du Milieu est devenu pour l’Alliance nord-atlantique une sorte d’Union soviétique du XXIè siècle. »

Selon le commentateur, il s’agit en même temps, à bien des égards, d’un défi bien plus délicat et foncièrement différent de celui des années de la guerre froide.