Apprendre le tchèque en chantant

Karel Kryl, photo: ČT
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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague ! « C’est une langue qui me plaît. J’aime sa mélodie. C’est d’ailleurs par la musique que j’ai aussi découvert le tchèque. » Ainsi évoquait Cyril Pederencino, jeune architecte français qui travaille à Prague, son apprentissage de la langue de Karel Čapek il y a quelque temps de cela dans le cadre de notre série consacrée aux francophones qui parlent tchèque. La musique comme instrument d’apprentissage du tchèque, c’est le thème de cette nouvelle rubrique…

Karel Kryl | Photo: ČT
« Une amie m’a fait écouter du Karel Kryl et cela m’a beaucoup plu. Les paroles ne sont pas faciles, car elles ont un double sens. Ce sont des chansons qu’il a écrites pendant la période communiste, et c’est vrai que je ne comprenais pas au début. Mais c’est très beau. ‘Anděl’ (L’Ange) est la chanson qui me plaît le plus. Je pense que tout le monde la connaît, mais c’est la première musique tchèque qui m’a vraiment plu. Je l’écoutais en boucle… »

Auteur de nombreuses chansons critiques envers le régime communiste, Karel Kryl a connu ses heures de gloire d’abord à la fin des années 1960, peu après l’invasion de la Tchécoslovaquie, notamment avec une chanson intitulée « Bratříčku zavírej vrátka » (Ferme la porte petit frère), puis lors de la révolution de velours et au début des années 1990.

Employé au service de presse de l’ambassade de France, Hugo Ben Simhon, qui était notre dernier invité, préfère, lui, un tout autre style de musique, comme par exemple celui de Midi lidi, un groupe d’électro auquel l’on doit par exemple la chanson intitulée « Pokoj » - un mot très intéressant de la langue tchèque qui avait fait l’objet de l’une de nos rubriques précédentes (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/tcheque/paix-dans-lame-et-dans-la-chambre). Néanmoins, comme son compatriote Cyril, Hugo évoque lui aussi l’importance de l’apprentissage de la langue pour pouvoir apprécier, malgré ses limites, la culture tchèque, et pas seulement la musicale :

« Certains expatriés, notamment français, connaissent une autre facette de Prague que les Tchèques puisqu’ils n’ont pas accès à tout, par exemple en termes de culture. Il est difficile d’aller voir une pièce de théâtre en tchèque lorsque l’on ne parle pas tchèque. Il est beaucoup plus facile de s’intégrer dans la société civile et de découvrir le mode de vie des autochtones quand on parle tchèque, puisque même si les Pragois savent parler anglais, il est plus facile de côtoyer les Tchèques quand on parle la langue locale. C’est un phénomène naturel, aussi présent à Paris ou dans d’autres villes. Il est plus facile de rencontrer des personnes nées à Prague qui peuvent nous faire découvrir des lieux que les expatriés ou les touristes ne pourraient pas connaître. »

Hugo Ben Simhon,  photo: Archives de Hugo Ben Simhon
Quelles découvertes culturelles avez-vous faites grâce à votre connaissance du tchèque ?

« Etant donné que mon tchèque n’est pas encore parfait, je vais au théâtre de Dejvice voir Spejbl et Hurvínek. Et je comprends plutôt bien ce que disent les acteurs puisque le vocabulaire est adapté aux enfants. Certes, ce n’est pas toujours évident, mais c’est très beau, il y a un vrai savoir-faire, et je saisis le sens de l'histoire. Evidemment, y a des nuances qui m’échappent encore, mais je passe quand même un bon moment. Sinon, il y a des soirées à Prague ou des vernissages qui ne sont pas vraiment connus du grand public, par exemple à la FAMU (l’Académie du film de Prague). Lorsque l’on connaît les Tchèques qui étudient dans cette école, il est plus facile d’assister à des vernissages très intéressants organisés par des étudiants pragois très créatifs. »

Vous évoquez les nuances que parfois vous ne saisissez pas au théâtre. Cela vous arrive-t-il aussi au quotidien avec votre compagne tchèque par exemple ?

« Non, pas vraiment puisque quand je ne comprends pas les Tchèques, je lui demande directement – c’est là l’avantage d’avoir une compagne tchèque - quelle est la différence. Avant, elle me répondait et m'expliquait en anglais, tandis que maintenant elle fait l’effort de trouver d’autres mots en tchèque pour me faire comprendre ce que je ne saisis pas. »

Y a-t-il un chanteur ou un groupe tchèque qui vous plaît et dont vous comprenez les textes ?

« Je trouve que Tata Bojs est assez accessible et facile à comprendre. J’apprécie aussi beaucoup Midi Lidi, mais j’ai parfois plus de mal à comprendre les textes de certaines chansons. Ce sont deux groupes que j’aime beaucoup. Sinon, il faut absolument écouter Monky Business, un groupe tchèque... qui ne chante pas en tchèque. »

Et « votre » chanson en tchèque que nous pourrions faire découvrir aux auditeurs ?

« Je dirais ‘Verbální atentát’ de Prago Union. C’est un groupe de rap assez compliqué, je ne pense pas que ce soit si vulgaire… J’attends vos impressions! »

Prago Union,  photo: Derek Hard / Site officiel du groupe Prago Union
Pensez-vous poursuivre votre apprentissage du tchèque si vous quittez le pays ?

« J’ai toujours aimé les langues, donc, quoi qu’il en soit, même si je suis amené à partir dans un autre pays ou si je retourne en France, je continuerai d’apprendre le tchèque. C’est une bonne porte d’entrée sur les autres langues slaves car c’est – je crois - une des plus compliquées. Une fois que j’aurai appris le tchèque, je commencerai peut-être le russe... »

C’est sur cet « attentat verbal » d'Hugo désireux de se servir du tchèque pour apprendre le russe que s’achève ce Tchèque du bout de la langue musico-linguistique. On se retrouve dans quinze jours... Portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !