Après le 17 novembre et la messe donnée en son honneur, le président Zeman à nouveau critiqué

Dominik Duka et Miloš Zeman, photo: ČTK

Il se passe rarement une semaine sans que certains actes ou paroles du président Miloš Zeman ne suscitent la réprobation d’une partie de la société tchèque. Cette semaine, les protestations sont venues des étudiants, dont l’accès à la rue Albertov a été refusé mardi dernier lors des célébrations du 17 novembre, tandis que le chef de l’Etat y apparaissait à un rassemblement islamophobe, et de certains chrétiens qui, dans une pétition, critiquent l’archevêque pragois Dominik Duka pour avoir donné une messe vendredi en l’honneur de la nation et du président dans sa résidence de Lány.

Albertov, photo: ČTK
C’est avec un « Kde domov můj ? », l’hymne national tchèque, chanté a capella, que se sont achevées ces célébrations du 17 novembre, journée de lutte pour la liberté et la démocratie. Seulement, les étudiants, quelque 4500 selon la police, ont commémoré cette date ce dimanche à Albertov, rue emblématique de cette fête nationale, avec cinq jours de retard. Un retard qui s’explique, non pas en raison d’un regrettable souci de radioréveil, mais parce que le jour J, mardi dernier, un important dispositif de sécurité filtrait l’accès au site afin que puissent uniquement s’y réunir manifestants du « Bloc contre l’islam » et partisans du président, venus assister à son discours. Pour beaucoup, ce rassemblement islamophobe a constitué un travestissement du sens originel de cette fête du 17 novembre, qui correspond également à la journée internationale des étudiants.

Et ce d’autant plus à Albertov, lieu où le 17 novembre 1939, des étudiants se réunirent en hommage à Jan Opletal, décédé quelques jours plus tôt sous les balles nazies. Les participants à cette manifestation furent

Albertov, photo: ČTK
durement réprimés. C’est là également, au sud du deuxième arrondissement de Prague, où se trouvent plusieurs bâtiments de l’Université Charles, que des étudiants protestèrent le 17 novembre 1989 contre le régime communiste, date qui marque le début de la Révolution de velours. Ce dimanche, c’est cette filiation que les étudiants voulaient mettre en avant avec une action impliquant également différents acteurs du monde académique, et notamment quinze recteurs d’universités tchèques. Parmi eux, Mikuláš Bek, le recteur de l’Université Masaryk à Brno :

« Il y a tout simplement aujourd’hui à l’université une génération d’étudiants qui ne dispose pas de cette expérience de l’histoire, en aucun cas de l’année 1939, chose que moi-même je n’ai pas, mais pas non plus des événements de 1989. C’est pourquoi je considère qu’il est important que les étudiants d’aujourd’hui s’inscrivent dans cette tradition. »

Mikuláš Bek, photo: ČT
Pour les organisateurs de ce rassemblement dominical, il ne s’agissait pas d’une opération visant à critiquer M. Zeman. C’est pourtant ce que certains manifestants n’ont pas manqué de faire, en brandissant par exemple un caleçon rouge, symbole de l’action menée au mois de septembre au château de Prague par le collectif Ztohoven, pour dénoncer « un président qui n’a honte de rien ».

La semaine a donc été longue pour Miloš Zeman, également visée par une plainte de différents universitaires qui lui reprochent son refus de nommer trois professeurs d’université et à la santé duquel était organisée vendredi une messe donnée à la résidence présidentielle de Lány par le cardinal et archevêque de Prague Dominik Duka. Un mélange des genres qui fait suite à la signature entre les deux hommes cet été d’un mémorandum sur la restitution de certains bâtiments du château de Prague à l’Eglise catholique, et qui a suscité la désapprobation de diverses personnalités. Celles-ci, dont certaines se réclament du christianisme, ont publié une lettre ouverte sur internet pour protester contre la tenue de cette messe dans une résidence qui, depuis son achat par l’Etat tchécoslovaque en 1921, n’a jamais accueilli une telle cérémonie du culte. Chercheur à l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences, Jan Bierhanzl est l’un des cinquante premiers signataires de la pétition :

Dominik Duka et Miloš Zeman, photo: ČTK
« Ce qui nous pose concrètement problème, c’est la question du timing de cette messe, qui s’est tenue trois jours après que le président Zeman a soutenu publiquement une action et un mouvement islamophobe, le « Bloc contre l’islam ». Il y a aussi l’ambiguïté de l’intitulé de cette messe ‘pour le président’, même si l’archevêque Duka a ensuite précisé qu’il ne s’agissait pas d’une messe pour la personne de Zeman mais pour la santé du président. Il s’agit aussi d’un geste de remerciement clair après le récent mémorandum sur la restitution des biens du château de Prague et cela constitue enfin un soutien à la politique menée dernièrement par Miloš Zeman. »

Du côté de l’archevêché, on se défend de toute visée politique. Il s’agissait simplement d’une messe prévue de longue date « à la santé du président pour qu’il représente l’Etat avec raison et renforce l’unité de la nation ». L’avenir dira si la messe a eu l’effet désiré.