Après le roman à succès de Kateřina Tučková, l’expulsion des Allemands des Sudètes vue par la télévision

'Gerta Schnirch'

Depuis le mois de février, la plateforme HBO propose Gerta Schnirch, une série en deux épisodes tirée du roman de Kateřina Tučková sur l’expulsion de la population allemande de Brno après 1945. Cette punition collective a tout particulièrement touché les femmes, les enfants et les personnes âgées et a fait de nombreuses victimes lors d’une marche de dizaines de kilomètres jusqu’à la frontière. La diffusion de Gerta Schnirch est prévue à la Télévision tchèque à l’automne. Pour en parler, Radio Prague Int. a interrogé Kateřina Černá, une des co-productrices pour la société Negativ.

'L’expulsion de Gerta Schnirch' | Photo: Host

« L’idée d’adapter le roman sur l’expulsion de Gerta Schnirch est survenue immédiatement quand j’ai lu le livre. Celui-ci ressemblait un peu à l’histoire de ma famille : mon grand-père était un Allemand des Sudètes et mon père a grandi dans une famille qui ressemblait fort à celle de Gerta Schnirch. Ma grand-mère était à moitié tchèque et parlait tchèque, mais mon grand-père parlait allemand, je suis donc issue d’une famille tchéco-allemande. Après la guerre ça a été très problématique pour toute la famille. J’ai contacté assez vite la maison d’édition Host de Brno qui édite tous les livres de Kateřina Tučková car je voulais acheter les droits pour ce roman. Je suis arrivée un peu tard parce qu’une productrice de Télévision tchèque avait déjà eu la même idée pour faire un film télévisé ou une série. »

Est-ce que l’auteure Kateřina Tučková a été impliquée dans la réalisation d’une manière ou d’une autre ? Que pense-t-elle du résultat ?

Kateřina Tučková | Photo: Karolína Němcová,  ČRo

« Je crois qu’elle pense que ça s’est bien passé. En fait, elle n’a pas du tout souhaité travailler sur le scénario. Quand on a commencé le développement avec la Télévision tchèque, on a engagé Alice Nelis pour assurer l’écriture mais aussi pour la réalisation. A l’origine, l’idée était de faire un film et une série de trois épisodes. Kateřina Tučková a tout de même lu le scénario pour le film et elle était contente du résultat. Quand on a finalement décidé que pour des raisons financières, ce serait une série de deux épisodes et pas trois elle savait donc déjà comment on travaillait et elle avait confiance dans le projet. »

'Gerta Schnirch' | Photo: Zuzana Panská,  ČT

Le livre a reçu le prix littéraire le plus important en Tchéquie, il a été traduit dans plusieurs langues dont le français, et aujourd’hui il donc existe un film en deux parties qui en est tiré. C’est un thème compliqué à traiter, mais comment expliquez-vous l’intérêt suscité par le sujet de l’expulsion des Allemands des Sudètes de Tchécoslovaquie après la guerre ?

'Gerta Schnirch' | Photo: Zuzana Panská,  ČT

« Je ne suis pas sûre qu’il existe vraiment un réel intérêt pour le thème de l’expulsion des Allemands des Sudètes. Je pense que cela intéresse seulement une partie de la société. C’est plutôt un point douloureux de notre histoire dont on a très peu parlé. La violence et le principe de la culpabilité collective ont souvent été refoulés ce qui a conduit à un long silence social. C’était un thème dont les gens ne parlaient pas. Cela aussi été un problème pour la Tchéquie de faire des excuses aux Allemands. Mais je pense que c’est vraiment aujourd’hui que l’on parle de plus en plus de ce thème. »

C’est aussi un thème qui fait régulièrement l’objet de récupérations politiques en Tchéquie. Est-ce que c’est un passé qui ne passe toujours pas ? Est-ce que vous avez eu des retours négatifs sur le film ?

'Gerta Schnirch' | Photo: Zuzana Panská,  ČT

« Pas vraiment. Je pense que les relations tchéco-allemands se sont nettement améliorées aujourd’hui, ces dernières années en fait. La société d’aujourd’hui est bien plus capable de faire la distinction entre la responsabilité individuelle et la culpabilité collective. Aussi, on voit ces sujets sont beaucoup plus traités à la télévision et dans les médias en général. Il est bien plus possible d’éprouver de l’empathie à l’égard des victimes civiles des expulsions. »

'Gerta Schnirch' | Photo: Zuzana Panská,  ČT

Qu’est-ce qui fait, selon vous, la force de cette histoire ? Est-ce aussi le fait que l’histoire est traitée via le destin d’une femme ? Il faut dire que pour le coup, dans l’adaptation télévisée, ce sont d’excellentes actrices qui incarnent Gerta aux différents âges de sa vie…

'Gerta Schnirch' | Photo: Zuzana Panská,  ČT

« Oui, peut-être. C’est intéressant quand vous pouvez rencontrer une histoire à travers le destin d’une seule femme. Mais ce n’est pas le seul thème de ce livre. Quand j’ai lu le livre vers 2016, il y avait une importante crise migratoire en Europe. Et je ne pouvais me défaire du sentiment que tout se répète, que l’être humain ne tire pas de leçons de l’histoire. C’était pour moi quelque chose de très fort. Ça m’a effrayée. Et ce qui continue de m’effrayer, c’est la facilité avec laquelle on peut sombrer dans l’idée de culpabilité collective. C’était pour moi ça, le grand message de ce roman. L’autre thème de film qui est pour moi très fort, c’est le pardon. On a essayé de montrer plusieurs générations de femmes qui arrivent à se pardonner pour montrer que c’est important d’avoir la force de dire pardon. »