Il y a 80 ans, un premier convoi quittait Prague pour repeupler les régions frontalières

La colonisation des régions frontalières en 1947

Quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’était le début d’une grande opération visant à repeupler les zones pratiquement désertées en conséquence de l’expulsion des populations de langue allemande.

Le repeuplement des régions frontalières n’avait pas qu’une visée pratique à des fins de renaissance du pays : c’était aussi un projet fortement motivé par une idéologie. Le Parti communiste tchécoslovaque le présentait comme une révolution nationale visant à « nettoyer » les frontières du pays et à mettre en place une nouvelle société tchèque dans ces régions frontalières. Les discours de l’époque appelaient à un déplacement massif de la population : « Agriculteurs tchèques, mettez-vous en marche vers les frontières tchèques, et remportez la bataille de la colonisation agricole pour la nation et pour la République. »

Le repeuplement organisé des régions frontalières en 1947 | Photo: ČTK

Alors qu’un transport parti de Prague se dirigeait vers différentes régions frontalières, un reportage radiophonique daté d’octobre 1945 et conservé dans les archives de la Radio tchèque recueillait les témoignages de personnes ayant, pour leur part, quitté leurs villages des alentours de Turnov pour repeupler la région de Frýdlant, étroite bande de terre tchèque coincée entre l’Allemagne et la Pologne. Des centaines de familles s’étaient alors retrouvées sur la place de la ville de leur région d’accueil avant de reprendre des propriétés abandonnées dans les villages voisins.

L’une de ces personnes, Břetislav Mendík, reprenait une ferme dans la commune de Schönwald. « Travailler ne me fait pas peur ; si c’est pour mon propre compte, je le fais avec plaisir, » déclarait-il dans l’enregistrement de l’époque. D’autres nouveaux habitants y expliquaient comment ils partaient de rien, avec seulement quelques hectares de terres, quelques têtes de bétail et leur foi en ce nouveau départ.

Schönwald en 1910 | Source: Dálnice D8 & okolí

Ce repeuplement des régions frontalières ne s’est toutefois pas fait sans problèmes. De nombreuses zones sont alors restées peu peuplées, et les infrastructures autant que les médecins, les écoles et les opportunités de travail y manquaient. Des rapports gardés secrets et datant des années 1950 faisaient état de malnutrition chez les enfants, de puits en mauvais état et d’un alcoolisme répandu.

Le repeuplement et les difficultés qui l’ont accompagné ont marqué la région : à la fin des années 1940, des centaines de maisons y étaient toujours inhabitées, et de nombreuses usines y sont restées abandonnées. Nombre de ces bâtiments ont fini par être démolis, notamment en raison de la construction du rideau de fer. Et certaines zones de ce qui constituait autrefois les Sudètes portent toujours les traces de la violence de l’expulsion des habitants d’origine et du repeuplement par des gens déracinés : aujourd’hui encore, la cohésion sociale y reste faible, elles souffrent d’un désavantage social et économique et elles se dépeuplent.

Photo: ČT24
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