Bonne et heureuse année 2006 !

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Comme le veut la tradition, la dernière émission de l'année est l'occasion pour l'ensemble de notre équipe de présenter ses meilleurs voeux à vous tous, chers auditeurs et internautes. Ainsi, chacun d'entre-nous peut revenir sur l'année écoulée et formuler à sa manière ses attentes et espérances pour celle à venir. Une manière de jeter un dernier regard en arrière sur quelques moments qui nous ont marqués pour ensuite mieux se projeter dans le proche avenir... Et ce, sans jamais manquer d'optimisme !

De l'enthousiame, justement, Anna Kubista, la plus jeune collaboratrice de l'équipe, n'en manque jamais. Toujours prête à prendre son micro pour se rendre à une exposition ou à une conférence de presse, c'est avec le même dynamisme et la même curiosité que l'été dernier, elle a réalisé un projet qui lui tenait beaucoup à coeur. Avant de partir retrouver sa famille à Strasbourg pour les fêtes de fin d'année, Anna nous a raconté son aventure :

Allez savoir pourquoi, il y a des fois, comme ça, où l'année commence de façon fort peu enthousiasmante, où le quotidien s'étire à la mesure d'une humeur pas très follichonne... Pour moi, le début de l'année 2005 a été un peu ainsi : neutre et sans guère d'intérêt. Et puis allez savoir pourquoi, il y a des fois, comme ça, où au milieu d'une conversation, on lance une idée, pas très concrète d'abord, un peu folle peut-être, et que justement cette grande idée un peu extraordinaire, elle prend corps et devient réalité. Pour moi, la seconde moitié de l'année 2005 a été bercée par les conséquences de cette grande idée, elle s'est placée sous le signe bénéfique de sa mise en oeuvre. Quelle idée ? Tout simplement celle de faire un voyage, dans l'inconnu, dans le lointain, hors du quotidien et du confort de l'habitude. En Inde. A la mi-juillet, j'ai pris mon balluchon et en bonne compagnie puisque faisant route avec un ami qui verse dans l'histoire des religions et le sanskrit, j'ai partagé un bout de son itinéraire à travers ce pays fascinant et insondable. Depuis cette échappée belle, mes journées continuent d'être éclairées par les couleurs que mes yeux ont captées là-bas et résonnent toujours des noms de New Delhi, Bombay, Amritsar, Chandigarh...

Karel Kryl
Est-ce l'Inde qui me porte ou moi qui porte un bout de l'Inde en moi ? Je ne sais pas, je sais juste que le simple fait d'avoir bâti le projet de ce voyage, de l'avoir préparé, espéré, rêvé, et enfin réalisé, compte sans doute autant que ma découverte émerveillée de l'Inde. Parce que rompre avec l'apathie et le cafard qui nous prennent parfois est presque aussi essentiel que de profiter de la joie que procure le changement, la nouveauté. C'est pourquoi, pour cette année 2006, plutôt que de faire de bonnes résolutions qu'on ne tiendra pas, lancer des projets, rendre possibles des envies, se donner la peine de se faire plaisir et de faire plaisir aux autres, voilà ce que je vous souhaite. Pour finir, un peu de musique quand même avec une de mes chansons favorites, Salomé, du grand chanteur et parolier tchèque Karel Kryl. Bonne écoute, bonne année 2006...

Karel Kryl, cela aurait pu être un choix d'un certain nombre d'entre-nous, comme, par exemple, celui de Magda Segertova, une autre charmante demoiselle de notre équipe qui s'attarde, elle, sur les petites joies du quotidien...

Il y a tout juste un an, pour la Saint-Sylvestre 2004, Anna Kubista nous avait incités à penser avec humour, à regarder les choses avec plus de dérision. Je ne sais pas pourquoi, ses propos me sont revenus à l'esprit en cette fin de 2005. Au début de l'année, j'ai lu que les Français avaient, selon une étude, le moral dans les chaussettes. Sinistrose, morosité, pessimisme... Si la France, qui symbolise pour plus d'un la joie de vivre, plonge dedans... Eh bien, où en sont alors les Tchèques, réputés pour être des champions parmi les râleurs ? Rouspéter, protester (silencieusement, bien sûr) contre tout, ils l'ont appris, paraît-il, sous le communisme. Mais ce système pourri leur a appris aussi, je crois, à se réjouir de petites choses. Trouver des mandarines ou des bananes, acheter un bon livre... quelle joie à l'époque! On se souvient encore de cette complicité qui existait entre les buralistes et les lecteurs de Mlady svet (Le jeune monde), un hebdomadaire de qualité dont tous les exemplaires étaient épuisés quelques heures à peine après la parution d'un nouveau numéro. Avoir « votre » buraliste qui vous le mettait de côté... quel bonheur ! Il me semble qu'aujourd'hui, ses petites choses sont éclipsées par de plus grandes... Pour se distraire, pour se faire plaisir, le Tchèque cherche le maximum... le maximum d'intimité des autres dans les émissions de télé-réalité, le maximum de sons dans des mega-concerts, le maximum d'images dans les salles labyrinthiques des salles de cinéma multiplexes....Mais où sont passées les petites choses ? Un sourire, un geste de gentillesse de la part d'un inconnu, la complicité avec les buralistes ? Quand je les aperçois autour de moi, quand le SDF Josef vendant un journal de rue dans le métro m'offre un de ses plus beaux sourires, quand un adolescent acnéïque cède sa place dans le tramway à une mamie... Je me dis que quand même, ce n'est pas si mal que ça... Faire plaisir aux autres et à soi-même. Combien c'est simple, combien c'est difficile. Je voudrais qu'on y pense plus souvent, vous et moi. Je voudrais... vous souhaiter ainsi une très bonne année 2006. Qu'elle soit pour vous une mosaïque composée de petites choses de la vie. Je voudrais... Quoi encore ?

Je voudrais... Je voudrais... Comme souvent lorsqu'une année se termine, Vaclav Richter voudrait, lui, que le temps passe moins vite et profiter pleinement de l'instant présent...

Photo: CzechTourism
Chaque année, j'ai l'impression que le temps passe plus vite et que les années raccourcissent. J'habite tout près de la place de la Vieille-Ville à Prague et lorsque je vois, à chaque début de décembre, de nouveau s'y dresser un grand arbre de Noël, je me dis "Déjà?". Et je me rends compte combien le temps est relatif. Dans un de ses romans, Thomas Mann parle de cette relativité du temps qui nous donne l'impression que les années passent de plus en plus vite. Il dit que c'est la monotonie de nos vies qui en est responsable. Elle s'installe petit à petit dans nos existences parce que nous vivons toujours au même rythme en répétant tous les jours les mêmes choses et les mêmes activités. La vie devient une habitude, nous la vivons presque machinalement sans y prêter beaucoup d'attention et elle court de plus en plus rapidement. Changer de rythme, trouver de nouvelles activités et de nouvelles sensations, cela nous permettrait de briser cette monotonie et de prolonger les années qui se raccourcissent. Cela nous permettrait de prolonger nos vies. Je vous souhaite donc que l'année 2006 soit pleine de nouvelles sensations, impulsions et inspirations, d'activités intéressantes et d'agréables surprises. Que l'année 2006 soit pour vous une année plus longue que les autres! Et encore un souhait: n'oubliez surtout pas d'ajouter à votre vie en 2006 de l'humour comme n'a pas oublié de le faire, en 1740, à son oratorio L'Allegro, il Pensieroso ed il Moderato, le grand Georg Friedrich Haendel. Il y a des compositeurs qui mettent en musique l'amour, le désir, la tristesse, la joie, la colère, l'espoir. Haendel, lui, a fait tout cela et a réussi, en plus, à mettre en musique le rire ...

S'il y a effectivement, comme nous le dit Vaclav, des compositeurs qui mettent en musique l'amour, le désir, la joie, l'espoir, il y en a d'autres qui savent faire passer tous ces sentiments grâce à leur propre voix. C'est le cas, par exemple, de Jarka Gregorova et de sa voix envoûtante...

Pétards, lumières, grand repas, chants, champagne...On s'embrasse sous une branche de gui, à minuit, on danse dans un club avec toute une bande d'amis, on savoure un excellent dîner à deux, bougies et toute la panoplie...On fête tout simplement la fin de l'année comme on l'entend. Mais tout le monde n'a pas la chance de saluer le Nouvel An comme bon lui semble. A Noël et à la Saint-Sylvestre, on oublie souvent ceux qui sont obligés d'être en service : les médecins aux urgences, les opérateurs, les chauffeurs, les infirmières, les employés du service de secours en montagne, les militaires dans les pays en guerre et bien d'autres encore. Je les salue tous, ainsi que vous, chers auditeurs qui fêtez cette fin d'année à votre grès. Je vous souhaite une excellente Année 2006, santé, amour, argent et la paix dans l'âme. J'ai choisi pour vous une musique que j'aime beaucoup et j'espère que vous l'aimerez aussi. Je vous laisse écouter sans prolonger mes voeux car j'ai exprimé ce que j'ai voulu vous dire et d'autres paroles sonneraient inutiles et vides.

Une autre voix que nos auditeurs apprécient beaucoup et à laquelle ils sont habitués depuis de nombreuses années est, bien entendu, celle d'Alain Slivinsky... Un vieux de la vieille de Radio Prague.

A la fin de l'année, à la veille du Nouvel An, on jette un regard en arrière, sur cette année qui vient de s'écouler... Un peu de nostalgie, certaines fois, quand on se dit : « Hé bien, encore une qu'on ne reverra plus ! » Pourtant, l'année 2005 a plutôt été assez agréable pour moi, aussi bien dans le domaine professionnel que dans le privé. Ce dernier m'a procuré d'agréables (mais souvent pénibles et fatiguants moments), en retapant ma maison de campagne. D'un autre côté, quoi de plus sympathique et reposant que de prendre, le vendredi après-midi, après avoir fait « votre émission », chers amis à l'écoute, le volant pour faire dans les 80 kilomètres et, au bout de cette route, vous retrouver en pleine nature, au beau milieu de champs et vaux, assis dans un fauteuil à bascule, au son du chant des oiseaux les plus variés et en se disant : « Demain samedi, on va faire une bonne promenade dans la forêt, dans les environs, une excursion à... » En fin de compte, ce samedi matin, on se retrouve tôt levé, la bêche, la pelle ou la truelle à la main, en train de paufiner le jardin, ou de remettre en état la façade de la maison de campagne... Tant désirée le jeudi soir, que dis-je, le mercredi déjà et puis, un tout petit peu détestée le dimanche soir, quand on s'effondre dans le même fauteuil, mais épuisé... En se disant quand même : « Hé bien, encore une fois, j'ai vaincu la matière ». Avec la perspective de se lever trop tôt, le lundi matin, pour retrouver notre chère rédaction. Et nous voilà repartis pour une nouvelle semaine, nous les citadins qui possèdons des maisons de campagne. Comme nous voilà repartis pour une nouvelle année. N'empêche ! Je vous la souhaite heureuse et joyeuse, trépidante même, mais surtout pleine de bonheur, comme sera certainement la mienne, aussi bien au micro de Radio Prague, qu'à la campagne. Musique que je vous dédie bien sincèrement et que j'écoute souvent à cette campagne justement, pour me redonner des forces, le groupe légendaire, Queen, qui m'a fait plaisir cette année en se reproduisant sur scène, bien que sans le regretté Freddy Mercury, merveilleux dans sa Rapsodie de Bohême.

Responsable de la rubrique historique, Jarka Gissubelova n'oublie pas que les célébrations de la Saint-Sylvestre sont aujourd'hui souvent exagérées. Elle nous rappelle donc avec quelle modestie les Tchèques accueillaient autrefois l'arrivée de la nouvelle année...

Célébrations joyeuses et bruyantes sur les places et dans les rues de Prague, feux d'artifices, confettis lancés et bouteilles de champagne ouvertes marquent les adieux à l'année qui se termine et l'arrivée du Nouvel an. Pas de nostalgie, pas de regrets face au temps qui passe vite, pas de reproches de ce que les bonnes résolutions formulées pour 2005 soient restées inaccomplies. Le début de l'année est plein de promesses, d'attentes et de possibilités nouvelles. Pourtant, les célébrations animées et vivantes des fêtes de nouvelle année sont de date relativement récente : la tradition a été instituée en l'an 1900, quand on a accueilli avec de grandes attentes l'arrivée du nouveau millénaire. Dans le passé, le tournant des années n'était pas une occasion pour célébrer, mais plutôt pour observer des rites ayant leur origine encore dans les temps païens. Ainsi, par exemple, la veille du Jour de l'An, les femmes pauvres vêtues de noir et coiffées d'un foulard blanc faisaient le tour des maisons à la campagne. Après avoir frappé trois fois à la porte, elles entraient, silencieuses, à l'intérieur pour balayer le four et la cheminée afin d'assurer un bon tirage pendant toute l'année. Selon une ancienne croyance, il était déconseillé d'étendre du linge sur une corde, sinon quelqu'un de la famille mourrait. La composition du menu avait, elle-aussi, ses règles. La coutume répandue depuis le XIXe siècle dans notre pays veut qu'on mange du jambon de porc bouilli au raifort râpé, des lentilles qui multiplient l'argent, éventuellement un porcelet rôti dont on croyait qu'il garantissait la réussite de chaque entreprise. Il était interdit de préparer un plat avec de la viande de volaille et de gibier, pour que le bonheur ne s'envole ou ne s'enfuit chez les voisins. On croyait, surtout à la campagne, que ce que l'on faisait le Jour de l'An, on le ferait aussi pendant toute l'année. C'est pourquoi, jusqu'à aujourd'hui, les amis et les familles se visitent, s'offrent de petits cadeaux et échangent leurs voeux. Ce que je voudrais vous souhaiter personnellement, c'est la santé, en premier lieu. Une bonne santé, pour bien profiter de tout ce que la vie offre. Et si on y ajoute une autre vérité, celle qui veut que l'optimisme est un état d'âme, les voeux pour 2006 sont évidents : regardons le monde autour de nous avec joie et humilité et il nous le rendra. Qu'une énergie positive nous accompagne tout au long de l'année qui commence, que 2006 vous apporte tout ce que vous désirez, la réalisation des projets les plus chers, que tous les voeux formulés deviennent réalité.

Quant à Alexis Rozensweig, ses préoccupations actuelles sont bien éloignées de ces traditions ancestrales...

Voilà, et avant de laisser la parole, comme il se doit, à notre grand chef Alena, il me reste à vous souhaiter, moi aussi, une bonne et heureuse année 2006. Les bons moments à retenir de 2005 sont nombreux, mais la Nuit de la radio organisée en juin dernier par le Radio Club du Perche gardera une place particulière. Je tiens donc encore une fois à remercier chaleureusement Louisette et René Pigeard pour leur formidable accueil dans la fermette de « La Viône » à Gréez-sur-Roc, ainsi que Guy Le Louet, président du Club, pour l'organisation. Il m'arrive souvent de repenser aux bons moments passés à table, et pas seulement à table, en compagnie des membres du Radio Club du Perche, du DX d'Auvergne et de mes consoeurs des autres radio internationales émettant en français. Je n'oublierai pas de sitôt ces jolis coins de France que sont le Perche et la Sarthe où le temps, que nous avons si souvent évoqué dans cette émission, m'a parfois semblé s'être arrété. Et tant mieux, qu'il en reste ainsi, car il est parfois bon de se raccrocher à l'idée romantique que l'on se fait de cette France que l'on appelle « profonde » et qui nous est si chère. Alors merci encore à Louisette, René, Guy et tous les autres pour tout ce bon temps passé... Quant à ma chanson, je ne pouvais faire autrement que de choisir un morceau du groupe « Pozor vlak », « Attention au train » en français, le groupe d'un pote, Honza, avec lequel nous jouons dans la même équipe de foot. Une manière de se rappeler tous ces matchs, gagnés ou perdus, refaits chaque dimanche, été comme hiver, en sa compagnie et celle des coéquipiers après la douche une bière à la main...

Et le moment est donc venu de laisser le mot de la fin à notre rédactrice en chef, Alena Gebertova :

L'année 2005... une année de bonnes nouvelles ? En tout cas, une année pleine de contradictions... On a pu constater, d'un côté, que les Tchèques, même seize ans après la chute du régime communiste, n'avaient pas encore assouvi leur énorme goût pour la consommation, cette fièvre trouvant son apogée, on l'a bien vu, ces derniers jours. D'un autre côté, mes chers concitoyens ont su faire preuve d'une immense générosité, tant après la catastrophe que fut le tsunami que sous la forme, par exemple, de «l'adoption à distance » d'enfants du tiers-monde, de plus en plus pratiquée dans le pays, ou de toutes sortes d'activités caritatives et de bienfaisance prouvant que l'individualisme exacerbé ne fait pas partie du comportement d'une grande partie de la population... Les show-réalité qui ont récemment envahi le petit écran ont subjugué une grande partie des téléspectateurs tchèques, désespérant et inquiétant en revanche les autres. Mais où est donc passé le fameux haut niveau culturel des Tchèques ?, s'interrogeaient-ils. Pas de raison de paniquer, rétorquaient, et pour cause, les autres : les théâtres continuent à jouer à guichets fermés, les concerts affichent salles combles, les gens ne lisent pas moins qu'avant... La planète se réchauffe. Mais en 2005, en dépit des prévisions catastrophiques, on a encore pu s'adonner aux joies du ski alpin, sur des pistes enneigées, dans les Alpes ou ailleurs... On prétend que les Tchèques sont xénophobes et qu'ils n'ont pas d'énormes sympathies pour leurs concitoyens roms, une accusation qui, certes, n'est pas entièrement déplacée. Et pourtant, ces mêmes Tchèques ont plébiscité un jeune Rom vainqueur d'un concours télévisé très suivi, bref la « Super star » de l'année... Et l'Europe ? Après le double veto franco-néerlandais, elle semblait plongée dans une profonde crise. Mais, finalement, le miracle : un consensus a été trouvé pour adopter un budget commun... Ainsi, je pourrais continuer, une façon de dire que l'année 2005 a été tout sauf une année fade et que si les choses ont parfois été mal ou très mal, elles ont fini, dans certains cas, par bien tourner. Je vous souhaite donc que l'année 2006 soit, elle aussi, une année riche en couleurs et que l'on se retrouve dans un an, pleins de bonne volonté, au seuil de l'an 2007...