Ces autres questions que soulève la crise du coronavirus

Photo illustrative: vperemencom/Pixabay, CCO

Quels sont les différents écueils, hors ceux d’ordre sanitaire, liés à l’épidémie de coronavirus? Cette nouvelle revue de presse propose quelques réponses repérées dans la presse locale. Elle s’intéressera aussi à la façon dont l’Union européenne sera considérée, en fonction de ses réactions face à la crise. Il sera également question des possibles répercussions du Covid-19 sur le monde de la culture. Quelques mots enfin au sujet de l’addiction aux réseaux sociaux.

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« Dans le cadre de la ‘quarantaine intelligente’, les personnes malades du Covid-19 seront désormais suivies à l’aide des données des opérateurs mobiles et des banques. Tout en étant efficaces, ces mesures risquent pourtant de constituer un problème pour l’avenir », signale le quotidien économique Hospodářské noviny qui explique :

« Il va de soi que la société fait le maximum pour se protéger de la contamination et qu’elle se sert des technologies dont elle dispose. Cette approche va pourtant à contre-courant de la protection de la vie privée, un concept largement accepté. Force est d’admettre que l’Occident perd ainsi une partie importante de son essence. Lorsque l’épidémie prendra fin, il faudra faire en sorte que cette situation ne se prolonge pas. Un défi difficile à relever, car la les gouvernements et les pouvoirs en tous genre renoncent en général difficilement à leurs nouvelles prérogatives. »

« La vie privée deviendra-t-elle alors un reliquat du passé remontant à l’époque où le monde était plus lent et plus clos ? », s’interroge le commentateur avant de conclure :

« Il se peut que dans un monde totalement ouvert, la vie privée n'ait plus de place et que, pour des raisons sécuritaires, la société l’accepte comme une évidence. Il se peut que le coronavirus transforme cette hypothèse en réalité ».

Le journal en ligne Forum 24 a pour sa part écrit :

« On estime en général que le monde ne sera plus jamais aussi libre qu’auparavant. Cette menace est réelle et tangible. Nous sommes les témoins d’une centralisation peu commune du pouvoir. La panique, la peur et l’hystérie profitent à tous ceux qui prônent les restrictions des libertés, la fermeture des frontières, la délation. D’un autre côté, des voix commencent à s'élever pour mettre en garde face à la croissance du pouvoir de l’État. Il est effectivement nécessaire de soumettre les démarches gouvernementales au contrôle public et de prendre en compte non seulement les aspects sanitaires de la situation actuelle, mais aussi les aspects politiques, économiques, psychologiques et sociaux. »

De l’avis du commentateur, depuis la chute du régime communiste en novembre 1989, l’impératif de la défense de la liberté n’a jamais été aussi urgent qu’aujourd'hui. Il écrit :

« La crise de la société est bien plus grave que les retombées de l’épidémie, aussi lourdes s’annoncent-elles. Le problème est compliqué, car la responsabilité civique oblige à accepter les mesures mises en place par le gouvernement qui, en plus, sont justes d'un point de vue législatif. Or, dans le même temps, il est nécessaire de cultiver le débat public et la pensée critique au sein de la société. »

Il faut que les Tchèques puissent voyager, du moins dans des régions sans risque, constate le commentateur de Forum 24. « Être en bonne santé, mais enfermés dans une cage, ne sert à rien. Nous n’en voulons pas. »

Un nouveau regard sur l’Union européenne ?

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L’éventualité de la fermeture des frontières en Europe partout là où celles-ci semblaient ne plus exister depuis des années a provoqué une véritable onde de choc. Le commentateur du journal en ligne Deník Referendum estime que cette nouvelle situation influencera la vision portée sur l’Union européenne et sur les possibilités de son intégration ultérieure :

« La possibilité de voyager sans avoir le sentiment de franchir une quelconque frontière constitue un symbole de la liberté et de la démocratie qui s'oppose à l'esprit d'enfermement des régimes répressifs, un esprit que le pays a bien connu avant l’an 1989. Supprimer cette liberté constituerait une intervention brutale à laquelle beaucoup s’opposent spontanément. D’un autre côté, pour une importante partie de la population, les frontières ouvertes, la liberté de voyager n’ont que peu d’importance. Il y a même pas mal de personnes qui prônent la fermeture des frontières et ce, non seulement en raison de l’épidémie, mais aussi à cause des migrants. »

Le commentateur de Deník Referendum observe que la nouvelle donne profite aux adversaires de l’intégration européenne et de l’Union européenne. Il admet en même temps que, faute d’une approche coordonnée lors de la crise, celle-ci n'agit pas à l’unisson, comme si elle n’avait aucune importance et aucune influence. Un constat qui, selon lui, influencera le regard des différents États membres sur cette institution :

« Tôt ou tard, les rideaux liés à l’épidémie vont se lever. Mais certaines retombées du coronavirus seront de longue durée. Il ne faut cependant pas abandonner le rêve d’une Europe sans frontières. Ce qu’il faudra, c’est redéfinir les possibilités réelles de l’Union européenne. »

L’hebdomadaire Respekt remarque de son côté que l’épidémie de coronavirus a donné à beaucoup de politiciens tchèques, dont on ne citera que l’ancien président Václav Klaus ou le député Tomio Okamura du parti d’extrême-droite SPD, une nouvelle occasion de critiquer l’Union européenne, de l’accuser d’incapacité, de lenteur et d’hésitation. L’auteur du commentaire prend pourtant sa défense :

« En dépit d’une faible marge de manœuvres et des limites de ses compétences, l’Union européenne en fait beaucoup depuis quelques semaines. En premier lieu il convient de souligner le rôle du Centre européen de prévention et de contrôle de maladies qui a lancé, dès la fin de janvier, un avertissement relatif à la propagation du nouveau coronavirus et publié par la suite ses recommandations... Les politiciens qui critiquent l’Union européenne négligent le fait que ce sont eux-mêmes qui refusent de lui accorder les compétences l’autorisant à intervenir de manière plus efficace. »

Les craintes liées à l’avenir de la culture

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Les conséquences de l’épidémie sont imprévisibles et il va de soi qu'il n'est pas possible d'évaluer à ce jour leur impact sur le domaine culturel. Pourtant, la culture ne doit pas être exclue de l’ensemble des priorités de la société. C’est ce que souligne l’auteur d’un texte publié dans le quotidien Lidové noviny de ce mercredi face aux craintes de voir la culture et l’art reléguées en queue de peloton, comme c’était le cas au début des années 1990. Il s'est intéressé aux secteurs les plus vulnérables :

« L’état d’urgence décrété en Tchéquie touche particulièrement les artistes et les autres travailleurs de la culture ‘free-lance’, car ceux-ci ne bénéficient que de peu de garanties sociales. Leur statut professionnel n’est pas, et ce depuis trente ans déjà, clairement défini. A cela s’ajoutent les idées préconçues qui n’apprécient pas le travail créatif et spirituel à sa juste valeur et qui demeurent profondément ancrées au sein de la population. Se consacrer à une discipline artistique exige ainsi en Tchéquie non seulement du talent et des idées, mais aussi une détermination sans failles. »

Selon le commentateur du quotidien Lidové noviny, la politique culturelle tchèque pourrait aller puiser son inspiration en France, « tout en étant un peu moins paternaliste ».

La procrastination et les réseaux sociaux

Photo illustrative: Gerd Altmann, Pixabay / CC0
Finie la procrastination. Tel est le titre d’un nouveau best-seller tchèque classé actuellement parmi les meilleures ventes. Le site Roklen 24 a publié un entretien avec son auteur, Petr Ludwig, qui explique notamment pourquoi la dépendance aux réseaux sociaux est pire et plus marquante que celle aux stupéfiants :

« Les réseaux sociaux donnent lieu à une forte dépendance qui n’en finit pas. Facebook ou Instagram offrent une immense quantité de stimulants face auxquels l’individu est impuissant, car confronté à un algorithme ingénieux qui est à même de le captiver et de le distraire. Cette impuissance ne découle pas de la paresse de l’individu, mais de son incapacité à se défendre contre une chose attrayante. Par ailleurs, ce sont des cerveaux les plus intelligents, experts en addictologie, qui aident Facebook à développer les meilleurs algorithmes. »

Tout en constatant que se défendre contre l’addiction aux réseaux sociaux est difficile, l’auteur admet qu’elle est quand même possible. « Il suffit », recommande-t-il, « de désinstaller l’ensemble des réseaux sociaux et de n'en garder qu'un. Une façon d’atteindre une sorte de « minimalisme numérique » qui doit servir plus à la création qu’à la consommation. »