Ces restrictions qui n’ont pas fait l’unanimité

Photo illustrative: Fernando Zhiminaicela/Pixabay, CC0

L’interdiction de voyager à l’étranger, une des mesures de confinement prises en lien avec de l’épidémie de coronavirus et qui est à partir de ce vendredi annulée, a fait ces derniers jours l’objet de nombreuses polémiques. Plus de détails dans cette nouvelle revue de presse qui se penche aussi sur les retombées que cette restriction avait sur les liens familiaux entre les Tchèques et les Slovaques. Elle propose également un regard sur les critiques dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait l’objet. Un rappel enfin de la venue à Prague, il y a 30 ans de cela, du pape Jean-Paul II

Photo illustrative: Fernando Zhiminaicela/Pixabay, CC0
La République tchèque est probablement le seul pays, à côté de la Belgique, à avoir interdit à ses habitants de partir pendant l’épidémie de coronavirus à l’étranger. Selon le site echo24.cz, il s’agissait d’une démarche mal accueillie par une grande partie de la population qui a en vive mémoire les contraintes en matière de voyages imposées par l’ancien régime communiste. Il a à ce propos écrit :

« En mettant en oeuvre des mesures radicales, la Tchéquie a réussi à empêcher une propagation non contrôlée de la maladie Covid-19. Cela dit, au fil des semaines, de plus en plus de voix ont commencé à s’élever pour exiger un retour à la normale, dont l’ouverture des frontières et la possibilité de voyager à l’étranger sont devenues des signes marquants. C’est d’ailleurs un droit qui est garanti par la Constitution ».

« Point étonnant que l’isolement de la Tchéquie ait évoqué des associations avec le précédent régime totalitaire. De même, point étonnant que l’inquiétude des gens allait montant et que certains d’entre eux s’organisaient sur le facebook afin de convoquer des protestations. ». C’est ce qu’a écrit à ce même sujet le commentateur du quotidien économique Hospodářské noviny de ce jeudi avant d’ajouter :

« Evidemment, toute personne dotée de bon sens respecte les mesures anti-virus, sauf pourtant celles liées aux frontières fermées. Pourquoi cette fermeture au moment où le taux de contamination dans les pays voisins est presque identi-tique ? Pourquoi tenir la population derrière le rideau, lorsqu’il suffit de contrôler les gens à leur retour au pays et de les mettre en quarantaine ? La situation actuelle fait penser à la période communiste où les autorités justifiaient la fermeture des frontière par les prétendues menaces guettant à l’étranger ».

D’après le commentateur de Hospodářské noviny, « le fait que le gouvernement ait décidé de fermer les frontières de l’intérieur en y déployant les membres de l’armée suggère l’idée que les gens devraient s’habituer à de possibles interdictions et restrictions strictes ». Les frontières fermées et les liens familiaux tchéco-slovaques

Après l’instauration à la mi-mars de l’état d’urgence et en raison de l’interdiction de voyager à l’étranger, les membres des dizaines de milliers de familles tchèques et slovaques qui vivent des deux côtés de la frontière tchéco-slovaque ont été contraints de vivre jusqu’à ce vendredi séparés. Le site seznam.cz à ce propos précisé :

« Les Slovaques constituent la minorité la plus importante de Tchéquie. Selon les données officielles, près de 200 000 ressortissants slovaques ont en Tchéquie un emploi, soit un quart de plus que les Ukrainies et quatre fois plus que, par exemple, les Polonais. En raison de leur passé commun au sein d’un Etat, les Tchèques et les Slovaques se sentent toujours très proches, tant au niveau culturel que s’agissant de liens familiaux. De ce fait, les restrictions radicales en lien avec le Covid-19 ont touché très fortement un grand nombre d’entre eux, certaines familles se retrouvant dans des situations particulièrement pénibles. »

Ce vendredi donc, le régime stipulant une interdiction stricte de voyages à l’étranger a été assoupli permettant de voyager en Slovaquie tout comme ailleurs à condition de respecter des consignes hygiéniques et sanitaires précises.

La liberté comme une valeur suprême

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« Pour les gouvernements foncièrement démocratiques, la liberté constitue une valeur suprème qu’ils ne veulent confiner que pour une durée nécessaire et dans une mesure permettant de bien gérer les situations sécuritaires peu communes ». C’est ce que l’on peut lire dans une analyse publiée dans le quotidien Deník N de ce mercredi qui met cette approche en opposition avec celle des élites tchèques et d’autres pays post-socialistes. Son auteur suggère que ces dernières « n’hésitent pas à sacrifier la liberté sur l’autel des voies plus faciles ». Il écrit :

« Le discours occidental est différent du discours post-socialiste, ce dernier ayant tendance à prendre à la légère les retombées des restrictions des libertés de base... Il est vrai qu’en mettant en valeur un confinement très sévère et rapide, les pays de l’ancien bloc socialiste ont d’abord acquis un certain avantage par rapport aux démocraties occidentales. Son acceptation par la majeure partie de la population est censée être perçue comme un signe de ce que ce sont aussi les mentalités qui demeurent tant bien que mal différentes, à l’ouest et à l’est. »

Le commentateur du quotidien Deník N conclut que, effectivement, comparé à la situation dans la plupart des pays européens, les autorités tchèques sont à l’égard de leurs citoyens particulièrement dures. Un constat qui, selon lui, accentue la nécessité de s’interroger sur leurs motivations pour savoir si elles ne sont autres que d’ordre purement sanitaire.

L’OMS sous le feu des critiques

Organisation mondiale de la Santé
La critique de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est exagérée, estime le commentateur de l’hebdomadaire Respekt qui réagit à la décision du président américain Donald Trump de suspendre la contribution américaine à cette organisation. Il explique : « Rendre l’OMS coupable de la propagation du Covid-19 est simpliste ou hypocrite. Il est vrai que son chef a hésité pendant une semaine avant d’alerter oficiellement la menace sanitaire internationale mais depuis le 22 janvier il a quotidiennement informé de la gravité de l’épidémie, invitant les Etats à réagir promptement. En revanche, le président américain ignorait pendant quelque semaines les recommandations présentées, histoire de détourner l’attention de son manquement ».

En tant que partie de l’ONU, l’OMS souffre de sous-financement et ne peut agir que conformément au mandat qui lui est accordé par les Etats membres. C’est pour cette raison aussi, comme le note l’hebdomadaire Respekt, qu’elle évite soigneusement toute critique des gouvernements nationaux y compris celle à l’adresse des autorités chinoises. Pourtant, son rôle semble en ce moment irremplaçable. Nous citons :

« Suspendre le financement de l’unique organisation qui est à même de coordoner la lutte contre la pandémie est préjudiciable, sans parler du risque d’appauvrissement des Etats africains. En plus, cette démarche pourra également profiter à Pékin qui depuis longtemps déjà cherche à tirer profit du faible intérêt des Etats-Unis pour les organisations internationales, afin d’y renforcer son influence. Ce n’est pas de la faute de la Chine, mais cela va sur le compte des démocraties occidentales qui sont appelées à être en leur sein plus actives et à ne pas laisser le libre terrain à la diplomatie chinoise ».

30 ans depuis la visite symbolique du pape Jean-Paul II

Le pape Jean-Paul II, photo: Archives de Loreta Vašková
Les années 1990 dans l’ancienne Tchécoslovaquie se sont distinguées par toute une série d’intéressantes rencontres et visites. L’une des plus marquantes a été celle du pape Jean-Paul II, effectuée le 21 avril 1990, il y a donc 30 ans de cela, qui avait un fort accent symbolique signant la chute du régime communiste dans le pays. L’hebdomadaire Reflex a rappelé à ce sujet:

« Le président Václav Havel attribuait à la visite du premier pape polonais qui s’est fait connaître comme un adversaire déterminé du régime communiste, une grande importance. Et aussi peu probable que sa réalisation ait pu d’abord paraître, compte tenu de l’agenda chargé du souverain pontif, elle a pourtant eu lieu déjà cinq mois après l’élection de Václav Havel en tant que président de la République. Des points forts de ce séjour : une rencontre avec les ecclésiastiques persécutés par le régime, une messe sur l’esplanade de Letná célébrée en tchèque devant près d’un demi-millions de personnes, un pardon prononcé à l’adresse de Jan Hus, une visite de Velehrad, haut-lieu de pèlerinage local. »

Reflex rappelle aussi une autre visite de Jean-Pall II à Prague et à Olomouc, effectuée cinq ans plus tard, ainsi que celle de son successeur, Benoît XVI, en 2016. Le pape François, quant à lui, n’a pas effectué à ce jour de visite en Tchéquie.