Cinéma : « Le festival Mezipatra veut célébrer la vie queer sous tous ses aspects »

Le festival de cinéma queer Mezipatra revient à compter de ce jeudi dans les salles tchèques pour sa 22e édition. Jusqu'au 11 novembre à Prague, puis du 13 au 20 novembre à Brno, il sera possible de découvrir documentaires, longs et court-métrages LGBTQ+  ainsi que d’autres activités organisées dans le but de célébrer cette communauté. Štěpán Bukáček, directeur de production du festival, nous explique le concept de Mezipatra.     

Štěpán Bukáček | Photo: LinkedIn de Štěpán Bukáček

« Mezipatra est un festival de films queers organisé depuis 22 ans par deux organismes à but non lucratif : Mezipatra et STUD Brno. Il se déroule principalement à Prague et à Brno, puis, il est possible de le retrouver dans quelques villes tchèques telles qu’Olomouc. C’est un festival international, nous accueillons des invités étrangers, nous organisons des compétitions internationales de longs et courts métrages. Le festival célèbre le fait d’être queer ainsi que la culture audiovisuelle queer, principalement avec des films. Notre objectif est d’apporter le meilleur du cinéma queer en République tchèque. Nous avons commencé en tant que petit festival destiné à la communauté LGBTQ+ mais, avec le temps, c’est devenu un véritable événement professionnel ayant tout d’un festival cinématographique. Je pense que nous avons réellement réalisé quelque chose de grand qui a du sens non seulement pour la communauté LGBTQ+ mais aussi pour l’industrie audiovisuelle et tous les festivals de films en Europe centrale et même plus loin. »

Un des festivals les plus importants en Europe centrale

Qu’est-ce que cela représente pour la République tchèque, à la fois vis-à-vis de son histoire et de son public, d’accueillir un festival comme celui-ci ?

Photo: Johana Němečková,  Festival Mezipatra

« Au commencement, le festival Mezipatra était intitulé ‘The Rainbow over Brno’ car c’est à Brno, la deuxième ville de République tchèque, qu’il a débuté. C’était bien avant que nous ayons des marches des fiertés organisées en République tchèque et notamment avant la mise en place de la marche officielle qui se tient en août. Quand nous avons commencé, c’était donc un des premiers événements de cette taille pour la communauté LGBTQ+. C’était très important dans le contexte tchèque d’avoir ce type d’espace. Cela est toujours vrai mais c’est désormais aussi un festival organisé pour les professionnels et les amoureux du cinéma. Nous proposons une offre riche et de qualité avec des films qui ont été présentés lors des festivals de Cannes, lors des Berlinales ainsi que dans d’autres festivals importants. Nous ne sommes évidemment pas un grand festival comme Karlovy Vary, mais nous sommes un des festivals de films queers les plus importants d’Europe centrale ce qui, je pense, donne beaucoup d’importance à la République tchèque. Cela montre qu’ici les gens disposent d’espaces dans lesquels ils peuvent découvrir des histoires queers, notamment par le cinéma. Tout le monde peut s’y identifier car regarder un film est une des meilleures façons de comprendre l’histoire de quelqu’un avec toutes les difficultés qui y sont associées. Je pense donc qu’en présentant des films queers, nous élargissons les horizons du public tchèque. »

Photo: Johana Němečková,  Festival Mezipatra

Pourquoi pensez-vous qu’il est important que des films portant sur ces questions et cette communauté soient réalisés ?

« Il est important de réaliser des films queers car cela offre une représentation des personnes appartenant à cette communauté. En se voyant au grand écran, elles voient donc des personnes à qui elles peuvent s’identifier. Elles se sentent bienvenues et non plus à la marge. D’un autre côté, voir ces films peut aussi permettre à une personne appartenant à la population majoritaire de comprendre ce que les personnes de la communauté LGBTQ+ vivent et cela rapproche tout le monde finalement. A une époque où le discours haineux prend de l’ampleur en Europe, comme en Pologne par exemple, je pense qu’il est très important que nous continuions de le faire. »

Pour en revenir au festival, quel est le programme de cette année ?

'Boy Meets Boy' | Photo: Festival Mezipatra

« Chaque année nous sélectionnons environ cent films. Parmi les principaux long-métrages de cette année, nous présentons ‘Boy meets Boy’ et ‘Landlocked’ qui est notre film d’ouverture. Nous avons des films du monde entier, il ne s’agit pas seulement de cinéma américain ou européen. Nous essayons de présenter des films asiatiques au public pour qu’il voie la diversité non seulement dans les personnages mais aussi par la géographie. Nous aimerions présenter plus de films queers tchèques mais ils sont encore peu connus pour l’instant ou ce sont surtout des courts métrages. En ce qui concerne les courts métrages nous avons constitué plusieurs blocs présentés dans différents cinémas pour que chacun puisse trouver quelque chose qui lui plaise. Au-delà des films, nous organisons aussi des conversations et des présentations qui auront lieu les 6 et 7 novembre à Prague. Seront par exemple présentes des personnes qui ont créé des festivals queers à travers l’Europe. Nous parlerons également avec des cinéastes asiatiques exilés en Europe et qui ont continué à réaliser des films queers ici. Ils partageront ainsi leur ressenti et la façon dont leurs films sont perçus dans leurs pays d’origine. Nous organisons aussi des événements qui ne traitent pas seulement de cinéma mais de différents sujets tels que les familles queers, les générations de personnes queers et leur expérience. Nous voulions vraiment célébrer la vie queer sous tous ses aspects. »

'Landlocked' | Photo: Festival Mezipatra

Films français à l’affiche

Plusieurs productions françaises sont au programme : est-ce que le cinéma français constitue une part importante du festival et représente-t-il beaucoup la communauté LGBTQ+ ?

'Jumbo' | Photo: Festival Mezipatra

« Chaque année au moins un film français est présenté durant le festival. Ils sont très bien reçus par le public. Je ne pense pas que nous privilégions la France par rapport à d’autres pays mais il y a beaucoup de réalisateurs intéressants en France. Aussi, le festival de Cannes, se déroulant en France et récompensant des films queers, fait que la France est un lieu propice aux films queers donc cela se ressent aussi dans notre programme. Je pense aussi que nous avons une bonne relation avec les films en langue française dans notre festival mais aussi plus globalement à l’échelle de la République tchèque. »

Vous présentez également des films sortis en 2019 et 2020, pouvez-vous revenir sur ce choix de programmation ?

« Il y a trois ans, nous avons lancé notre propre label de distribution car nous avons eu de très bons retours de notre public qui est d’ailleurs un public très loyal. Chaque année, nous achetons donc les droits de deux ou trois films présentés lors du festival et nous les proposons à plusieurs cinémas tchèques. Ce changement se retrouve également dans le programme de notre festival car nous avons une nouvelle catégorie : ‘Queer Kino Presents’. ‘Queer Kino’ est le nom de notre label et nous présentons ces films car, même si ce ne sont pas les nouveautés, ils ont encore du succès. Nous avons aussi une partie du programme du festival intitulée ‘Rétrospective’  pour laquelle nous sélectionnons plusieurs parutions plus anciennes. Par exemple cette année nous présentons le documentaire ‘How to Survive a Plague’ de David France. »

'How to Survive a Plague' | Photo: Festival Mezipatra

https://www.mezipatra.cz/en