Clap de fin pour les ours dans les châteaux tchèques
Souhaitant de meilleures conditions de vie pour les ours dont il a la charge, l’Institut national du patrimoine (NPÚ) a annoncé vouloir mettre fin à leur élevage dans les châteaux tchèques d’ici 2030.
Qu’adviendra-t-il de Marie Terezie, Vilém, Polyxena, Jiří, Ludvík, Agáta et Martin ? C’est la question qui anime les discussions à Český Krumlov, Benešov, Náchod et Točník ces dernières semaines. Si vous êtes amateur d’histoire et de culture, vous aurez certainement reconnu les noms des ours qui vivent dans les douves des châteaux de ces communes où ils ont été érigés en véritables vedettes locales.
Pourtant, d’ici quelques années, l’élevage des ours dans les châteaux tchèques pourrait bien être de l’histoire ancienne. L’Institut national du patrimoine (NPÚ) a, en effet, convenu au début de l’été de remettre ces ours, dont il a la charge, à des associations de protection des ursidés qui veilleront à les réintroduire dans leur milieu naturel.
Dans les communes qui hébergent ces imposants mammifères, la nouvelle n’a pas laissé indifférent. A Benešov, par exemple, où se situe le château de Konopiště, le départ de l’ours Jiří est inconcevable, tant il est devenu, au fil des ans, indissociable de la ville. Contacté par l’antenne locale de la Radio tchèque, l’adjoint au maire de la commune, Roman Tichovský (ODS), affirme vouloir tout faire pour que l’ours reste au château, quitte à ce que la collectivité prenne en charge les soins vétérinaires et l’alimentation de l’animal, si nécessaire :
« L’ours est historiquement lié à Benešov. Lorsque vous vous promenez du côté de Konopiště, vous passez forcément voir l’ours. Les ours sont présents ici depuis des générations et sont là pour les citoyens de Benešov, pas pour les étrangers. »
Même consternation du côté de Český Krumlov, où la trace des ours au château remonte au XVIIe siècle. Pour Jan Míša Černý, le gardien des ours de la petite cité de Bohême du Sud, qui espérait voir son fils prendre sa suite, l’incompréhension demeure :
« Les ours sont très heureux ici. Ils ont un territoire qui leur convient. Ils ne sont pas ici par punition, au contraire, nous les avons sauvés. Ils ont eu beaucoup de chance de trouver refuge à Český Krumlov, sinon ils auraient fini dans une cage de trois mètres sur trois à jouer les singes dans un cirque. »
Vilém et Polyxena, les ours auxquels fait allusion Jan Míša Černý, ont, en effet, été recueillis à Český Krumlov en 2017 après avoir été interceptés à l’aéroport de Prague par les douaniers, alors qu’ils faisaient l’objet d’un trafic illégal.
Stiftung für Bären et Bears in mind
Cependant, pour les associations de protection des ursidés, l’argument n’est pas suffisant. La place des ours est dans la nature et non dans les douves d’un château. Ces espaces, bien qu’ayant été réaménagés, la plupart du temps, avec des points d’eau et de la végétation, n’en restent pas moins des fossés étroits et sombres, éloignés de l’habitat naturel des ours. Le manque de stimulation offert par ces espaces ainsi que la gêne occasionnée par le bruit incessant des visiteurs et l’éclairage nocturne sont également pointés du doigt.
Pour ces différentes raisons, la fondation allemande Stiftung für Bären et son homologue néerlandaise Bears in mind ont entrepris en 2021 de se rapprocher du NPÚ, l’Institut national du patrimoine, afin d’engager des discussions quant au devenir de ces ours.
Mi-mai, les deux associations sont finalement parvenues à un accord avec le NPÚ, comme le rapporte la porte-parole de l’Institut à České Budějovice (Bohême du Sud), Markéta Slabová :
« L’institut national du patrimoine est conscient que les élevages d’ours dans les châteaux ne répondent pas aux exigences contemporaines en matière d’élevage d’ours en captivité. Il a donc été décidé de mettre fin petit à petit à leur élevage, idéalement d’ici 2030. Les animaux seront progressivement transférés dans des réserves naturelles gérées par la Stiftung für Bären et Bears in mind. »
Malgré la décision, à Český Krumlov, les partisans du maintien des ours au château ne baissent pas les bras et ont déjà annoncé qu’ils étudiaient la possibilité d’obtenir un certificat de station de sauvetage (Záchranná stanice) qui, s’il leur était accordé, leur permettrait de garder les animaux.
De son côté, l’Institut national du patrimoine a fait savoir qu’aucun argument ne saurait modifier sa décision de remettre les ours aux deux associations.