Concours de vins tchèques à Paris : pour les sommeliers français, lesrouges sont en nette amélioration

Comme nous l’avons déjà évoqué dans notre édition précédente, le vin tchèque était à l’honneur à Paris, mardi, à l’occasion de la cinquième édition de la Fête du printemps qui se tenait au Centre culturel tchèque à Paris. Comme chaque année désormais à l’approche du printemps, un jury composé de sommeliers français et tchèques a établi un classement des meilleurs vins tchèques et moraves en concours. Environ 70 vins blancs, rouges et pétillants ont donc été goûtés, et pour évoquer ce concours 2008, qui de mieux que le président du jury, le sommelier Jean-Michel Deluc :

Jean-Michel Deluc (à gauche), photo: CTK
« Cette année, le niveau de qualité était très bon. Très bon sur les vins moelleux, mais il l’a toujours été indiscutablement, sur les vins blancs secs également, mais par rapport aux quatre années précédentes, nous avons surtout remarqué une nette amélioration de la qualité des vins rouges. »

-En quoi ces derniers se sont améliorés puisque l’on sait que les vins tchèques sont surtout réputés…

« … pour les blancs, oui ! Il y a peut-être plusieurs explications. Une, plus pragmatique, qui serait que le réchauffement de la planète fait que climatiquement les cépages rouges sont mieux adaptés depuis quelques années et qu’on arrive à avoir des raisins relativement mûrs, ce qui veut dire moins d’expression végétale comme on pouvait avoir sur les autres millésimes. La deuxième, est technique. Peut-être que les vignerons se sont équipés pour pouvoir améliorer leur production face aux défauts du climat pour les vins rouges. Et puis peut-être la qualité et la connaissance des hommes se sont également améliorées. Je pense que c’est un petit tout ça qui a fait que ces vins rouges se sont bien améliorés. »

-Pensez-vous que ces vins tchèques, bien entendu s’ils sont produits en quantité suffisante, ont une chance de percer sur le marché français ?

« Je pense que leur intérêt est d’être présent sur tous les marchés mondiaux et pas seulement de se cantonner au marché français. Ce sont des vins d’un niveau très international, mais il est évident que la France est un marché très difficile pour tous les vins du monde. Mais dans la nouveauté de consommation, dans le style des vins que l’on fait aujourd’hui pour plaire aux jeunes, c'est-à-dire des vins fruités, agréables, bien équilibrés, et des vins que l’on n’a pas besoin de conserver un certain temps en cave pour qu’ils s’améliorent, ces vins tchèques ont tout à fait leur place, et pourquoi pas en France également. Mais je pense qu’ils ont leur place sur tous les marchés mondiaux. Il faut certainement que ces vins soient mis à l’épreuve dans des dégustations, peut-être même face à des vins français, pour voir qu’on peut les fondre dans le marché français. Je pense que ça peut toucher une consommation essentiellement de femmes et de jeunes, ça correspond tout à fait à ça. Et peut-être que certains resteront ‘branchés’ avec une cuisine un peu plus internationale que l’on peut trouver à Paris et dans quelques capitales régionales. Ces vins-là pourraient tout à fait avoir leur place sur la carte des vins. »

-On évoque souvent les vins dits du Nouveau Monde. N’a-t-on pas un peu tendance à oublier pas seulement les vins tchèques mais plus généralement d’Europe centrale ?

« Oui, mais pourquoi on les a oubliés ? Les vignobles d’Europe centrale ont une vraie histoire, aussi ancienne que celle des vignobles français par exemple. Mais ils avaient un tel niveau de qualité au cours des dernières décennies qu’on ne pouvait pas les exporter. Aujourd’hui, bouteilles à l’appui, on peut prouver que ces vins sont remontés à un très, très bon niveau. Donc, avant de parler des vins du Nouveau Monde, qui sont à un certain bon niveau depuis quelques années, comparativement, évidemment, les vins que l’on pouvait offrir d’Europe centrale en étaient très éloignés. Aujourd’hui, effectivement, on ouvre les yeux. Personnellement, il y a longtemps que je dis que le vignoble de l’est, avec son climat, sa culture, les sols, etc., a une vraie entité, et que dès que l’homme pourra faire quelque chose de bon, travailler proprement et sortir de la qualité, on verra que ces vins ont aussi leur place. Voilà, cela commence à se produire, à arriver… et tant mieux ! »